février 28, 2015

Chemins d'Évangile - Une lecture des pastorale des quatre évangiles

Pour les habitués de ce blog, vous avez du suivre mes travaux de lectures cursives qui m'ont conduit progressivement de Marc, à Jean, puis de Luc aux Actes et à Paul.
Ces travaux viennent d'être complétés par une lecture cursive et synoptique de Matthieu, permettant de publier en un seul tome à prix coûtant une lecture commentée des 4 évangiles, sous le titre de "Chemins d'Évangile".
Cette initiation à la lecture des quatre évangiles (815 pages) comprend une progression. Si l'évangile de Marc n'était accompagné que de quelques notes explicatives sur certaines expressions difficiles, la lecture de Luc puis de Matthieu et Jean font l'objet de commentaires de plus en plus détaillés (analyse narrative, transverse, théologique et spirituelle) et profite notamment des apports des dernières recherches en historico-critique (à travers l'oeuvre magistrale de John P. Meier, déjà commentée dans ce blog).
Ce recueil reste disponible en quatre tomes séparés, dont :
-  "Chemins de Miséricorde (Luc)",
-  "Chemins croisés (Matthieu)"
- et "À genoux devant l'homme" (Évangile selon saint Jean).
Cette lecture contemplative et pastorale est un chemin pour découvrir seul ou avec d'autres les trésors de l'Évangile. Comme vous le savez, j'accompagne plusieurs groupes de lecture d'Évangile. Ce travail est surtout une longue expérience pastorale de la "périphérie". Il présente un travail de recherche personnel sur l'Ecriture qui se complète par "Chemins d'Église" (lecture commentée des Actes des apôtres) et "Serviteur de l'homme, kénose et diaconie" (une lecture des lettres attribuées à saint Paul).
Le texte, présenté en support est tiré de la version Crampon de 1910.


février 27, 2015

Mortelle inquiétude pour l'homme - suite

Aimer pour la vie : Extrait n°2

"Le Christ nous montre le chemin de cette toute-faiblesse. C'est en cela qu'il apparaît comme le point culminant de l'Alliance de Dieu et de son peuple. Il n'est pas un Dieu qui se révèle dans la force et la puissance mais au contraire dans sa capacité à se donner, à se faire serviteur. Déjà, dans le texte du lavement des pieds, il montre un chemin nouveau. Lui le maître, le fils de Dieu, prend un linge et se fait esclave. Quel sens donner à ce geste, si ce n'est que dans cette descente de tour, Dieu nous invite à un amour plus grand ? L'humanité est appelée à suivre ce chemin. Par la transfiguration de ce désir, avec la grâce de l'Esprit Saint, cette volonté réciproque de recevoir l'autre tel qu'il est : avec ses  pieds couverts de poussière et lui donner de son temps et de son énergie, pour lui signifier son amour peut devenir Sacrement. N'est-ce pas là en effet ce qu'exprime la parole échangée lors de l'échange de consentement des époux. "Je te reçois et je me donne à toi".

Suivre la vision chrétienne du mariage, c'est suivre le Christ jusque dans cet agenouillement devant l'autre. C'est s'exposer à descendre de sa toute puissance pour se faire tout amour, toute faiblesse et atteindre cette passivité active de l'amant qui ne cherche plus son intérêt. Non pas une résignation devant l'amour, une passivité qui laisse mourir ce qui n'est plus porté par le désir, un feu que l'on n'entretient pas, mais plutôt une "passivité active", un abandon qui reste dynamique, dans la mesure où l'on se fait don.Alors l'hymne de Paul aux Corinthiens peut résonner dans toute sa splendeur. "L'amour prend patience... Il ne cherche pas son intérêt." (1 Cor 13). Ce que Paul décrit là, n'est autre que cet amour du Christ, qui le soir de la Cène s'est fait serviteur. Le couple est appelé dans cette voie. " Les hommes, aimez votre femme à l'exemple du Christ : il a aimé l'Église, il s'est livré pour elle... " (Ephésiens 5). Tel est le chemin de l'alliance tracé par Dieu.

