octobre 31, 2016

Miséricorde - suite

Il y a beaucoup à contempler 
dans le texte de dimanche
(31eme dimanche du temps ordinaire) 
sur la miséricorde divine : 
"tu as pitié de tous les hommes,

parce que tu peux tout.
Tu fermes les yeux sur leurs péchés,
pour qu'ils se convertissent. (...)
 

Ceux qui tombent, tu les reprends 

peu à peu,

tu les avertis, tu leur rappelles en quoi 

ils pèchent,
pour qu'ils se détournent du mal
et croient en toi, Seigneur."  (
Sg 11, 22 – 12)

Le psaume 144 souligne cela avec tendresse, 

reprenant l'affirmation d'Exode 34 :

"Le Seigneur est tendresse et pitié, 

lent à la colère et plein d'amour ; 

la bonté du Seigneur est pour tous, 

sa tendresse, pour toutes ses œuvres."

La tendresse du Christ 

pour Zachée (Lc 19, 1-12), 

se révèle quant à elle quand il 

qui veut habiter chez le publicain.

Que nous dit tout cela ?

La faute de l'homme ne demande 

pas une "expiation infinie" mais 

"qu'il se redresse et se relève 

par lui-même" nous dit saint Anselme (1).

 Et pour offrir ce choix, le seul chemin

tracé par Dieu est la voie 

prise librement par l'homme-Dieu 

et qui interpelle notre liberté 

tout en criant cet "où es-tu ?" (Gn 3)

 qui nous réveille et nous invite 

à la danse. Cette voie n'est pas de l'ordre 

de la réparation, mais de la justification 

au sens paulinien et non français : 

Dieu n'exige rien, il pleure et il souffre

de nos erreurs, il meurt de nos violences,

Il est partout où l'homme souffre et meurt,

Il est crucifié de nos collusions au mal,

Et son cri n'a qu'un but : nous aider à prendre

le chemin de la justice, à suivre le fils

aimant et en cela à nous "justifier", à devenir juste

c'est-à-dire à choisir le destin auquel ils nous appellent.

Cf. Rom 8, 30.


(1) Anselme,  CDH 2, 8 cité par Hans Urs von Balthasar in GC2 p. 226

octobre 30, 2016

Suivre nu, le Christ nu...

Jusqu'où va le don ? Il n'est pas simple de mettre la limite. Et pourtant la porte est étroite pour celui qui as des biens. Quel chemin avant d'entendre le message du Christ, que de détours dans notre disponibilité à l'appel.

Saint Jérôme, lui, n'hésite pas : "Si l'Évangile ordonne à ceux qui ont des terres et des richesses de tout vendre, de tout donner aux pauvres, et de suivre, nus, le Christ nu, tu dois, mon respectable ami, dans le cas où tu serais riche, faire ce qui t'est commandé. (...) cette humble veuve de l'Évangile qui mit dans le tronc deux petites pièces de monnaie est au dessus de tous les riches. Toi donc, ne cherche pas ce que tu dois donner, mais donne ce que tu as acquis afin que le Christ reconnaisse le courage (...) et que le Père aille joyeux à ta rencontre (...) et te donnes l'anneau (Lc 15) (1)".

(1) Saint Jérome, Lettre 146 au prêtre Evangelius, cité par Claude Ollivier, op. Cit p. 62

octobre 29, 2016

Portrait d'un prêtre

"Considérant la sacerdoce non comme un honneur mais comme une charge, il se préoccupa d'abord de faire taire la jalousie par son humilité (...) il soulageait les pauvres, visitait les malades, leur offrait un asile, les consolait par ses douceurs, et pleuraient avec ceux qui pleurent. C'était la canne des aveugles, la nourriture des affamés, l'espoir des malheureux. (...) il a méprisé sa propre chair, parce qu'il marche tout paré de sa pauvreté, il découvre en son entier la vraie parure de l'Église" (1)

