30 avril 2022

corrigé à mon essai d’homélie 2.52: * « M'aimes-tu ? »

 En guise de corrigé à mon essai d’homélie 2.52: *

« M'aimes-tu ? »

« Aimes-tu ? (...) M'aimes-tu ? (...) » Pour toujours, jusqu'à la fin de sa vie, Pierre devait avancer sur le chemin accompagné de cette triple question : « M'aimes-tu ? » Et il mesurait toutes ses activités à la réponse qu'il avait alors donnée. Quand il a été convoqué devant le Sanhédrin. Quand il a été mis en prison à Jérusalem, prison dont il ne devait pas sortir... et dont pourtant il est sorti. Et (...) à Antioche, puis plus loin encore, d'Antioche à Rome. Et lorsqu'à Rome il avait persévéré jusqu'à la fin de ses jours, il a connu la force des paroles selon lesquelles un Autre le conduisait là où il ne voulait pas.... Et il savait aussi que, grâce à la force de ces paroles, l'Église « était assidue à l'enseignement des apôtres et à l'union fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » et que « le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Ac 2,42.48). (...)

Pierre ne peut jamais se détacher de cette question : « M'aimes-tu ? » Il la porte avec lui où qu'il aille. Il la porte à travers les siècles, à travers les générations. Au milieu de nouveaux peuples et de nouvelles nations. Au milieu de langues et de races toujours nouvelles. Il la porte lui seul, et pourtant il n'est plus seul. D'autres la portent avec lui (...). Il y a eu et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd'hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : « Aimes-tu ? M'aimes-tu ? » Ils ont donné et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite — une réponse héroïque — ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : « Aimes-tu ? » C'est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d'être vécue » (1)


D’un certain côté, mon intuition de relier la nudité de Pierre à celle d’Adam est probablement la clé que suggère Jean dans son chapitre 21.


On pourra lire aussi, l’excellent commentaire de Marie-Noēlle Thabut https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/


(1) Jean-Paul II (1920-2005)

Homélie à Paris 30/05/80, 1-3 (trad. DC 1788, p. 556 copyright © Libreria Editrice Vaticana)


* mon homélie : https://www.facebook.com/100003508573620/posts/4849361138524124/

29 avril 2022

Esprit et ouverture - 2.52bis

 

Nous sommes en chemin…

Si l’on prend un peu de recul sur les événements passés qui nous ont conduits de la Passion aux premières manifestations de la résurrection, mais aussi sur notre propre vie, comme de vrais pèlerins pour le Royaume, c’est peut-être à partir de la figure de Pierre que la liturgie nous conduit aujourd’hui vers un nouveau souffle...

Pierre est un homme comme nous, faible, plein de bonne volonté mais fragile et capable de violence.

Il a suivi Jésus

Il l’a renié par trois fois

Il fait des efforts 

Il veut maîtriser sa vie, relancer la pêche 

Mais malgré cela il passe une nuit sans rien prendre….

Jésus revient, le matin, au bord de la mer, au bord de nos efforts et nous appelle. 


Qu’as-tu fais de ta vie ?


Pierre se voit nu, comme Adam au jardin

Pourtant il plonge dans cette eau dangereuse pour se rapprocher de Jésus 

Vient la triple question dont le grec donne une finesse particulière. M'aimes-tu vraiment ?

« Agapas me… » M’aimes tu d'agapè, de cet amour entier, de ce jusqu'au bout qui m’a conduit à la Croix ? 

Deux fois, la question lui est posée mais Pierre se rend compte qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il lui reste du chemin. Je t’aime seulement d’amitié « philo te » répond Pierre en grec.

Alors Jésus repose la question en reprenant le même verbe que Pierre « Phileis me », m’aimes tu d’amitié ? 


Veux-tu avancer vers moi ?


Qu’est ce à dire ?


À la lumière de dimanche dernier, n’oublions pas que Dieu est miséricorde, qu’il est conscient de nos faiblesses et qu’il nous rejoint, comme il l’était devant Pierre, par deux fois, à genoux : pour lui laver les pieds, puis à nouveau au bord du lac probablement à genoux à nouveau en train d’attiser le feu d’un repas qui se prépare.


Que va-t'il se passer dans le double mouvement  que nous allons vivre aujourd’hui d’un baptême de l’eucharistie ?


Pas grand chose finalement si ces deux rites restent des gestes creux, des mots, un peu comme cette pêche nocturne de Pierre. Il y a un saut à faire pour consentir à nous laisser guider, habiter par l’Esprit : « jette ton filet ailleurs, suis moi, laisse moi te laver les pieds et le cœur, renonce à croire que tu maîtrises tout, laisse toi revêtir, habiter par l’Esprit… »


Le rite du baptême comme celui de l’Eucharistie sont bien fragiles si nous passons à côté de l’essentiel : Dieu nous invite à genoux à dépasser les gestes du rite pour vivre en actes et en vérité ce que nous célébrons. Le rite n’est rien si nous ne parvenons pas à transformer les symboles en chemins de vie, si nous ne devenons « porte-Christ » comme le suggère cette ancienne catéchèse de Jérusalem.


Le sacrement est vide s’il ne se transforme en mouvement, en « dynamique sacramentelle »


Dans les lectures de mardi dernier Jésus glissait à Nicodème que nous ne sommes rien tant que nous ne sommes pas « nés du souffle de l’Esprit » 

Qu’est-ce que ce souffle ?


Un souffle ténu, le bruit d’un fin silence (1 Rois 19), ce cri intime de Dieu qui nous invite à marcher, chant intérieur qui veut allumer en nous un feu… 

Il nous faut écouter ce que l’Esprit enseigne dans le silence d’un orant.


M'aimes-tu au point de plonger dans la vie en Dieu et renoncer à ton petit confort…


En versant l’eau vive par trois fois sur la tête du petit Côme, un rien va se produire et pourtant une étincelle mystérieuse va se glisser dans le cœur de cet enfant, flamme fragile que la prière conjointe de ceux qui l’entourent et la nourriture spirituelle transformera, par l’action discrète et humble de l’Esprit en lumière.


Nos rites sont inutiles si nous ne choisissons pas d’entrer dans la danse de l’Esprit…


Nos communions sont façades si nos joies intérieures ne deviennent lumières pour le monde, dans la contagion discrète mais joyeuse des danseurs pour le royaume.


L’échange avec Nicodème de mardi nous a permis de contempler la brise fugace et tendre de l’Esprit…


La liturgie nous fait découvrir aujourd’hui que Pierre hésitant et désemparé (Jean 21) peut entendre, comme nous, cet appel fragile d’un Dieu à genoux qui l’invite à choisir une vie nouvelle. 


En nous laissant aimer par Jésus, habités par le souffle c’est une danse nouvelle qui nous appelle.


Qu’est-ce qui explique en effet cette différence entre le Pierre de l’Evangile et celui de la première lecture si ce n’est l’Esprit qui vient transformer l’homme ?

Je renonce, je crois diront les parents de Côme. Et nous ?


Laissons une place à l’Esprit qui veut allumer en nous un feu de joie…


Le baptême est un petit pas en avant, mais l’essentiel est ailleurs : se laisser saisir par ce Dieu qui veut allumer en nous un feu…

28 avril 2022

La danse de l’Esprit - 2.52

 L’échange avec Nicodème qu’évoque partiellement la liturgie d’aujourd’hui (Jn 2) nous permet de contempler la brise fugace et tendre de l’Esprit…


Dimanche nous verrons à la fois un Pierre hésitant et désemparé (Jean 21) et sûr de lui dans les Actes. 

Le premier Pierre a pêché seul sans succès et doit plonger nu pour trouver le chemin du triple pardon de Jésus et comprendre qu’il n’est pas digne, encore de l’agapè. Le second est empli d’un souffle puissant qui convertit les foules.  Qu’est-ce qui explique cette tension apparente si ce n’est l’Esprit qui vient transformer l’homme ?


La liturgie nous prépare à la contemplation du don de l’Esprit… 


Un chemin pour tous ?


Que va-t-il se passer dans le double mouvement sacrementel  que nous allons vivre dimanche prochain dans ma paroisse alors que nous célébrerons coup sur coup un baptême et une eucharistie ?


Pas grand chose finalement si ces deux rituels ne sont  la base d’un double mouvement à la fois théologal et actif au sein des récipiendaires… 


Le rite du baptême comme celui de l’Eucharistie sont bien fragiles si nous passons à côté de l’essentiel : Dieu nous invite à sa danse kénotique et à dépasser les gestes du rite pour vivre en actes et en vérité ce que nous célébrons. Le rite n’est rien si nous ne parvenons pas à transformer les symboles en chemins de vie, si nous ne devenons « porte-Christ » comme le suggère cette ancienne catéchèse de Jérusalem.


Le sacrement est vide s’il ne se transforme en « dynamique sacramentelle » (1).


Jésus glisse aujourd’hui à Nicodeme que nous ne sommes rien tant que nous ne sommes pas « nés du souffle de l’Esprit » 

Qu’est-ce que ce souffle ?


Un souffle ténu, le bruit d’un fin silence (1 Rois 19), le chant ou la danse des priants. Nous vivons souvent dans un balancier fragile entre les excès charismatiques et la pudeur des communautés qui refusent d’écouter ce que l’Esprit enseigne dans le silence d’un orant.