La succession des textes de l'Evangile est d'ailleurs interpellante en soi. On peut ainsi citer l'abaissement du Christ lors de son baptême (Jean 1) où il se range parmi les pécheurs. Puis vient ce "J'ai soif" (Jean 4), prononcé à cette Samaritaine, pourtant elle-même pécheresse. Dans l'épisode de la femme adultère (Jean 8), le Christ n'émet pas de jugement mais interpelle : "Que celui d'entre vous qui n'a pas péché lui jette la première pierre" (Jean 8,7). Il ne manifeste pas alors sa supériorité mais sa compassion : "Moi non plus je ne te condamne pas, Va et désormais ne pèche plus" (Jean 8,11). Ces multiples signes d'humanité et de miséricorde sont ponctués par les marques de reconnaissance des hommes, comme celui de l'aveugle né (Jean 9,38) qui précède le lavement de ses pieds par Marie de Béthanie (Jean 12,3).Ces marques d'affection sont déjà chemin dans la compréhension d'une réciprocité entre un Christ qui aime l'Eglise et une l'Eglise qui aime son Seigneur. Parce que le Christ s'est rendu proche et miséricordieux, Marie se met à ses genoux. A ce geste d'abaissement répond celui de Jésus dans le lavement des pieds des disciples. Il symbolise alors son amour pour l'Eglise tout entière. Un symbole qui précède le don total du corps sur la Croix. Ces allers retours renforcent l'accent mis dans tout l’Évangile sur ces descentes successives, ces abaissements réciproques. Cette succession donne sens au "Comme le Christ a aimé son Eglise" qui est souligné par Paul à propos de l'amour conjugal. Elle donne aussi une signification particulière au "je te reçois et je me donne à toi" qui caractérise l'échange des consentements dans la liturgie du mariage.Le mariage s'inscrit donc dans toute la dynamique de l'alliance entre Dieu et son peuple, le Christ et son Eglise.L'alliance que nous portons au doigt se fait, à sa manière, signe de cette alliance. L'alliance est un bijou.
Un bien précieux qui a de la valeur, il est personnel ; c'est le premier que l'on supprime quand il n'y a plus d'amour. C'est un bien commun parce que rien n'est plus ressemblant à une alliance qu'une autre alliance si ce n'est la signification de l'engagement "Tu es mon épouse, je serai ton mari". "Tu es mon peuple, je serai Ton Dieu". C'est un signe d'amour. Souvent la date du mariage est gravée dedans comme signe indélébile et après la mort de l'être aimé, le survivant continue de porter l'alliance de celui qui est parti : L'alliance est un cercle :Qui signifie le "pour toujours : On n'y repère ni début ni fin Il nous rappelle la liberté : Il épouse la forme du doigt sans l'emprisonner Il nous dit la fécondité : l'alliance se transmet de génération en génération Il nous parle de la fidélité : il est rond comme quelque chose qui roule, qui fonctionne bien L'alliance est scellée entre deux êtres qui mettent en commun leurs atouts pour être plus forts ensemble. L'alliance est le contrat mais aussi l'histoire d'une relation d'amour entre deux partenaires : Dieu et son Peuple. Dans l'histoire du Peuple de Dieu, le don de Dieu apporte à l'homme plus que des biens. Il lui fait prendre conscience de sa dépendance, de son insuffisance, mais en même temps lui promet de combler cette insuffisance par son accompagnement sur le chemin du bonheur. Il lui assure aide et protection, comme l'affirme le psaume 23 : "il me fait reposer sur de verts pâturages et me dirige vers des eaux paisibles".Dans l'alliance humaine entre un homme et une femme, l'alliance peut ainsi être à la fois le signe d'un manque, d'une blessure que la toute-puissance humaine ne peut combler et la confiance dans une aide réciproque. Dans l'alliance du couple, l'un comme l'autre ne sont pas tout-puissants et l'alliance est invitation à une relation, à une complémentarité qui ne s'éteint pas dans la fusion. C'est surtout un appel à autre chose, à la présence du Tiers, qui donne sens, habite l'engagement de l'homme et de la femme, par l'Esprit-Saint et vient soutenir ce que l'homme ne peut atteindre par ses propres forces.