À contempler

(1) Saint Jérôme, lettre n°60 à Héliodore, éloge du prêtre Népotien, cité in Claude Ollivier, Jérôme, Paris, Les Éditions ouvrières, 1993, p. 56

octobre 28, 2016

De la théorie du rachat au tout amour de Dieu

Encore une leçon d'humilité. J'ai souvent tendance à oublier que l'insistance sur le rachat n'est pas d'Anselme, mais de ses élèves. Pour Balthasar, la Croix n'est pas pour Anselme un rachat des âmes au Diable. "Dieu est absolument libre, il ne doit rien à personne. La rédemption du pécheur par le Christ n'est pas un rachat (...) l'obéissance du Christ incarné dépend intégralement de la spontanéité de son amour. (...) Tout le mystère trinitaire entre le Père et le Fils : que le Fils obéisse réellement et jusqu'à la fin, que le Père de son côté n'impose aucune contrainte, mais permettre le cheminement sacrificiel du Fils, tout ce mystère, de quelque biais qu'on l'envisage, est un mystère d'amour spontané, non contraint" (1).

Qu'est-ce à dire pour nous ? La liberté du Christ, son adhésion au projet du Père n'est pas sacrifice inutile, il s'inscrit pleinement dans cette pédagogie de Dieu qui met l'amour au centre, couronnement d'un refus de la violence. La mort du Fils est le jusqu'au bout de la non-violence de Dieu (2).


(1) Hans Urs von Balthasar, GC2 p. 223.
(2) je rejoins là mon dernier travail : "Dieu n'est pas violent".

La liberté comme victoire - Anselme de Cantorbéry

Un deuxième apport d'Anselme peut être de concevoir la liberté non comme un droit mais comme une victoire(1), celle d'accéder à la veritable liberté sur toutes les "adhérences humaines", addictions, tentations, péchés qui nous éloignent de ce à quoi nous sommes destinés (la joie en Dieu) et nous éloignent de Dieu.
Cette distinction conceptuelle est pleine d'intérêt car elle ne voit plus le pêché originel comme un boulet incontournable, mais comme une vision temporaire, anti-pélagienne et incomplète de notre réalité humaine. Nous sommes créés en vue de cette joie à venir... Et tout ce qui nous retient de marcher vers Dieu est chemin, lieu d'effort, de conversion, d'écoute, de décentrement en direction du seul but à atteindre, considérer :
- le passé comme balayure (cf. Ph. 3) et en même temps chemin de conversion et d'apprentissage
- et l'avenir comme appel et joie à venir, celle d'être porté par la grâce et d'être saisi en Christ (Ph 3) pour participer librement au Royaume.

Il reste un point à ajouter. C'est l'insistance sur la grâce, car nos adhérences au mal nous retiennent souvent d'accéder à cette victoire et nos addictions nous empêchent d'avancer. Là plus qu'ailleurs la prière prend du sens car Dieu seul peut nous aider à surmonter cet obstacle qui est de fait de l'ordre de l'originel. Si nous ne pouvons aller seul plus loin, c'est parce que la médiation du Christ est essentielle, point de basculement qui fait de nous des êtres assoiffés de cette grâce qui nous conduira à la victoire finale.

(1) cf. Hans Urs von Balthasar, GC2 p. 217

Une joie pour tous - Joie en Dieu -Toussaint

Une distinction intéressante chez Anselme appelle à la réflexion. Ce n'est pas "la joie de Dieu qui entrera dans le coeur humain, mais les cœurs bienheureux qui entreront dans la joie toujours plus grande de Dieu" (1). Où est la différence ? Elle est probablement de même ordre que toute mystique qui ne constitue pas une inhabitation de Dieu en l'homme mais bien une dynamique qui nous conduit à construire la demeure de Dieu. J'ai déjà souvent commenté cette idée de "custode" chez Theilhard de Chardin, de ce Christ qui vient en nous, dans l'écrin et le temple que nous constituons pour Dieu, mais qui se garde bien d'y rester, s'échappe aussitôt pour nous tirer plus loin, vers la cathédrale des vivants. "Vous aussi, [soyez] les éléments d'une même construction pour devenir [] demeure de Dieu par l'Esprit Saint" (Éph 2, 22). L'enjeu n'est pas d'être demeure de Dieu mais de construire l'Église, et à terme, le royaume. La danse des anges n'est pas individuelle mais communion collective et union avec le cercle trinitaire qu'évoque Francois à la fin de Laudato Si.