La vie chrétienne consiste finalement à trouver 

le juste équilibre entre kénose et prosélytisme, enfouissement et moralisme, pastorale et ritualismes.

Attention aux excès comme aux extrêmes ! 😉 


Au pharisaïsme hésitant de Nicodème, Jésus rappelle que la guérison de la morsure du mal, de ces « serpents du désert »  ne s’est pas faite dans le combat et la violence mais dans un signe fragile, élevé et suscitant de détourner son regard.


Appel bien mystérieux pour ce chercheur de Dieu que ce serpent de bronze évoqué au chapitre 11 du livre des Nombres qui devient pourtant le prélude et l’annonce de la Croix et du mystère d’un Christ transpercé d’où jaillit l’Esprit.


Ce qui était voilé devient lumière.


En versant l’eau vive par trois fois sur la tête du petit Côme dimanche, un rien va se produire et pourtant une étincelle mystérieuse va se glisser dans le cœur d’un enfant, flamme fragile que la prière conjointe de ceux qui l’entourent et la nourriture spirituelle transformera, par l’action discrète et humble de l’Esprit en lumière.


Nos rites sont inutiles si nous ne choisissons pas d’entrer dans la danse de l’Esprit…


Nos communions sont façades si nos joies intérieures ne deviennent lumières pour le monde, dans la contagion discrète mais joyeuse des danseurs pour le royaume.


(1) cf. mon livre éponyme

23 avril 2022

Chemin d’Emmaüs - Suite

 Il est venu et la trace de sa présence, de son inhabitation n’est pas innocente. 

Quel enjeu ?

La contemplation des pèlerins d’Emmaüs et, à leur suite, de tous les baptisés peut être de comprendre que nous sommes appelés, à notre tour à devenir des « Porte-Christ » (1)

Cette expression très ancienne m’a toujours touchée car elle symbolise notre mission de baptisée, habitée par cette présence fragile et lumineuse qui se révèle en nous, dans notre intime et nous fait marcher.

Être saisi et se laisser saisir (Ph 3)

Transpirer Dieu.

Non dans un discours, mais en actes.

Jusqu’au don

Jusqu’à l’accueil de l’étranger 

Celui qui me dérange.

Danser en Christ…


(1) voir le texte des catéchèses de Jérusalem repris dans l’office des lectures d’aujourd’hui et disponible dans la Maison d’Évangile - La Parole Partagée

20 avril 2022

Sur les chemins d’Emmaüs

Nous sommes invités à le toucher, à le rencontrer, à le manger, à nous nourrir de lui et à entrer dans son mouvement pascal d’effacement rappellait C.Théobald, et pourtant, au moment même où l’on croit le saisir, nous savons qu’il s’effacera, comme il nous invite aussi à le faire. Car, quand bien même nous aurons cru le saisir, il disparaîtra dans un « ne me touche pas » (Jn 20, 17), paradoxe d’un Dieu qui cherche à nous maintenir dans une course infinie, pour que, loin de planter, comme Pierre, une tente sur le mont Thabor, nous restions des coureurs, cherchant sans fin « à le saisir » (cf. Ph. 3) et surtout à en vivre, dans un amour contemplé, reçu puis partagé. 

Le Verbe n’a plus de mots, mais qu’un geste, signe de sa mort, où le Christ se révèle par le don de son corps et disparaît dans le silence pour nous laisser creuser en nous son absence et reprendre son chemin. 

Il nous invite dans le monde, en Galilée….

Extrait de mon « Dieu depouillé »

18 avril 2022

Kénose

 Tout perdre, y compris celui que son cœur aime.

Avancer dans la nuit et le vide.

Ne plus se laisser distraire

Entrer au service 

Se mettre à genoux

Panser les plaies.

Se dépouiller

Kénose 

Impossible chemin ?

Quête inaccessible à l’homme ?

Rejoindre Celui qui nous précède ?

Tâcher de Le saisir et finalement se laisser saisir ?


Écoutons Simon…:


« Femme, qui cherches-tu ? » (Jn 20,15)


Ne te relâche pas, mon âme, dans la poursuite du Maître,

mais comme une âme qui s’est une bonne fois livrée d’elle-même à la mort,

ne tâtonne pas à la recherche de tes aises, ne poursuis pas la gloire,

ni la jouissance du corps, ni l’affection de tes proches,

ne jette pas un coup d’œil à droite, pas un coup d’œil à gauche,

mais, comme tu as commencé, et même de plus belle, cours,

hâte-toi sans répit pour atteindre, pour saisir le Maître !

Quand bien même il disparaîtrait dix mille fois et dix mille fois t’apparaîtrait,

et qu’ainsi l’insaisissable serait pour toi saisissable,

dix mille fois, ou plutôt tant que tu respires,

redouble d’ardeur à sa poursuite et cours vers lui !

Car il ne t’abandonnera pas, il ne t’oubliera pas,

peu à peu, au contraire, de mieux en mieux il se montrera,

plus fréquente se fera pour toi, mon âme, la présence du Maître

et, après t’avoir parfaitement purifié par l’éclat de sa lumière,

lui-même tout entier viendra en toi, lui-même habitera en toi,

lui-même sera avec toi, lui l’auteur du monde,

et tu posséderas la richesse véritable que le monde ne possède pas,

que seuls possèdent le ciel et ceux qui sont inscrits dans les cieux. (…)

Celui qui a fait le ciel, le Maître de la terre

et de tout ce qui est dans le Ciel et de tout ce qui est dans le monde,

le Créateur, lui le seul Juge, lui le seul Roi,

c’est lui qui habite en toi, c’est lui qui se montre en toi,

qui tout entier t’éclaire de sa lumière et te fait voir la beauté

de son visage, qui t’accorde de le voir en personne

plus distinctement, qui te donne part à sa propre gloire.

Dis-moi, qu’existe-t-il de plus grand que cela ? (1)


(1) Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022)

moine grec

Hymnes 48, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p. 141-143 ; rev.)

Nouvelle naissance - à l’aube pascale

 Hier nous avons vécu le grand silence du samedi saint, le cœur empli et meurtri du souvenir de cette souffrance des femmes et des hommes de notre temps, des enfants maltraités, de tous ces dénis d’humanité qui nous sautent au visage jusqu’à cette guerre meurtrière maintenant aux portes de l’Europe. Combien notre monde semble aujourd’hui fragile !

Le mal a-t-il gagné sa cause ?

Comment espérer encore…?

Où es-tu mon Dieu ?


Où a-t-on mis notre foi ?

Nous étions dans le noir et pourtant…


Et pourtant, hIer soir, d’un feu de joie a jailli la lumière et en brandissant le cierge pascal, j’ai chanté « lumière du Christ…. »

Quelle est cette flamme fragile qui brille soudain dans nos nuits obscures ? 

Voici que vient une aube nouvelle, un jardin où une fleur mystérieuse et fragile vient de naître.

Au cœur de nos souffrances et de nos doutes, par le mystère encore insaisissable de la croix se révèle à nous un brin d’espérance….

Que nous dit l’Evangile ? 

Ce n’est pas aux disciples qu’il appartient de sentir en premier le bruit d’un doux murmure, mais à une femme, Marie, celle là-même qui probablement (1) a compris à l’avance, à Béthanie, que Jésus allait mourir pour nous et qui le cherche pourtant contre toute espérance dans le jardin du monde…

Le cri de Marie doit rejoindre notre quête…


Il n’est plus là ? L’homme… l’ecce homo broyé par la violence des hommes.

Où es-tu Seigneur ?


La course de Pierre et du disciple bien aimé est d’une certaine manière aussi la nôtre en ce matin de Pâques…


À quoi croyons-nous ?

Y croyons-nous ?

Et nous, le sentons-nous ?

Pouvons nous faire d’une absence une espérance ? 

Le saut de la foi à laquelle nous invite la liturgie est finalement de croire qu’à partir de signes fragiles, un vide, un linceul plié, l’espérance peut naître.

Une bien petite espérance et pourtant…

Christ n’est pas mort en vain…

S’il est parti en silence, s’il semble insaisissable, c’est bien parce qu’il a besoin de nous…

Il a besoin de vous, les parents de Jade pour faire naître dans le cœur de votre enfant, baptisée tout à l’heure, l’envie d’aimer…

L’envie d’aimer.


C’est toujours frustrant d’arrêter là la lecture de Jean car dans la suite du chapitre 20, Marie voit, ce jour-là, l’insaisissable. 


« Allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” » disait déjà Marc 16,7…


Creusons cela…


Il nous précède en Galilée - c’est à dire dans le monde, auprès des souffrants. Il est absent et pourtant toujours là.

Pourquoi ? 


À chaque fois que nous répondons par l’amour à la violence ou la désespérance, Christ est présent…

Il est ressuscité dès que l’amour surgit…


Cela ne veut dire finalement qu’une chose, c’est par nous, en nous, à chaque fois que nous « entrons dans sa danse », celle du don, que Dieu renaît. 

Il a « besoin de nos mains » (2) et de nos cœurs pour être, pour renaître.

Osons y croire, porté par ce don fragile de l’Esprit qui met en nous la foi…

Chantons et dansons pour notre Dieu, l’alléluia. 

Non dans une danse éphémère, mais parce que cela nous (re)met en route : il est ressuscité. 