Source : Aimer pour la vie, Essai de spiritualité conjugale, Bonheur dans le couple, tome 2

février 26, 2015

Une rencontre - Jésus et la Samaritaine

Le Christ prend ici une attitude humble de quête intérieure. Il aurait pu se mettre en situation de hauteur et de jugement. Il aurait pu, en tant que juif, ne pas s'abaisser à parler à une samaritaine. Tout au contraire, il commence par lui demander à boire. Lui qui est habité par une source vive, commence par faire état de sa soif d'être humain, incarné. Ce texte est à relire sous le regard de notre chapitre 8 (cf. Tome 1). Il y a en effet dans l'attitude de Jésus quelque chose comme une "descente de tours" : Je ne juge pas d'abord l'autre du haut de ma divinité, mais je la rejoins dans sa soif de la sixième heure, celle où il fait le plus chaud et où personne ne vient en général puiser. Je ne l'agresse pas d'abord sur ses cinq maris mais je partage avec elle, en toute humilité, ma soif d'homme et je lui parle de sa soif intérieure, celle qu'elle n'a pu combler avec ses 6 amants.

Le chiffre six évoque d'ailleurs un manque, à l'inverse du chiffre sept qui est pour les juifs celui de la plénitude…Les commentateurs de l'évangile de Jean font également un parallèle entre la sixième heure et celle de la Croix, l'autre moment où retentira le même cri de Jésus : "J'ai soif". On peut y voir plus encore l'enjeu de cette soif d'humanité qui s'exprime dans cette demande de Jésus à la Samaritaine. Deux personnes se rencontrent, chacun en quête d'amour. La samaritaine qui n'a pu trouver dans ses six amants l'amour qu'elle recherche et Dieu, qui exprime sa soif d'un amour de l'homme
Alors peut commencer un véritable dialogue, un dialogue fait "de tendresse et de bonté, d'humilité, de douceur et de patience." Et cette rencontre qui évoque ensuite une eau vive pourra se lire en écho à la source d'eau et de sang qui jaillira ensuite du cœur de Jésus après sa mort, exprimant à quel point sa soif d'humanité qui l'a conduit jusqu'à la mort peut être chemin vers une source intarissable, celle de l'amour de Dieu qui s'exprime dans le don total du Fils, don qui devient signe de la voie fragile d'un amour véritable. La descente de tours qui s'opère à l'échelle d'une rencontre humaine devient ainsi signe, chemin d'une attitude fondamentale, d'un chemin d'amour que le Christ nous trace, pour notre couple, mais aussi pour l'humanité entière.

Source : Aimer pour la vie, essai de spiritualité conjugale, Bonheur dans le couple, tome  2, chapitre 9, maintenant disponible sur CreateSpace/Amazon


février 25, 2015

Mortelle inquiétude


Les efforts, faits par Dieu pour ramener son peuple à la conversion et à l'alliance, traduisent cette fidélité d'un Dieu qui aime et qui pardonne. Péguy parlait à ce sujet de la "mortelle inquiétude de Dieu au sujet de l'homme". L'histoire de l'Exode, mais aussi de tout l'Ancien Testament retrace cette quête incessante de Dieu, qui cherche à ramener son Peuple dans l'Amour, à le porter dans ses bras, pour qu'il se convertisse et qu'il vive. Cette miséricorde marquera plus encore les textes d’Évangile  Le texte de la Femme adultère en est un exemple (1).

(1) Source : Aimer pour la vie, bonheur dans le couple, tome 2


février 24, 2015

Pardon et communion, Matthieu 5

Et si le premier frère était le conjoint ?
Un des chemins de crête  du mariage est celui qui permet une réconciliation véritable.
En entendant Mat. 5 : « Va d'abord te réconcilier avec ton frère. » on peut sentir le lien intime entre la communion et le pardon conjugal si bien souligné dans le commentaire de ce texte par saint Jean Chrysostome (1) : "Lorsque tu vois l'un de tes membres coupé, n'essaies-tu pas, par tous les moyens, de le réunir au reste de ton corps ? Agis ainsi pour tes frères : lorsque tu les verras séparés de ton amitié, vite, ramène-les, n'attends pas qu'ils se présentent les premiers, mais toi, le premier, hâte-toi de réussir."