En ce jour de la Toussaint où l'Église nous invite à méditer Apocalypse 5 et 7, cette dynamique prend un sens particulier.

(1) Hans Urs von Balthasar, GC2 p. 214

Dans un registre proche je n'oublie pas mes deux derniers romans : La caresse de l'ange et La danse des anges.

Un Dieu de miséricorde

La gloire de Dieu nous précède et nous dépasse.  Avant même que l'idée de nous ait pu surgir de l'amour de nos parents, Dieu avait posé sur nous son regard :"Il fut un temps où je n'étais pas, et tu m'as créé. Je n'avais pas prié, et toi, tu m'as fait. Je n'étais pas encore venu à la lumière, et tu m'as vu. Je n'avais pas paru, et tu as eu pitié de moi. Je ne t'avais pas invoqué, et tu as pris soin de moi. Je n'avais pas fait un signe de la main, et tu m'as regardé. Je n'avais pas supplié, et tu m'as fait miséricorde. Je n'avais pas articulé un son, et tu m'as entendu. Je n'avais pas soupiré, et tu as prêté l'oreille. Tout en sachant ce qui allait m'arriver actuellement, tu ne m'as pas dédaigné. Ayant considéré avec tes yeux prévoyants les fautes du pécheur que je suis, tu m'as cependant façonné. Et maintenant, moi que tu as créé, moi que tu as sauvé, moi qui ai été l'objet de tant de sollicitude, que la blessure du péché, suscité par l'Accusateur, ne me perde pas pour toujours ! ... Liée, paralysée, courbée comme la femme qui souffrait (Lc 13, 10-17) mon âme malheureuse reste impuissante à se redresser. Elle fixe la terre sous le poids du péché, à cause des durs liens de Satan... Penche-toi vers moi, seul Miséricordieux, pauvre arbre pensant qui est tombé. Moi qui suis desséché, fais-moi refleurir en beauté et splendeur, selon les paroles divines du saint prophète (Ez 17,22-24)... Toi, seul Protecteur, veuille jeter sur moi un regard sorti de la sollicitude de ton amour indicible... et de rien tu créeras en moi la lumière même. (cf Gn 1,3)" (1)

(1) Saint Grégoire de Narek, Le Livre de prières, n°18 (trad. SC 78, p. 123 rev.) 

octobre 27, 2016

La gloire et l'agir

Quelle est la conclusion de notre traversée de l'Exode ? (1) Elle ne peut être que partielle tout en étant double. Partielle, parce que le livre de l'Exode n'est pas le tout de la révélation mais un chemin fragile. Double, parce que le Dieu qui y apparaît n'est pas nécessairement celui qui s'aperçoit en première lecture. Il n'est pas le Dieu des armées que clamaient trop vite les Juifs en mal de libération et de victoires sur leurs ennemis. Il est Dieu de gloire, Dieu qui se révèle à qui il veut, quand il veut, comme il veut (2).

Il n'est pas le Dieu violent que nos projections humaines pourrait espérer. Nous le voyons déjà dans notre traversée de la Genèse. Nous l'avons vu encore dans les multiples théophanies de l'Exode, nous l'avons trouvé surtout en creusant plus loin cette chaîne de révélations qui nous a conduit via 1 Rois 19 jusqu'à la Croix. Sans la Croix, comme clé de lecture, nous ne pourrions percevoir cette direction donnée à la révélation. C'est dans la comtenplation seule de la Croix que tout se révèle, que le voile du temple se déchire et qu'un Dieu offert, par amour, aux hommes, révèle l'unique gloire divine tout en niant tout chemin de violence. 