Osons y croire, osons le vivre…


Aujourd’hui est venu, en nous, se loger une flamme fragile, transformons là en feu de joie. 

Donne nous Seigneur cette force toute intérieure de croire en cette aube nouvelle qui fait renaître en nous un chemin de vie. 

Donne nous de croire que l’amour est plus fort que la mort, que la lumière va éclairer nos nuits…

Christ est ressuscité.

Il est vraiment ressuscité…

Car en nos cœurs qui s’ouvrent Dieu renaît à la vie.


(1) cf. Sylvaine Landrivon, Les leçons de Béthanie, Cerf 2022.

(2) c’est l’affirmation sublime d’Etty Hillesum, voir ses lettres au camp de Westerbroch in « une vie bouleversée »…

13 avril 2022

Ébauche fragile pour le vendredi saint…

 Ce soir nous arrivons au bout du voyage de Jésus. Isaïe et la lettre aux Hébreux nous présente un Christ conduit dans le tunnel de la mort, comme un agneau que l’on mène à l’abattoir…

D’une certaine manière, il n’y a pas ici, à ce stade, chez ces deux auteurs d’espérance, sauf peut-être entre les lignes d’Isaïe. Le mal est là, il nous entoure, il est à nos portes. Une noirceur qui rejoins notre aujourd’hui.

Le Christ, nous le disions dimanche, ne passe pas au-dessus du réel. Il est à nos côtés dans ce gouffre sordide.


Il faut peut-être commencer par entrer dans le silence, ce silence où résonne la douleur des hommes(1), pour s’ouvrir à autre chose. C’est peut-être finalement cela, cette obéissance du Christ qu’évoque maladroitement la lettre aux Hébreux, [avec les limites de l’auteur évoquées récemment par M. Pochon(2)] : une sorte de libre soumission au projet de Dieu, mais avec cette nuance importante que souligne Jean au chapitre 10. En effet même si la violence est là, Jésus reste en pleine maitrise de sa liberté car l’enjeu est ailleurs : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne… » Jn 10, 18.


Ce n’est qu’à ce stade, après être entré dans le silence, et contemplé ce signe élevé, qu’un mouvement peut être amorcé. Et quel mouvement !


Dans la passion de Jean on peut distinguer au moins trois points / déplacements :  


1. Une certaine assurance qui transparaît déjà dès le chapitre 13 et qui donne un ton différent à cette version de la passion. Le Christ reste maître de lui. Il sait que l’enjeu est crucial , que ce projet du Dieu trinitaire est de révéler le jusqu’au bout de l’amour par l’abaissement même de la Croix. La seule réponse au mal est d’avancer, d’entrer dans ce projet de Dieu, non pour satisfaire à un Dieu pervers, mais parce que Père et Fils ont tracé cette voie particulière qui met l’amour au centre (3)


C’est finalement l’enjeu de cette coexistence entre un Christ qui affirme par 3 fois « Je suis » [qu’on pourrait traduire par un « Me voici, c’est l’heure/mon heure] et qui semble maître de lui et à l’opposé la violence désordonnée du monde, le reniement et la fuite des hommes…


2. Entre le triple « je suis » de Jésus et le « je ne suis pas » de Pierre se trouve tout le drame de notre humanité, la différence entre le discours et les actes. 

Le Christ maintiendra jusqu’au bout son amour pour l’homme, jusqu’au « j’ai soif » final qui est bien plus qu’un cri, car il rejoint toutes les soifs et les agenouillements du Christ. Pour mère Teresa et d’autres mystiques, il s’agit plutôt d’un « j’ai soif de toi »(4) qui nous appelle au plus profond de nous mêmes.


« Si tu veux, va jusqu’au bout de l’amour, quoi qu’il en coûte. Le reste est superflu », semble nous suggérer Jean.

Entre l’agenouillement du lavement des pieds, jusqu’à la Croix, le Christ n’est qu’invitation à l’amour. Et c’est cela qu’il nous faut maintenant contempler dans le silence intérieur, jusqu’à ce que, au fond de nous, naisse la réponse, soufflée par la musique silencieuse des psaumes et d’Isaïe : « Tu ne voulais pas de sacrifices (…) alors j’ai dit, me voici ».


3. Le troisième point est peut-être à lire en filigrane dans l’échange entre l’archétype des disciples (celui que Jean appelle le bien-aimé), Marie et Jésus. Plus qu’un héritage, c’est à nous tous qu’est confié la tâche de faire famille : « Ta mère, ton fils ». 


Quelle mission fragile nous est confiée ici au pied de la Croix ! Non seulement écouter le cri des femmes et des hommes, mais construire une famille, un Corps.


Tâche impossible aux hommes que nous sommes, sans la grâce jaillissante qui surgit de cette « danse » tragique que le Père et le Fils viennent d’exécuter « pour nous ».

C’est dans l’eau vive torrentielle d’un cœur transpercé que jaillit et procède l’amour fragile et immense et se révèle à nous dans ce qui est, pour Jean, le don de l’Esprit ! 

Ici, point de rideau déchiré(5), seul le cœur de Dieu dénudé et transpercé par la violence devient source féconde. 


J’ai soif de toi / voici de l’eau…

Paradoxe (oxymore) de la Croix…


(1) comme le soulignait si bien Joseph Moingt, L’homme qui venait de Dieu, Cerf, 1995, Ed° de 2002, Cogitatio Fidéi n° 176, p.546ss

(2) cf Martin Pochon,  « Lettre aux Hébreux au regard des Évangiles », lectio divina, Cerf 2020, qui avance la thèse que cette lettre provient d’Apollos, cet apôtre de Jean Baptiste à qui l’Evangile n’est pas encore connu et qui de ce fait interprétre maladroitement le sens du rachat.

(3) cf. sur Kobo/Fnac ma «  danse trinitaire « 

(4) cf. notamment sur le triple reniement mon analyse in « À genoux devant l’homme » 

(5) voir mon essai éponyme et « Dieu dépouillé »

10 avril 2022

La passion selon saint Luc - Petite méditation fragile

 Qu’est ce qui distingue la lecture de Luc des autres synoptiques ?  Quelques clés de lecture.

1. Un Dieu à genoux

Sans aller jusqu’au lavement des pieds, Luc insiste sur le renversement de la vision du messie attendu : « Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

Cette petite phrase est à contempler à la double lumière d’un Dieu à genoux devant ses disciples y compris Judas (1) et d’un Dieu qui tombera à genoux en « présentant son dos aux outrages » (Isaïe 50).

Kénose, c’est à dire humilité extrême nous dira Paul en Ph 2. Le messie que vous attendez se révèle dans son agenouillement…



 2. Agonie extrême 

« Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. »

Déjà dans la prière, il va jusqu’à prévoir ce qui l’attend. Devons nous entendre, pouvons nous entendre, comme le fera une mystique (2) que Jésus perçoit que son geste à venir ne servira pas à convertir l’homme, à changer nos cœurs de pierre ?

Sentons nous aussi qu’il va, comme le suggérera A. Von Spyer (3) jusqu’à faire l’expérience du silence du père, ce silence que connaît les grands souffrants et qui est l’extrême de notre condition humaine. Dieu à genoux, à nos côtés, jusqu’au bout…


 3. Le grand silence

« J’ai joué de la flûte et vous n’avez pas dansé » (Luc 7, 32). Si nous contemplons les gestes de la Passion ce qui surprend chez Luc c’est le quasi silence. Plus de grandes affirmations, mais juste une série de renvois «  C’est toi-même qui le dis ». Renvoie à la conscience intérieure.


 4. Miséricorde

« Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. »

C’est le Luc du chapitre 15, celui qui nous a donné la parabole du fils prodigue qui rejaillit ici. Christ est ici à l’extrême de son message. Après le silence qui renvoie à nous mêmes vient l’espérance du pardon… :

« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »


 5. Le rideau du temple 

« Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. »

Ce qui était caché de l’indicible se dévoile. Dieu est là. Luc déchire le rideau du centre, quand Marc le fait de haut en bas… (4) mais le signe est le même, moins spectaculaire que chez Matthieu (5), mais qui vise le cœur. Dieu ne se cache plus, il est là, nu, dépouillé, fragile.


 6. Le dernier cri

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Ultime abandon, humilité extrême. Ici pas de cri au Père, pas de Ps 21 murmuré dans l’agonie finale, mais un message de soumission à la tendresse paternelle « entre tes mains », dans ta tendresse, je m’abandonne à toi…

   

 7. Le centurion

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : « Celui-ci était réellement un homme juste. »

Marc en fait le sommet de la révélation et met dans la bouche du centurion la révélation qu’il est «  Fils de Dieu ». Luc est plus discret, renvoie au chemin intérieur de chacun, dans cette pédagogie qui culminera sur le chemin d’Emmaus puis ds le livre des Actes. Il rejoint cette invitation à un « rentrant en lui même » du fils prodigue (Luc 15).


 8. Conversion intérieure 

« Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine ».


Mea culpa…

À la suite de cette lecture, Luc nous invite à retourner en nous mêmes.  À quoi m’invites tu Seigneur pour que ta croix ne soit pas vaine…? 