(1) Homélies au peuple d'Antioche, XX, 5 et 6 (trad. Tardif)

février 23, 2015

La toute puissance de Dieu n'est elle pas parfois la projection de notre désir de toute puissance ?


Si l'on suit Varillon,  Dieu n'est pas d'abord tout puissant,  il est amour. Toutes tentatives de le faire tout puissant peut résulter parfois d'une projection du désir de puissance de l'homme,  quand l'humilité de Dieu nous révèle ce que le rejet de cette puissance rend possible.
Et il est possible à l'inverse que sa puissance infinie soit réelle mais qu'en réservant l'expression de sa puissance il nous révèle ce qu'est l'amour et ce faisant nous enseigne la différence entre autorité et pouvoir,  entre chasteté et confusion,  entre humilité et démesure,  entre royauté et service.



février 20, 2015

Combattre la rouille


"Combattre la rouille de notre condition mortelle" (1). Un beau programme pour notre carême.

(1) Saint Léon le Grand, 6ème sermon pour le Carême, 1-2 ; SC 49 (trad. cf SC, p. 56 et bréviaire jeu. après Cendres)





février 17, 2015

Empoigné par le Christ


Une traduction littérale de Ph 3, 12 que je découvre. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec Philippiens 3, Paul y décrit sa course. Son passé n'est que balayure et il n'a qu'un seul but, se laisser saisir par le Christ. La traduction littérale du mot grec utilisé serait "se laisser empoigné" qui a une coloration presque physique et qui rappelle la lutte de Jacob.
A contempler.

février 15, 2015

Autorité de Jésus


Discussion intéressante la semaine dernière dans mon groupe d'éthique sur la nature de l'autorité, un sujet déjà traité dans ces pages.
Si l'on prend l'autorité dans le sens positif de son éthymologie il décrit celui qui nous fait grandir, à la différence de celui qui par son excès de pouvoir nous rabaisse. 
Sous cet angle de vue, ce "Jésus qui parlait avec autorité" n'est pas un tyran ou un violent, mais bien celui qui parle vrai et ce faisant nous fait grandir.
Il est aussi celui qui parfois renonce "au rang qui l'égalait à Dieu" (Ph 2,7) et qui par son humilité nous fait plus grandir encore en nous dévoilant cet amour qui dépasse tout.
‎A contempler.

février 11, 2015

Porter sa croix

L'analyse de John P. Meier (1) mérite un détour. On a en effet tendance à lire ce logion de Mat 10, 38 et par. à la lumière de la croix du Christ. Mais si Jésus a prononcé la phrase avant sa mort, cela sous-entend autre chose, un véritable renoncement à soi-même et à toute forme d'ego comparable dans son choc hyperbolique à se rendre "eunuque pour le royaume". S'humilier comme les condamnés et les esclaves que l'on voyait crucifiés sur les chemins de Palestine, ce n'est pas le rêve d'un disciple ordinaire. Le renoncement au monde est total. A nous d'en mesurer l'exigence, de concevoir qu'il s'agit d'un chemin de crête, aride, presque "impossible à l'homme" et que seule la grâce divine peut nous permettre d'accomplir. 
Notre contemplation ne peut s'arrêter là elle doit englober tous ceux qui ont pris ce chemin de la vie consacrée et se porter vers ceux qui ont connu ou connaissent le martyre. Elle se poursuit jusqu'aux chrétiens d'Irak ces nouveaux parias du monde musulman crucifiés à leur manière dans la fidélité au nom de Jésus.


(1) un certain juif Jésus, les données de l'histoire III attachements, affrontements, ruptures, Cerf 2009 p. 62-69

février 10, 2015

Au coeur de la vallée

Après "Les amants de l'Avre", une méditation actualisée du Cantique des cantiques et "Les deux fils", un essai moderne sur le fils prodigue, j'ai complété ce roman par "La dernière valse". L'ensemble des trois nouvelles est donc maintenant publié sous le titre "Au cœur de la vallée" pour former un ensemble cohérent.

Comme toujours, mes romans sont des extensions accessibles de mes recherches théologiques. Comment dire Dieu aujourd'hui pour un auteur un peu trop intellectuel par nature ? Le roman est un bon vecteur. Un indicateur : ma femme les lit :-) (à la différence de mes autres écrits)...