Quelle conclusion se dessine donc de cette lecture ? La voie de l'Exode n'est-il pas d'abord un chemin au désert, celui là-même que nous avons déjà commenté par ailleurs (3). Il est chemin pour nous, comme il l'est symboliquement pour tout lecteur, lieu de mise à l'épreuve de notre foi, lieu d'abandon et de décentrement, lieu de quête spirituelle qui nous amène à nous décentrer de nous-mêmes, à entrer en dialogue avec Dieu, à nous laisser conduire.

On ne peut faire l'économie de ce passage. Et comme le note avec justesse Balthasar, "le chrétien ne rencontre son prochain que lorsqu'il a éprouvé, dans la "crainte de Dieu", quelque chose de la dimension "tout autre" de l'amour de Dieu le Seigneur et lorsqu'il tente d'aimer humblement son prochain en tendant à cette dimension inaccessible (4)".

Pourquoi ? Parce que dans ce déchirement intérieur s'aperçoit un autre Dieu que celui de nos fantasmes et de nos projections, un autre Dieu que le Dieu violent et omni-créateur. Ce qui transparaît est l'amour infini que Dieu révèle sur la Croix, un Dieu qui nous donne tout et face auquel nous ne sommes que des amateurs. Un Dieu qui seul peut agir en nous, à travers nous, en dépit de nos adhérences au mal....

Ce Dieu est celui qui n'est qu'amour. Un amour infini face auquel nous nous sentons petits, incapables, impuissants, un Dieu dont seul l'amour est puissance,  force, vie et vérité.  Un Dieu qui se met à genoux devant nous pour nous conduire à l'amour. Face à ce tout orgueil,  toute puissance,  toute possession semblent vides. Non Dieu n'est pas violent. Il est amour et sa justice ne pourra être que cet amour déployé jusqu'à l'infini, jusqu'à pleurer de nos dénis et de nos aveuglements.  


(1) Lire l'ancien testament, tome 2 - Le livre de l'Exode (vient de paraître)
(2)  cf. Sur ce thème, Hans Urs von Blathasar, La gloire et la Croix, 3, Théologie, Ancienne alliance, Aubier, n°82, (ci-après GC4) p. 16ss. : "L'homme croit toujours avoir une compréhension globale (de Dieu), (...) mais en présence de la gloire qui s'avance, il tombe à genoux".

(3) Cf. notre recherche Le chemin du désert, un itinéraire spirituel.

(4) GC4 p. 14.

octobre 25, 2016

Les Pépites

Un documentaire qui vous prend aux tripes.  L'histoire d'un couple au service des plus pauvres au Cambodge, fondateurs de l'association"Pour un sourire d'enfant" www.pse.org. Actuellement en salle.  À ne pas manquer.

octobre 23, 2016

Les mains vides

Difficile chemin que celui de l'humilité tant nos propres oeuvres nous conduisent au contentement de soi. Et pourtant ce ne sont nos oeuvres mais la réponse d'un don de Dieu et le travail de Dieu en nous.
Aller les mains vides  c'est au contraire creuser en nous la place pour Dieu. 
"Quel est le vase où la grâce se déverse de préférence ? Si la confiance est faite pour recevoir en elle la miséricorde, et la patience pour recueillir la justice, quel récipient pourrons-nous proposer qui soit apte à recevoir la grâce ? Il s'agit d'un baume très pur et il lui faut un vase très solide. Or quoi de plus pur et quoi de plus solide que l'humilité du cœur ? C'est pourquoi Dieu « donne sa grâce aux humbles » (Jc 4,6) ; c'est à juste titre qu'il « a posé son regard sur l'humilité de sa servante » (Lc 1,48). À juste titre parce qu'un cœur humble ne se laisse pas occuper par le mérite humain et que la plénitude de la grâce peut s'y répandre d'autant plus librement...   Avez-vous observé ce pharisien en prière ? (Lc 18, 9-14). Il n'était ni un voleur, ni injuste, ni adultère. Il ne négligeait pas non plus la pénitence. Il jeûnait deux fois par semaine, il donnait le dixième de tout ce qu'il possédait... Mais il n'était pas vide de lui-même, il ne s'était pas dépouillé lui-même (Ph 2,7), il n'était pas humble, mais au contraire élevé. En effet, il ne s'est pas soucié de savoir ce qui lui manquait encore, mais il s'est exagéré son mérite ; il n'était pas plein, mais enflé. Et il s'en est allé vide pour avoir simulé la plénitude. Le publicain, au contraire, parce qu'il s'est humilié lui-même et qu'il a pris soin de se présenter comme un vase vide, a pu emporter une grâce d'autant plus abondante.(1)