Parmi la symphonie des évangiles, Luc a sa mélodie particulière…(6)


(1) cf. « À genoux devant l’homme »

(2) Anne-Catherine Emmerich

(3) voir notamment l’excellent commentaire chez Hans Urs von Balthasar dans ses tomes de Dramatique divine

(4) voir aussi chez Kobo / Fnac « Le rideau déchiré »

(5) cf. Chemins d’Evangile

(6) voir « chemins de miséricorde »

08 avril 2022

Essai fragile d’une homélie pour les Rameaux

 À la suite de cette longue lecture nous ne pouvons que rester silencieux… Nous sommes au bout du voyage qui, à travers le carême, nous a conduit vers cette Semaine Sainte particulière où Jésus va marcher vers la mort, agneau silencieux, les mains liées par la violence des hommes, prêtant son dos aux outrages comme l’avait prédit Isaïe. 

Ce silence doit nous interroger. 


Pourquoi ?

Pourquoi est il parvenu à ce stade d’abandon ?

Pourquoi va-t-il jusqu’au bout ? 

Quelle est la force qui l’habite ?


Les lectures qui précèdent apportent des réponses troublantes.


Isaïe et le psaume 21 ont été écrits probablement plusieurs centaines d’années auparavant et décrivent une violence déjà là : « ils ont percé mes mains et mes pieds » (Ps 21). Cette folie va-t-elle s’arrêter ? 


La question qui vient est essentielle…

Sommes-nous complices de cette violence ?

À chaque fois que nous tournons la tête devant un petit qui souffre, un mendiant d’amour, un étranger, ne sommes-nous complices de cette violence ? 

Que faisons-nous pour arrêter cela… ? 

Posons nous peut-être la question jusqu’au bout ? Qui allons-nous soutenir demain ? Ceux qui prônent la violence et l’exclusion ou ceux qui veulent construire un monde plus fraternel ? Je n’irais pas plus loin sur ce thème, bien difficile. 


Contemplons plutôt la deuxième lecture. Jésus ne fait pas le choix de la violence. Il aurait pu être Dieu, « il s’est anéanti (ekenosen), dit le texte, prenant la condition de serviteur », allant jusqu’à laver les pieds de celui qui va le livrer dira Jean 13. Humilité extrême…


Et nous, allons-nous jusque-là ? 

À chaque fois que nous entrons dans la spirale du jugement, de la jalousie et de l’orgueil nous participons à la mort de Jésus, au règne de la violence…

À chaque fois que nous fuyons ou détournons le regard…


Jésus a pris le chemin inverse. Il s’est fait humble, il est monté sur un petit âne fragile. Il est conscient que la gloire est rien, que l’orgueil est violence…


Je vous le dit sur la pointe des pieds…. 

Ne rentrons pas dans le jeu du malin. 

Dieu nous appelle à l’amour, dans les petits gestes de l’aujourd’hui de nos vies. Tout le reste est du vent…


Il a choisi d’aller jusqu’au bout, pour nous conduire à une révélation : 

1. la Croix est le signe de l’amour du Père qui va jusqu’à donner son Fils, 

2. Elle montre le Fils qui va jusqu’à souffrir le silence apparent du Père, jusqu’au cri que pousse tous les souffrants

3. pour que, en nous, s’ouvrent les portes de l’Esprit, remis en nos cœurs pour nous faire choisir l’amour. 

À la croix nous découvrons que la Trinité toute entière est agenouillement devant l’homme pour qu’il quitte le chemin du mal et choisisse l’amour… 


Jésus est amour en actes. Il va jusqu’au pardon inouï d’un « pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’il font… » Et nous que faisons nous pour que l’amour soit vainqueur ? Que fais-tu de ton frère ? 


Les rameaux que nous allons brandir ne servent à rien. Ils nous protègent de rien si nos maisons ne sont pas des lieux habités par l’amour, si notre Dieu n’a pas de place au plus profond de nos cœurs….


Entrons dans cette Semaine Sainte avec cette question essentielle : où est l’amour dans ma vie ?

05 avril 2022

Triangles 2.45


Une amie m’a glissé une belle image de triangle qui complétée à mon concept de danse donnerait quelque chose d’intéressant.


« Au lieu d’opposer homme et femme en vis à vis, il faudrait mettre le Christ dans le triangle pour que cela ne demeure pas une éternelle confrontation » me dit-elle, « mais ce que vous appelez une danse ».

Avec dans une main l’autre et dans l’autre le Christ, ajoute-t-elle. 

Si l’on associe cela à mon concept/image de danse trinitaire nous aurions quelque chose de ce genre : 


Père 


                                 Esprit


                  Fils.   


     femme        homme


Faites tourner cela dans une danse symphonique ou comme une douce série d’engrenages et vous approchez de ce qui me semble « le rêve de Dieu » pour reprendre la métaphore de François…




Avons-nous trop tendance à opposer hommes et femmes ? Cherchons nous l’unité dans son sens symphonique ? Passe-t-il par l’humilité ?Dans mon livre « aimer pour la vie » je développe ce concept de « descente de tours » qui suppose une humilité réciproque devant l’inaccessible de l’autre. Un chemin qui s’approche de l’agenouillement du Christ. Lui seul descend jusqu’à terre. Et son geste est chemin.


Mais sommes-nous prêts à descendre dans la folie d’une nudité et du don jusqu’à ce que signifie la troisième formule du consentement : « je te reçois et je me donne à toi » ?. « Ils étaient nus et n’en n’avaient pas honte… ». Cette nudité qui rejoins celle du don total du Christ en Croix…


« je te reçois… » 

La réception prime… 

Le don, trop mis en avant, serait écrasement ou masochisme. 

La danse ne fonctionne que lorsqu’elle est symphonique et kénose… 

Et cet agapè est ce que Christ nous apprend…

Dieu est la source de tout don. 

A l’aube de la semaine sainte, c’est peut-être ce qu’il nous reste à contempler…


PS : certains diront qu’on peut se passer d’un des éléments du schéma. Peut-être, mais je crois qu’au sein même de chaque personne humaine repose à la fois une part de féminité et de masculinité, comme en germe, la trace fragile d’une semence trinitaire. Cette cohabitation ne se révèle que lorsque nous nous ouvrons à l’autre dans ce cri originel et réciproque qui vient à nos lèvres devant le « visage de l’autre » habité par le souffle qui nous fait sortir d’une auto suffisance.

03 avril 2022

La semence 2.44


Les textes de ce dimanche sont très riches.

Isaïe nous parle de germes qui rejoint ces dons reçus déjà mentionnés dans mes billets précédents (2.23). Nous sommes les fruits de la grâce multiforme d’un Dieu amour. Ce passé, ces dons reçus, qu’en avons nous faits ? Souvent pas grand chose, voir le mal, le jugement ou la jalousie… balayures nous dit Paul, (Ph 3) car le Christ m’a saisi pour autre chose…

Saisi pour une course nouvelle : le saisir, lui l’insaisissable et se laisser saisir, transformer, se laisser « pousser » comme cette semence déjà évoquée pour en faire le bien.

Ce mal que j’ai fait est balayure si Dieu me relève et me glisse à l’oreille, « va, je t’aime, ne pèche plus.. »

À toute morale de condamnation qui rend froid nos discours, la danse du Christ à genoux devant la femme pécheresse, mais plus largement devant notre humanité fragile toute entière est de convertir la loi de pierre en traits fragiles, en chemin d’humilité et d’humanité… « va… ! »

Je sais que certain.e.s refusent de considérer que cette femme puisse être celle qui deviendra la première en chemin, celle qui est première apôtre de la résurrection… mais pourquoi pas ? Car si nous sommes tous enfermés dans notre passé, la danse humble de Dieu, loin des froideurs pharisiennes est une danse vectorielle, un agenouillement qui nous propulse plus haut. C’est cela être « saisi » dans la course à laquelle nous convie Paul. Course infinie nous dit le cappadocien… 

Danse…


Ce qui compte n’est pas notre passé mais de percevoir ce concept de tourbillon amoureux entre trois personnes, ce que j’appelle dans mon livre éponyme « la danse trinitaire ». Non pas un cyclone au dessus de nos têtes, mais, par l’incarnation, une éternelle invitation à la danse.

L’agenouillement de Jésus devant la femme adultère, qui tranche avec la froide raideur des pharisiens est le signe fragile de ces agenouillements qui traversent l’écriture et se répondent d’Abraham à Béthanie jusqu’en Jean 13. Dieu est ici à genoux, comme devant Judas ou moi Claude, qui fait rarement le bien que je voudrais faire. Il est le signe que l’amour est plus grand que ce qui me retient à la terre. Dieu nous aime et sa morale « vectorielle » est de croire qu’en tout homme repose la semence d’un amour à faire « pousser… »

29 mars 2022

L’eau et la danse 2.43

La liturgie met en lien aujourd’hui deux textes magnifiques autour du thème de l’eau. Ils sont chacun à contempler à la lumière de ce passage de Jean 19 où le cœur du Christ transpercé fait jaillir une source inépuisable qui n’est autre pour Jean que l’Esprit. C’est ainsi qu’il faut lire il me semble ce récit d’Ezéchiel 47 avec cette source immense jaillissante dont on ne peut plus évaluer la profondeur. 