(1) Saint Bernard, 3eme sermon sur l'Annonciation, 9-10 

octobre 22, 2016

Image et ressemblance - suite

L'office des lectures du samedi 22 octobre nous invite à relire la belle homélie de saint Pierre Chrysologue sur l'ancien et le nouvel Adam. 

"Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l'origine du genre humain : Adam et le Christ. Deux hommes égaux quant au corps, mais inégaux en mérite ; vraiment tout à fait semblables par l'agencement de leurs membres, mais vraiment tout à fait dissemblables par leur origine. Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie ; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. 

Le premier a été créé par le dernier de qui il a reçu l'âme qui le ferait vivre ; il a été formé par son Créateur ; et celui-ci n'attendait pas que la vie lui soit donnée par un autre, puisque c'est lui seul qui donne la vie à tous. Le premier est modelé d'un limon très vil le dernier est né du sein très noble de la Vierge ; chez l'un, la terre se transforme en chair ; chez l'autre, la chair est élevée jusqu'à Dieu. 

Que puis-je dire encore ? Le second Adam a établi son image dans le premier Adam, alors qu'il le modelait. De là vient qu'il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce qu'il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam : le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l'a dit lui-même : Je suis le Premier et le Dernier. 

Je suis le Premier, c'est-à-dire sans commencement. Je suis le Dernier, c'est-à-dire sans fin. Mais, dit l'Apôtre,ce qui est apparu d'abord, ce n'est pas l'être spirituel, c'est l'être humain et, ensuite seulement, le spirituel. En effet, la terre précède le fruit ; mais la terre n'a pas autant de valeur que le fruit. Celle-là exige des gémissements et des travaux. Celui-ci donne la richesse et la vie. Le prophète a raison de tirer gloire d'un tel fruit lorsqu'il dit : Notre terre donnera son fruit. Quel fruit ? Celui dont il dit ailleurs : C'est un fruit de tes entrailles que je placerai sur ton trône. Comme dit encore saint Paul : Pétri de terre, le premier homme vient de la terre ; le second, lui, vient du ciel. Puisque Adam est pétri de terre, comme lui les hommes appartiennent à la terre ; puisque le Christ est venu du ciel, comme lui : les hommes appartiennent au ciel. 

Comment des hommes dont la naissance n'est pas céleste pourront-ils devenir célestes, en ne gardant pas la nature de leur naissance mais en persévérant dans celle de leur seconde naissance ? (...) l'Esprit Saint féconde le sein de la source virginale du baptême, en y introduisant sa lumière : ainsi, des hommes terrestres, que leur extraction du limon de la terre avait introduits dans une condition misérable, sont enfantés à la vie du ciel et ramenés à la ressemblance de leur auteur. Puisque maintenant nous sommes renés, remodelés à l'image de notre Créateur, accomplissons le précepte de l'Apôtre :De même que nous avons porté l'image de celui qui est pétri de terre, portons aussi l'image de celui qui vient du ciel. (...)