Saint Bonaventure avait cette belle image dont j’ai fait le titre d’un de mes livres «  l’amphore et le fleuve (1)». Si nous contemplons avec bienveillance notre vie, nous pouvons apercevoir l’ampleur des dons de Dieu que notre amphore ne peut parvenir à recueillir tellement elle dépasse notre propre contenant. De la fleur fragile à l’amour reçu d’autrui le grand Donateur ne cesse de combler ses enfants. Encore faut-il ouvrir son cœur à cette source immense. Et c’est l’enjeu du discours de Jean, depuis la nouvelle naissance évoquée à Nicodème (Jn 3), en passant par le « j’ai soif de toi » que nous fait comprendre la question à la samaritaine (Jn 4) jusqu’au j’ai soif final, la question que pose Jésus au paralytique en Jean 5 est un écho de « l’où es tu ? » originel de Gn 3.

Veux-tu être guéri ? Le veux-tu vraiment ? Crois-tu à la bonté de Dieu ? Vais-je mourir en vain ? M’aimes-tu ? Veux-tu danser avec moi ? 

« J’ai joué de la flûte sur la place du marché », viendras tu jusqu’au bout ?


Écoutons saint Augustin sur ce thème… :

« Les miracles du Christ sont des symboles des différentes circonstances de notre salut éternel (...) ; cette piscine est le symbole du don précieux que nous fait le Verbe du Seigneur. En peu de mots, cette eau, c'est le peuple juif ; les cinq portiques, c'est la Loi écrite par Moïse en cinq livres. Cette eau était donc entourée par cinq portiques, comme le peuple par la Loi qui le contenait. L'eau qui s'agitait et se troublait, c'est la Passion du Sauveur au milieu de ce peuple. Celui qui descendait dans cette eau était guéri, mais un seul, pour figurer l'unité. Ceux qui ne peuvent pas supporter qu'on leur parle de la Passion du Christ sont des orgueilleux ; ils ne veulent pas descendre et ne sont pas guéris. « Quoi, dit cet homme hautain, croire qu'un Dieu s'est incarné, qu'un Dieu est né d'une femme, qu'un Dieu a été crucifié, flagellé, qu'il a été couvert de plaies, qu'il est mort et a été enseveli ? Non, jamais je ne croirais à ces humiliations d'un Dieu, elles sont indignes de lui ».

Laissez parler ici votre cœur plutôt que votre tête. Les humiliations d'un Dieu paraissent indignes aux arrogants, c'est pourquoi ils sont bien éloignés de la guérison. Gardez-vous donc de cet orgueil ; si vous désirez votre guérison, acceptez de descendre. Il y aurait de quoi s'alarmer, si on vous disait que le Christ a subi quelque changement en s'incarnant. Mais non (...) votre Dieu reste ce qu'il était, n'ayez aucune crainte ; il ne périt pas et il vous empêche vous-même de périr. Oui, il demeure ce qu'il est ; il naît d'une femme, mais c'est selon la chair. (...) C'est comme homme qu'il a été saisi, garrotté, flagellé, couvert d'outrages, enfin crucifié et mis à mort. Pourquoi vous effrayer ? Le Verbe du Seigneur demeure éternellement. Celui qui repousse ces humiliations d'un Dieu ne veut pas être guéri de l'enflure mortelle de son orgueil.

Par son incarnation, notre Seigneur Jésus Christ a donc rendu l'espérance à notre chair. Il a pris les fruits trop connus et si communs de cette terre, la naissance et la mort. La naissance et la mort, voilà, en effet, des biens que la terre possédait en abondance ; mais on n'y trouvait ni la résurrection, ni la vie éternelle. Il a trouvé ici les fruits malheureux de cette terre ingrate, et il nous a donné en échange les biens de son royaume céleste » (2)


Ses paroles sont puissantes, dérangeantes, mais comme Naaman, ne faut-il pas se laisser secouer, de temps en temps jusqu’à la jointure de l’âme. L’appel de Dieu est irrésistible à qui veut bien entrouvrir sa porte à l’indicible…


(1) Claude Heriard, l’amphore et le fleuve, gratuit sous ce lien : https://www.fnac.com/ia9587875/Claude-J-Heriard

(2) Saint Augustin  Sermon 124

26 mars 2022

Agenouillement 2.42

Peut-être que la découverte intérieure à laquelle nous conduit la manducation des textes de ce dimanche, en complément de mon billet précédent, à la suite de cette démesure à laquelle Jesus nous appelait il y a quelques semaines, réside dans 4 contemplations successives :

 1. Celle d’un Dieu nourricier qui passe de la manne quotidienne à la démesure de Canaan, terre promise, elle même prélude du don du Fils. (Josué 5)

 2. Celle d’un Christ à genoux devant Judas car il croit en l’homme (Jn 13)

 3. Celle d’une croix qui révèle nos jalousies éternelles et révèle le jusqu’au bout de l’amour (2 Co 5)

 4. Celle d’un Dieu qui s’agenouille pour panser les pieds meurtris du pécheur que nous sommes dans une divine miséricorde (Luc 15)

Alors les agenouillements qui vont d’Abraham à Béthanie jusqu’au lavement des pieds, déjà longuement commenté dans ma trilogie et dans « Danse avec ton Dieu » ne sont finalement que les mimes d’un double agenouillement : celui du Père ET du Fils qui, sous la conduite et la grâce de l’Esprit nous conduit à notre tour à tomber à genoux devant nos frères  : telle est la danse auquel Dieu nous invite.


Jésus s’adresse à des pharisiens souligne Marie-Noēlle Thabut (cf, lien ds 2.41). Des hommes pieux, mais trop rapide à juger comme le fils aîné de Luc 15. A toute nos tentations de jugement et de jalousie Jésus oppose un Dieu qui court vers la brebis perdue et tombe à genoux devant celui qui s’agenouille intérieurement. Le fils prodigue prononce deux fois son mea culpa et c’est dans cette structure concentrique que la miséricorde divine se dévoile, épiphanie du verbe qui précède ce « Père pardonne leur » que Luc glissera plus loin… en 23, 34 - une phrase qui est l’équivalent chez Luc du lavement des pieds de Jn 13….


Don de Dieu

   Passage 

       Jalousie et violence des pharisiens 

               Confession du Fils prodigue 

                      Un père qui court vers son fils 

                       (Dieu de tendresse)

               Confession du Fils prodigue 

         Jalousie du frère aîné 

     Père pardonne leur

Mort du Fils

Pâques


Cf. mon «  Dieu de miséricorde » ou la nouvelle édition gratuite de Dieu dépouillé sur https://www.fnac.com/ia9587875/Claude-J-Heriard

24 mars 2022

Laetare… 2.41

Nous sommes au quatrième dimanche de cette longue marche et la liturgie nous invite à faire une pause dans ce tunnel particulier qui nous conduit à Pâques pour ne pas sombrer dans dans la désespérance, mais au contraire pour lever la tête et contempler les dons de Dieu.

Alors que le bruit des canons ébranlent les portes de l’Europe, que des tremblements de terre secouent l’Asie et que la pandémie reste à nos portes, pourquoi se réjouir ?

Peut-être d’abord parce que le printemps est là. Qu’il nous est donné après l’hiver de croire que la vie peut surgir du néant. Les hébreux après 40 ans au désert, soutenus par la manne, arrivent dans un pays de lait et de miel… (cf. Josué 5). Mais ce qui compte est plus essentiel, 


« Si quelqu’un est dans le Christ,

il est une créature nouvelle.

Le monde ancien s’en est allé,

un monde nouveau est déjà né », 

nous dit Paul (2 Co 5)


Être dans le Christ… invités à ne pas nous enfermer dans une posture de culpabilité, mais relever la tête, voir l’Amour qui se révèle à nous dans une double révélation au delà de nos impasses. Nous marchions vers la mort et voilà que dans le Christ nous est révélé l’incroyable. Jésus nous fait croire à l’impossible : à la miséricorde.

C’est peut-être l’essentiel de cet évangile de Luc, après deux belles histoires, cette bonne nouvelle auquel le fils prodigue ne veut croire. La grande nouvelle c’est qu’au delà du don que nous fait le Fils, il y aussi le pardon de Père qui est aussi immense. Nous pouvons nous réfugier dans les bras d’un « père » qui court déjà vers nous.


Oui, quelque soit nos abandons, nos reniements, nos aveuglements, Dieu reste amour, Dieu est amour et sa joie est de guetter notre retour, de courir vers nous, de s’agenouiller devant nos pieds blessés, panser nos cœurs meurtris, pleurer de nos violences et nous inviter encore et toujours à l’amour et au pardon en remettant à notre doigt la bague qui fait de nous des fils,

Alors ne nous comportons pas comme le fils aîné, réjouissons nous, à chaque fois qu’un homme frappe à la porte de nos églises, car Dieu est là plus grand que nos amours fragiles… 


Je bénirai le Seigneur en tout temps,

sa louange sans cesse à mes lèvres. (…)

exaltons tous ensemble son nom.

Je cherche le Seigneur, il me répond :

de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,

sans ombre ni trouble au visage.

Un pauvre crie ; le Seigneur entend :

il le sauve de toutes ses angoisses ».Ps 33


Prenons le temps d’écouter les mots du Père comme s’il nous parlait à l’oreille : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il faut festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort,

est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! » 

Luc 15…


Qu’est ce qui guérit le fils prodigue ?