Maintenant renés à la ressemblance de notre Seigneur, comme nous l'avons dit, (...), réalisons une image parfaite par une ressemblance parfaite avec notre Créateur, non par la gloire, qu'il est seul à posséder, mais par l'innocence, la simplicité, la douceur, la patience, l'humilité, la miséricorde, la concorde, puisque c'est par ces vertus qu'il a daigné venir et demeurer en communion avec nous."(1)

Il y a deux chemins pour l'homme,  poursuit comme en écho la Didaché, une catéchèse du premier siècle :" l'un de la vie, l'autre de la mort ; mais il est entre les deux chemins une grande différence. Or le chemin de la vie est le suivant : D'abord, tu aimeras Dieu qui t'a créé ; en second lieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même ; et ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait, toi non plus ne le fais pas à autrui. Et voici l'enseignement signifié par ces paroles : Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent. Quel mérite, en effet, d'aimer ceux qui vous aiment ?(...) Veille à ce que nul ne te détourne de ce chemin de la doctrine, car cette personne-là t'enseigne en dehors de Dieu. Si tu peux porter le joug du Seigneur tout entier, tu seras parfait ; sinon, fais du moins ce qui est en ton pouvoir.(2) "

(1) Homélie de saint Pierre Chrysologue
(2) La Didachè n* 1-6 (trad. coll. Icthus, t. 1, p. 112s) 

octobre 18, 2016

Dieu n'est pas violent - Lire l'Ancien Testament, tome 2 - une lecture pastorale de l'Exode

Vient de paraître sur Createspace / Amazon, cette lecture, contemplative et spirituelle du livre de l'Exode, puis des autres théophanies de l'Ancien Testament, à la lumière des Pères de l'Eglise, nous conduit à prendre de la distance sur le récit qui ne peut être historique, pour percevoir, à la lumière de Jésus-Christ que Dieu n'est pas du côté de  la violence, qu'il aime et qu'il souffre le pire tourment de nous voir tourner le dos à son amour.
Après une lecture pastorale du Nouveau Testament (6 tomes), et la lecture de Gn et Os, ce 8ème tome nous conduit toujours plus loin vers la contemplation des pas de Dieu vers l'homme.

Claude Hériard, titulaire d'une licence (bac canonique) de théologie a publié dans la même collection 7 lectures pastorales du Nouveau et de l'Ancien Testament dont "A genoux devant l'homme", "Sur les pas de Jean", "Chemins de miséricorde", "Serviteur de l'homme - Kénose et Diaconie".

Ces livres, vendus à prix coûtant s'intègrent, depuis la publication de "Pastorale du seuil" dans une longue recherche pastorale de la "périphérie" qui anime l'auteur depuis plus de 30 ans.

"Dieu n'est pas violent (Lire l'Ancien Testament, tome 2 - une lecture pastorale de l'Exode)"  comprend aussi en bonus :
1. Une suite commune à Le chemin du désert - un itinéraire spirituel et à Dynamique sacramentelle
2. La course infinie - Une étude de La vie de Moïse de Grégoire de Nysse

octobre 07, 2016

Dynamique sacramentelle - suite

Au delà de l'approche contemplative et liturgique du pseudo Denys, il faut noter cette insistance particulière sur la dynamique sacramentelle qui rejoint notre essai éponyme. Pour lui, "l'action morale n'est pas une seconde action à côté de l'action sacramentelle qui ne ferait que la susciter, elle doit être une avec celle-ci, sinon l'action sacramentelle n'existe absolument pas" (1). Ce lien est plus qu'essentiel. Il est constitutif et fondement du sacrement. Pour l'Aéropagite, tout est ordonné à l'imitation de Dieu, "toute l'histoire est comme esthétiquement projetée dans une sorte de concert céleste (...) toute la vie humaine du Christ est absorbée dans la contemplation intemporelle du sacrement eucharistique" (2).

Il nous reste à entrer dans cette danse liturgique qui n'est autre qu'une réponse symétrique au don de Dieu.