« Rentrant en lui même ? » dit le verset 17. 

Descendons au plus profond de nos cœurs.

Là est le mystère auquel Christ nous invite. Après ce dimanche de joie, n’oublions pas que le jeûne qui compte est surtout celui qui nous éloigne du bruit et nous invite au silence, à ce lieu intérieur où Dieu nous attend. C’est là que nous aurons l’étincelle qui nous fait voir au delà d’un Christ à genoux un Dieu également « à genoux ». C’est en/par le Fils que se dévoile la vraie image du Père, que se fait sentir, par les mots/Verbe du Fils, la tendresse infinie d’un Dieu qui croit en l’homme.


Réjouissons nous en ce dimanche de la joie et espérons contre toute espérance…


——


PS : pour aller plus loin, on pourrait aussi commenter peut-être ce verset compliqué de Paul : « Dieu l’a identifié au péché » 2 Co 5, 21. Certaines versions traduisent « chargé de nos péchés ». 

Paul parle du Christ mais le mot est complexe je l’entends au sens donné par Jean 3 et Nb 11. En Nb 11, Moïse élevé le serpent pour guérir de ses blessures. Jésus explique en Jn 3 qu’il faudra la Croix pour montrer où conduit la violence. Elle est le signe élevé de nos violences et de nos faiblesses. La première de notre faiblesse est peut-être de trop vite identifier le voisin comme pècheur. C’est la tentation du fils aîné. 

Notre aveuglement est de voir l’autre sous l’angle du jugement. La révélation de Luc c’est que tout homme est aussi capable de bien. Le Christ sans péché a été condamné à tort et sa mort [souligne René Girard après Paul] montre la tentation du fils aîné, cette jalousie qui nous conduit vers la violence extrême et collective, mimétique. Ne jugeons pas trop vite. L’enfant perdu (et nous aussi probablement) peut être touché par la grâce et là est notre espérance !

Ce Dieu que nous présente Jésus à travers les mots de Luc est celui qui envoie son Fils aux pieds de tout homme, à genoux (Jn 13) pour les sortir de toute impasse, c’est le père de celui qui  « prend la condition de serviteur » (Ph2) pour relever ce qui est tombé. 

C’est ce Christ qui se révèle à nous, celui que nos frères orthodoxes vont jusqu’à vénérer dans l’icône de l’anastasis où Christ y relève Adam et Ève (cf. Image 3) pour que tout homme se relève de ses impasses. Là est notre joie et notre espérance…l’amour est plus fort que la mort…


On peut aussi lire ici l’excellent commentaire de Marie-Noēlle Thabut https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/524306-commentaires-du-dimanche-27-mars-2/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=commentaires-du-dimanche-27-mars-2

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15 mars 2022

Buisson ardent 2.40 [v3]

La première lecture de dimanche (Exode 3) est un source profonde de contemplation. Il n’est pas anodin de « retirer ses sandales », devant ce buisson de feu, car Dieu, qui mérite un sacré détour, y prépare doucement sa révélation jusqu’au lavement des pieds, et au silence de la croix, dans cette danse particulière d’un amour trinitaire qui se penche vers l’homme.  

C’est ici que l’on commence à percevoir la tendresse d’un Dieu qui s’intéresse à l’homme, frémit dans ses entrailles « maternelles » et entend, comme dans Osée, la souffrance de son peuple.

Je suis descendu ou je vais descendre… ? 

Présent ou futur, tant attendu en ces jours de désolations qui nous frappent encore ? 

On doit peut-être souligner ici les difficultés de traduction du verset 14 : « Je suis celui qui suis ».

Je vous livre ici une vieille méditation (1) inspirée de nombreux auteurs. 

Pour Maître Eckhart, « la répétition qu’il y a dans : « Je suis celui qui suis » indique la « pureté de l’affirmation » Eckhart évoque ainsi « un certain bouillonnement ou parturition de soi, s’échauffant en soi et se liquéfiant et bouillonnant par soi-même, lumière de la lumière et vers la lumière ».

Que veut-il dire par là ? Est-ce ce tourbillon d’un amour qui ne cesse de s’intéresser à l’homme ?


Il est dit en Jn 1 : « En lui était la vie ». 

Eckart souligne que cette vie « signifie un certain jaillissement par lequel une chose, s’enflant intérieurement par soi-même, se répand en elle-même totalement, toutes ses parties en toutes ses parties, avant de se déverser et déborder à l’extérieur  ».


Est-ce la démesure de l’amour divin dont nous parlait Jésus dimanche dernier ? 

Est-ce déjà le cœur transpercé d’où jaillit l’amour qu’évoque Jean 19 et qui se dessine dans la dynamique du torrent du temple d’Ezechiel ?


Pour Thomas Römer  on devrait d’ailleurs plutôt traduire l’hébreu  « ehyèh asher ehyèh », comme le fait la Tob[319] : « je serai qui je serai » puisque c’est un verbe « à l’inaccompli ». 

De plus, souligne C. Wiener, le verbe être n’est pas employé en hébreu sauf pour insister sur une présence particulière, signifiante. Le « Je serai » introduit une révélation à venir. 

Dans cette révélation du nom de Dieu, que l’on peut mettre en parallèle à celle faite à Abraham sur le mont Moriyâh, Moïse apprend le nom de « Yhwh » imprononçable car probablement insaisissable…

Entre la vision d’Eckhart et ce que nous dit Römer se construit une tension. Le bouillonnement de l’être qui se révèle et ce mystère qui demeure est propre au caché/dévoilé de Dieu.


Dieu est amour, mais jusqu’où ? Se limite-t-il dans une préférence ou va-t-il jusqu’à l’agenouillement devant Judas et donc jusqu’à chacun de nous, en dépit de nos faiblesses et de nos reniements ?


D’ailleurs, comme le rappelle Benoît XVI, cette affirmation de Dieu au buisson-ardent a donné en Jésus une affirmation plus courte et plus ferme : « Je suis » (ani hu = ego eimi). C’est dans cette direction qu’il faut probablement aller. 


En Exode 3 se confirme, entre les lignes, la lente tendresse d’un Dieu qui se dévoile à peine, mais prépare la révélation du Christ.

Enfin, selon Grégoire de Nysse, le buisson : « c’est celui dont jadis Moïse s’est approché, dont aujourd’hui s’approche tout homme qui comme lui se dépouille de son enveloppe terrestre et se tourne vers la lumière qui vient du Buisson, vers le rayon issu du buisson d’épines, figure de la chair qui a brillé pour nous et qui est, nous dit l’Évangile, la vraie lumière et la vraie vérité ».

L’enjeu de cette quête n’est pas dans l’affirmation d’un être palpable, quantifiable, définissable, mais l’humble révélation d’un Dieu à venir dont la Croix sera la gloire fugace et fragile. Dans sa quête, Moïse approche du mystère… »(1)


Quel est alors l’enjeu pour aujourd’hui ? Est-il de croire comme l’a fait Moïse il y a 3000 ans cette affirmation particulière du verset 7 : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple ». En ce temps de guerre tel est le souffle ténu de notre espérance… 

Dieu pleure de nos violences… Ses entrailles se déchirent et nous appelle à la Paix. 


La où certains soutiennent la guerre, le buisson brûle d’un amour qui ne consume pas et Jésus refuse que l’on coupe le figuier dans l’espoir qu’il portera du fruit… Quelle espérance !


(1) Extrait de mon Dieu dépouillé 


Cf. aussi https://www.amazon.fr/Danse-avec-ton-Dieu-campagne-ebook/dp/B09PQ9FJRR

13 mars 2022

Transfiguration - la danse lumineuse 2.39

Pourquoi Moïse et Élie sont-ils invités à cette danse lumineuse de la Transfiguration ?

Peut-être parce que depuis Abram qui cherche dans les vieux sacrifices son Dieu, seuls ces deux personnages ont fait l’expérience du désert jusqu’à contempler le dos de Dieu sans en voir la face.

Moïse est redescendu tout lumineux du Sinaï (Ex 34) mais n’a pas encore vu la lumière véritable.

Élie a senti la brise et entendu le bruit d’un fin silence (1 Rois 19), voire le chant des anges (1), mais il ne lui a pas été donné de voir Dieu.

Dieu ne se révèle que dans une danse tragique et inaccessible, là où on ne l’attend plus.

La transfiguration est le signe fragile et lumineux que sur la Croix toute noire de sang versé la lumière va jaillir d’un cœur transpercé.

Mythe, dernière théophanie, rêve qui attire Pierre dans un élan mystique et lui fait croire qu’on peut planter la tente ? Non, la lumière fugace du ressuscité qui se révèle ici n’est pas le bout du chemin, mais la seule manifestation que Dieu n’est qu’en route vers l’insaisissable…

Ni Moïse, ni Élie, ni Pierre ne peuvent saisir ce qui nous vient d’Ailleurs. Il nous dépasse et en même temps il nous entraîne dans une danse lumineuse et obscure, tragique et en même temps salvatrice, car dans le sang versé une fois pour toutes de l’agneau de Dieu, nos faiblesses et nos violences fondent devant ce qui est lumière, l’amour infini d’un Dieu trinitaire qui se donne et se révèle sur une croix et devient la gloire et la lumière d’un amour qui se donne puis s’efface dans le silence d’un unique sacrifice…


(1) cf. Pédagogie divine

Cf. aussi le beau commentaire de Marie-Noēlle Thabut  https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/523847-commentaires-du-dimanche-13-mars-2/

09 mars 2022

Danse avec ton Dieu - le livre - 2eme édition

 Danse avec ton Dieu - Bouquet final ?