(1) GC2 p. 160
(2) p. 161

octobre 06, 2016

Exode 34 et l'indicible

Deux remarques sur ce sommet théologique. Au delà de la tension humaine entre Ex 32 (veau d'or), Exode 33 (tente de la rencontre) et Exode 34 (tables), un écrin liturgique a été construit par le rédacteur dans la description et la mise en place de la demeure et du voile. Mais la finale du chapitre 34 ne dit rien de la dernière conversation. On nous rapporte que l'épisode du visage de Moise, rayonnant de la gloire divine aperçue. Sur ce point le Pseudo Denys peut nous éclairer : "plus haut nous nous élevons (...) et plus nos paroles deviennent concises (...) nous sommes au-delà de l'intelligible (...) muets et pleinement unis à l'ineffable(1)" au point que la parole qui s'adresse au dehors doit, pour être vraie, contenir en soi le Silence divin (...) et la liturgie uniquement contemplative (2), mais aussi "plus secrète, plus simple, et plus unificatrice" (...) en "honorant par son silence le secret qui le dépasse" (3)

(1) Mth, 3 (1033 BC), œuvres p. 182, cité en GC2 p. 159
(2) GC2, ibid.
(3) Hier. cel. p. 191, GC2 ibid.

Le feu chez Denys l'Aéropagite

Le feu est pour lui, "à la fois totalement lumineux et comme secret, inconnaissable en-soi (...) insoutenable et impossible à regarder (...) revifiant par sa chaleur vitale, éclairant par ses illuminations sans écran, impossible à maîtriser, sans mélange, dissociateur, inaltérable, tendant vers le haut, agissant vite, sublime et exempt de toute faiblesse (...) saisissant et insaisissable, n'ayant besoin de rien d'autre, s'accroissant en secret et révélant sa propre grandeur selon les matières qui l'accueillent, actif, puissant, invisiblement présent à tout être (...) se manifestant de manière soudaine" (1)

Une description qui pourrait presque s'adapter à ce passage d'Exode 3, dit du buisson ardent et qui, à sa manière sert d'antichambre à Dieu.

(1) Denys l'Aéropagite, CH XV, 2 (239 AC, Hiér. Cél. p. 168-171, cité par Hans Urs von Balthasar in GC2 p. 165

octobre 05, 2016

Le voile -2 - Où es-tu, mon Dieu ?

Où es-tu mon Dieu ? Dans notre monde où Dieu semble de plus en plus absent,  où la violence, la haine et le mépris semble avoir pris la première place,  nous pouvons répéter la question : "Où es-tu mon Dieu ?"

Loin des tremblements de terre et des orages de la guerre, loin du vent de la haine, la réponse de Dieu se trouve dans le bruit d'un fin silence (cf. 1 Rois 19),  dans le chant des martyrs et des anges. 

Écoutons ce que nous dit Augustin : "Croyez-vous, frères, que Dieu ignore ce qui vous est nécessaire ? Celui qui connaît notre détresse connaît d'avance aussi nos désirs. C'est pourquoi, quand il enseignait le Notre Père, le Seigneur recommandait à ses disciples d'être sobres de paroles : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé » (Mt 6,7-8). Si notre Père sait ce qui nous est nécessaire, pourquoi le lui dire, même en peu de mots ? ... Si tu le sais, Seigneur, est-il même nécessaire de te prier ? Or celui qui nous dit ici : « Ne multipliez pas vos paroles dans vos prières » nous déclare ailleurs : « Demandez et vous recevrez », et pour qu'on ne croie pas que c'est dit en passant, il ajoute : « Cherchez et vous trouverez », et pour qu'on ne pense pas que c'est une simple manière de parler, voyez par où il termine : « Frappez, et on vous ouvrira » (Mt 7,7). Il veut donc que pour recevoir tu commences par demander, que pour trouver tu te mettes à chercher, que pour entrer enfin tu ne cesses de frapper... Pourquoi demander ? Pourquoi chercher ? Pourquoi frapper ? Pourquoi nous fatiguer à prier, à chercher, à frapper comme pour instruire celui qui sait tout déjà ? Et même nous lisons dans un autre endroit : « Il faut prier sans cesse, sans se lasser » (Lc 18,1)... Eh bien, pour éclaircir ce mystère, demande, cherche et frappe ! S'il couvre de voiles ce mystère, c'est qu'il veut t'exciter à chercher et trouver toi-même l'explication. Tous, nous devons nous encourager à prier." (1) et la seule question de l'où es-tu ? nous conduira vers Celui qui nous cherche derrière le voile de l'amour donné. Dans le jardin du monde, il pose lui aussi la question. Où es-tu homme. Ta vie est-elle don fragile ? Si elle l'est tu ne peux qur me trouver. Car je suis don.

(1) Saint Augustin, Sermon 80, source AELF.

octobre 04, 2016

Le voile iniatique

Nous reprenons notre lecture du deuxième tome de la trilogie de Balthasar après un large détour vers les tomes 6 et 7.
Chez Denys, qui réfléchit à la ressemblance, on aimera la notion de "peintres divins" pour les saints "qui se soucient fort peu d'attirer le regard des hommes" mais regardant immuablement Dieu cherchent à se conformer à l'exacte ressemblance (indalma) du modèle (1) et se heurtant à deux limites : le possible et le permis cherchent la mesure et la modération (2).
Sur ce chemin le voile qui cache Dieu est pour eux initiation. Tout est voile sacré (3) y compris la liturgie qui ouvre le coeur au langage de Dieu.

(1) Hans Urs von Balthasar, La gloire et la Croix, Styles. D'Irenée à Dante, tome 2, Cerf Ddb, 1967-1993 (ci-après GC2) p. 152.
(2) p. 155.
(3) p. 158.

L'épiphanie du visage

Il y a un chemin de contemplation possible entre le visage de Moïse dans les derniers versets d'Exode 34, si "lumineux qu'il devait y mettre un voile", celui du Christ, transfiguré de lumière, dans les évangiles synoptiques* et "l'épiphanie du visage de l'autre", dans "sa transitivité non-violente"(1).
Cet axe n'est autre que celui tracé par Jn 5 ou Matthieu 25.
Chez Jean 5,6 , dans l'attitude du Christ pour cet homme souffrant, chez Matthieu 25,36 dans cet appel à voir tout homme comme s'il s'agissait du Christ. Cet axe est l'appel même qui nous pousse à aimer Dieu et autrui d'une même intensité.

(1) Emmanuel Lévinas, Totalité et infini, op. Cit. p. 43.

octobre 02, 2016

Platon et le don

Quittons les poètes et abordons la philosophie grecque à la suite de Hans Urs von Balthasar. "Savoir dans quelle mesure la figure de Socrate a été idéalisée par Platon importe peu ; ce qui compte c'est que l'acte philosophique consiste dans la décision mortelle du don absolu à la vérité" (1) et de "donner à chaque individu rencontré le bienfait le plus grand".

C'est probablement là que la philosophie rejoint le christianisme de près.

(1) GC6 p .142.

octobre 01, 2016

Euripide

Euripide continuera la série avec une lourde insistance sur la souffrance et la mort à laquelle il ne voit que deux issues : la colère ou l'amour, la violence ou le don de soi (1), là où la Bible fera intervenir Dieu, le Grec en reste à l'humain et son chemin est instructif d'un monde sans Dieu. Car la réponse de l'amour y est fragile.

Au bout du don de soi, Euripide nous ouvre le chemin de la liberté ; le héros dépasse "le ténébreux destin qui lui est imposé, pour accéder à un oui lumineux, jaillissant des richesses insondables du coeur, et c'est alors comme si on quittait une sombre caverne pour émerger dans la lumière du jour et retrouver la liberté et la beauté de l'existence" (2)

(1) Hans Urs von Balthasar, GC6 p. 111
(2) 112