 Comment Dieu vient-il à l’homme ? Plusieurs réponses sont possibles. Celle la plus méditée est cette lente pédagogie de plusieurs millénaires, qui montre que Dieu a choisi de se révéler, après bien des échecs, dans la trace fragile d’un homme. 

Depuis l’enfant nu jusqu’à la Croix, le dévoilement d’un Dieu tout amour touche en effet à l’indicible, pas à pas d’une danse subtile et bien fragile, qui va jusqu’au tragique.  

La danse de Dieu vers l’homme a sa source bien loin, mais, d’inaccessible, elle s’est faite plus palpable, plus humaine, et surtout nous a tracé un chemin, un pas de deux, puis à trois, avant de se retirer dans le silence, tout en nous invitant à une valse. 

Ce mystère reste chemin éternel de contemplation. 

Ce chemin que je trace avec vous depuis plus d’un an méritait d’être rassemblé dans un livre. Il fait suite à de nombreux écrits et recherches personnelles sur nos liens entre l’Écriture, la Révélation et la vie. Le principal est peut-être le petit essai « Danse trinitaire » pour lequel ces réflexions constituent comme de lointains échos à une trame déjà orchestrée dans cette musique particulière qui m’habite depuis des années.  Si ce premier essai a donné naissance à d’autres ouvrages que j’ai tenté de résumer dans  «  Dieu dépouillé », il manquait une mise en résonance entre un travail solitaire et d’autres chercheurs. 

Diacre dans un village du monde rural, à la périphérie du bruit du monde, mais aussi dans le monde, plongé à l’écoute de cette rumeur que l’on n’entend pas toujours dans nos paroisses trop policées, ce texte est une composition de petits écrits dont la trame est un fil rouge fragile, mais qui ne cesse de danser dans ce tourbillon particulier auquel Dieu nous invite sans cesse.

Ce recueil reprend donc des notes spirituelles rédigées pendant les nuits de mai 2020 à 2022. Nuits de confinement, mais aussi de dialogue intérieur et de réflexions théologiques d’abord solitaires puis progressivement d’interactions avec une communauté de chercheurs. Dialogue ouvert, souvent respectueux, parfois plus difficile, mais loin d’une théologie fermée, académique ou dogmatique. Le tout s’est nourri de lectures croisées entre la Parole, des livres, des essais, des mémoires et des thèses échangées librement.

Les textes qui suivent s’organisent en trois « saisons » : Dépouillement puis « danse trinitaire saison 1 et 2 ».

Pourquoi ce recueil ?

D’abord pour tracer le chemin personnel parcouru, les impasses, les répétitions et les lumières venues d’ailleurs. Pour rendre accessible à tous, certains travaux plus difficiles, comme le dernier livre de Jean Luc Marion, qui a servi de base à la troisième saison. Pour mettre en lumière quelques autres lectures « dansantes » comme celles du « Dieu nu » d’Arnold, la découverte de certains ouvrages de T. Römer et de livres de François Cassingena-Trévedy et de Sylvaine Landrivon.

Pour mettre aussi, en parallèle, certains textes ayant été rendus publics en chaire, homélies paroissiales, rarement écrites seules, le plus souvent travaillées à plusieurs. Le résultat est là, avec ses impasses et le désir toujours recherché d’un consensus fragile et de cette invitation à la danse trinitaire, thème central, insaisissable d’un Dieu qui se révèle à nous et se donne..





A vous lecteurs qui avaient dansé avec moi parfois sur quelques notes, voici maintenant proposé, gratuitement sur Kobo  (en PDF par MP) ou sous forme papier à prix coutant sur Amazon, une centaine de méditations nocturnes qui constituent, par petites touches, des pas de danse avec un Dieu trine.

28 février 2022

Le troisième pas - danse 2.38

Une fois pris dans le tourbillon de la danse, où s’arrêter ? La reprise, le jeudi saint du mime original du lavement des pieds n’a de sens que lorsqu’il prends chair dans un amour en « actes et en vérité ». C’est ce que Jean Zumstein (1) appelle sa deuxième interprétation du lavement des pieds, non plus seulement comme lieu de contemplation d’un Dieu à genoux, mais comme « exemple », exhortation à continuer à faire de même. 

Pour Pierre le premier sens du lavement des pieds est déjà difficile à accepter. Non pas toi Seigneur… Est-il capable de faire le troisième pas ?

Qu’est-ce que le troisième pas et pourquoi parler en effet d’un troisième pas de danse. Parce que pour moi, le premier agenouillement introduit la Croix, le vrai « agenouillement »mais si la Croix est signe élevé, lieu de salut et invitation, non à un sacrifice (unique) par essence, mais à la conversion/metanoia du cœur qui nous met au cœur du mouvement introduit cet axe même qui va du chapitre 13 de Jean (lavement des pieds) au chapitre 19 (croix). Tout dans cette « danse » est orienté pour nous préparer à agir.

Le lavement des pieds est, comme le souligne le Christ lui-même au verset 15, « un exemple [ὑπόδειγμα] pour que, comme moi j’ai fais à vous, vous aussi vous fassiez » (2) Jean 13, 15.

Tout est orienté vers notre agir, notre diaconie véritable.

Zumstein, à propos de ce verset et plus largement du geste de Jésus insiste sur le mot grec ὑπόδειγμα / exemple, là où Léon Dufour parlait de mime. De mon côté je maintiens le mot de danse, car depuis le geste du chapitre 13 au « tragique » de la Croix se révèle l’essence même du mouvement qui va de Dieu à l’homme, descente indicible, POUR que l’humain aille à l’humain… Non pas un agenouillement servil devant Dieu, mais un amour dans cette démesure que nous contemplions dimanche dernier.

Quel chemin que cette humilité de Dieu (kénose).

« Le don que le Christ fait de sa vie et qui porte l’amour à son achèvement est la condition de possibilité de l’amour des disciples. Parce que le Christ instaure l’amour comme une réalité dans le monde - plus précisément comme la réalité [ultime] (…) -, les disciples sont mis en condition d’aimer ».(3). Sont-ils pour autant capables de prendre ce  « toboggan » théologique qui part de la pédagogie divine à jusqu’à la révélation et n’a comme but unique que de nous projeter vers l’essentiel, le commandement unique d’aimer « d’agapè » [sans mesure] ? C’est en tout cas l’inaccessible projet de Dieu qui nécessite le torrent d’amour que décrit Jean au chapitre 19, ce jet d’eau et de sang jaillissant de la faille d’un cœur brisé et donné sans retour qui n’est autre pour lui que le don de l’Esprit.


Ce que les hommes n’avaient pas perçu, semble évidence pour les « amies de Béthanie », qui, dans leur complémentarité salutaire, font de Marthe et Marie les deux faces les plus visibles de la révélation en marche, nous glisse à sa manière Sylvaine dans ses « leçons de Béthanie  » (4) déjà évoquées… 


Pour nous, l’enjeu n’est pas de croire qu’il s’agit d’un acquis, d’une courbette éphémère. Cette danse vers l’homme est inaccessible pour nous sans la force de l’Esprit qui vient cueillir notre désir et nous fait franchir le ravin entre un « peut-être » et l’agir véritable.


Or, il n’est pas innocent de noter, que pour l’auteure, ce sont des femmes qui sont baignées les premières dans ce torrent d’amour et deviennent actrices du salut.


En paraphrasant l’hymne d’aujourd’hui ont peu s’agenouiller devant celles qui ont cru les premières :


Les voici rassemblées

Dans la maison du Père,

Les compagnons d'épreuve

Qui t'ont vu crucifié.

Tu ouvrais le passage,

Elles marchaient sur tes traces,

Ô Seigneur des Vivants.


Elles portaient dans leur cœur

Pour éclairer le monde

La mystérieuse image

De ta gloire humiliée.

Messagers d'espérance,

Elles semaient ta parole

Et c'est toi leur moisson.


Elles ont place au festin

Dans le Royaume en fête,

Pour avoir bu la coupe

De l'amour partagé.

Tu leur montres le Père

Et ta joie les habite,

Ô Jésus, Fils de Dieu !


Nous fêtons aujourd’hui la chaire de Pierre, mais sur quelle pierres vivantes est bâti ce trône ? N’oublions pas celles qui ont lavé leur tuniques dans le sang de l’agneau. Méprisées alors que leurs « voies royales » (5) [toutes leurs souffrances ou dévotion accumulées] les mettent devant ceux qui ont pris la première place en négligeant les toutes aimées de Dieu…

Hommage et humilité…


(1) Jean Zumstein, l’Evangile selon saint Jean (13-21), Labor et Fides, 2007

(2) Jean 13, 15, traduction littérale 

(3) Zumstein, ibid. p. 53

(4) Sylvaine Landrivon, les leçons de Béthanie, Cerf 2022. 

(5) cf. son livre éponyme

20 février 2022

Le premier pas - danse 2.37

Nous sommes venus et nous sommes repartis.

Qu’est ce qui a changé ?

Comment notre vie est-elle bouleversée par Christ ?

Cette question, nous ne pouvons la poser à la dérobade et je n’ai à peine le droit de la poser ici. Et pourtant elle devrait me travailler, nous travailler, au plus profond de notre cœur, car elle est essentielle. Elle est au cœur de notre engagement de chrétien.

Dans la première lecture de ce dimanche, David surprend ses interlocuteurs, alors qu’il s’inscrivait dans une logique de violence, le voici qui est transformé de l’intérieur, qu’il renonce à mettre la main sur son roi et interpelle sa raison.

Dans la deuxième lecture Jacques interpelle de la même façon notre humanité. Sommes-nous des fils d’Adam, des « terreux » ou des fils spirituels ?

Que sont d’ailleurs les fils de l’Esprit ? C’est peut-être ceux qui acceptent d’être changés en profondeur, qui sentent monter en eux la violence et qui la répriment, changent leur « cœurs de pierre en cœur de chair » et se laissent conduire par l’Amour, l’amour avec un grand A, celui qui « ne cherche pas son intérêt » mais entre dans la démesure du don, un don immense, dont le Christ est seul icône parfaite.

Jésus nous parle aujourd’hui dans ce texte particulier de Lc 6, 27-38 qui suit juste le message des béatitudes. Il va un pas plus loin. Et quel pas !

Si l’on te frappe, tends la joue gauche. Ne répond pas. Tends ton regard vers l’agresseur, ne lui tends pas la première joue, celle qui a souffert, ce qui serait du masochisme, mais interpelle-le par ton regard, et en même temps, change ton regard pour changer le sien. Laisse toi envahir par le par-don, par l’Amour. Ce à quoi nous conduit le Christ est plus grand que tout. Il est cet amour que décrit Luc, débordant, démesure, don qui ne compte pas, qui ne juge pas.

Il est agenouillement, devant tous les Judas que nous sommes, comme ceux que nous subissons.

Christ croit en toi, en moi, en nous.

Le voici, à genoux, pleurant, pour que se réveille enfin, l’amour, celui qu’Il porte sur nous, qu’Il nous partage à l’infini, à chaque fois que nous entrouvrons la porte de notre cœur et qu’en nous se glisse le don de l’indicible, et nous conduit au « me voici » qui nous fait danser la musique de Dieu. 

Aujourd’hui, comme tous les dimanches, il est là, à genoux, non pas pour nous mettre à genoux, mais parce qu’il croit en l’impossible, qu’il est Amour.

La veille de sa passion, quand il s’est mis à genoux devant celui qui le livrait, comme devant Pierre, il a fait le premier pas de danse (1). Sommes nous prêts à faire le second. Allons nous communier à cet Amour qui se donne et se redonne dans la démesure d’une eucharistie en actes.

C’est le rêve de Dieu, de toute éternité…






Notes pour l’homélie de ce jour….


(1) peut-être pas le premier comme je le montre dans ma trilogie (cf. Lien sous l’Image 4), mais d’une certaine manière le plus fou, l’unique, celui de cette mesure débordante que nous n’imiterons jamais assez…

19 février 2022

Deux voies ? - danse 2.36

En poursuivant ma lecture (1) je repense à cette histoire découverte récemment de la personnalité particulière de sainte Jeanne Jugan, fondatrice des petites sœurs des pauvres au milieu du 19eme siècle, d’une étonnante clairvoyance pastorale et qui soudain, après quatre années d’intense activité, à été arbitrairement destituée de sa charge de supérieure. Le Père Le Pailleur a décidé en effet de nommer Marie Jamet, âgée de 23 ans, à la tête de la communauté naissante, dans le but de prendre lui-même le crédit et le pouvoir sur la fondation de cette fraternité.

« Devant l’injustice, Jeanne répond par le silence, la douceur et l’abandon. Par amour, elle avait donné son lit, son pain. Maintenant, le Seigneur lui demande de lui céder la responsabilité de ses Pauvres, ses « trésors » comme elle aimait les appeler.

Sans aucun changement extérieur, Jeanne continue à sillonner les sentiers de France pour nourrir les nombreux pauvres qui affluent dans les maisons. De nombreuses jeunes filles se mettent à sa suite, permettant ainsi d’ouvrir des maisons dans toute la France et de franchir la Manche dès 1851.

Au fil des années, l’ombre s’étend de plus en plus sur Jeanne. En 1852, à peine âgée de soixante ans, elle est rappelée à la maison de Rennes. Elle ne sortira plus en quête. Quatre ans plus tard, elle accompagne le noviciat à La Tour Saint Joseph, où elle vivra une longue retraite de vingt-sept ans.

A sa mort, le 29 août 1879, peu de Petites Sœurs savent qui elle est, même si l’influence de son énergie originelle auprès des jeunes est décisive. Par son exemple, Jeanne lègue en héritage à toute sa grande famille l’humilité, la petitesse, la douceur.

Quarante ans après l’accueil de la première personne âgée, les Petites Sœurs sont 2 400, disséminées »dans le monde au service des pauvres et des personnes âgées (2).

Ce n’est que bien plus tard que l’on découvre la supercherie. Le Pailleur l’a volontairement écartée pour prendre le pouvoir…

Jeanne Jugan ne fut vraiment reconnue comme sainte que sous Benoît XVI…

Quelle histoire !

De la même manière, pourquoi les premières femmes de l’Evangile ont elles disparues au profit d’une hiérarchie très masculine. Comment expliquer que les femmes agissantes, les Marthe, les Maries, les Junia et Lydie sont devenues des pierres oubliées dans la fondation de l’Église ? La question que soulève de manière lumineuse Sylvaine Landrivon (1) à partir de son analyse de Jean 11 mérite d’être posée car elle est finalement au cœur de ce qui se révèle actuellement comme la grande faille de notre Église. 

Alors que le grand vase d’argile, en dépit de ses enluminures et de ses dorures, se fissure, il est temps d’écouter celles que nous avons écartées pour reconstruire sur des bases plus collégiales. Est-ce l’enjeu du synode ?

Va t-on chercher ensemble une autre voie ? 


(1) Sylvaine Landrivon, les leçons de Béthanie, Cerf 2022. 

(2) biographie de Jeanne Jugan 

18 février 2022

La danse de l’agapè 2.35

Il y a une danse particulière qui m’habite, celle d’un Christ à genoux qui se fait petit et suppliant, comme en Jn 13 devant Pierre et Judas. Humilité fondamentale d’un Dieu qui appelle la seule réponse possible : non un agenouillement servil ou rituel mais une descente intérieure, une plongée dans la mer de Galilée où, comme Pierre, nu en Jean 21, et conscient de nos 7x77 reniements nous pouvons glisser d’une voix hésitante : tu sais bien que je t’aime, avec cette humble nuance du grec qui différencie notre réponse humaine (Philo te), seule réponse réaliste à « l’agapas me ? » divin. Jamais nous n’atteignerons l’amour du Christ mais c’est à cette danse kénotique que nous sommes conviés.

Relisons l’échange en grec : «ἀγαπᾷς με » Jean 21,15 ‭‭  Agapas me : M’aimes-tu d’agapè ? demande par deux fois Jésus à Pierre. 

M’aimes tu de cet agape dont parlera si bien Paul (et que nous avons contemplé récemment en 1 Co 13) ?

La question résonne encore sur nos routes. Elle ne fait que donner écho à « l’où es-tu ? » de Dieu a lancé au jardin en Gn 3. (1)


Nous sommes au cœur de cette danse trinitaire d’un Dieu qui s’efface devant le don du Fils et d’un Fils qui s’agenouille en attendant la seule réponse possible : m’aimes-tu ? Oui Seigneur tu sais bien que je [cherche] à t’aimer.  

Philo te... φιλῶ σε. 


Pierre n’aura finalement que cette humble réponse, encore marqué par son triple reniement. C’est probablement ce qui conduira Jésus à changer sa troisième question en « Phileis me ? » reprenant le même verbe que Pierre.


Ultime agenouillement d’un Christ qui vient de crier son « J’ai soif ( de ton amour) » en Jn 19. Un Christ dont le cœur transpercé nous donne la seule chose qui lui reste à donner, son sang mêlé d’eau qui est, pour Jean, Esprit de paix...


Entre la « philo » et cette « agapè » se dresse l’océan de nos fragilités...


Je reprend cette introduction tirée de mon dernier livre « danse avec ton Dieu » pour en venir à l’essentiel. Une des grandes révélations pour moi du nouveau livre de Sylvaine Landrivon (Les leçons de Béthanie) est ce même petit mot grec glissé au début du verset 5 de Jean 11. Ma lecture du grec reste balbutiante et je n’avait pas remarqué cet « agapè » que cite Jean 11,5 entre Jésus et ses amies de Béthanie : « Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. ». L’êgapa est à mettre en écho et en tension avec ce « philo te » cité plus haut de Pierre en Jean 21. Pierre ne l’atteint pas… 


Que Jean l’utilise ici, comme il l’utilisera pour évoquer le disciple « préféré » (Jn 13,23 ; 19, 26 ; 21, 7 & 20) est une interpellation. 

Cet amour là, cette danse particulière entre Jésus et ces deux femmes de Béthanie, qu’en avons nous fait ? Va-t-on continuer à l’effacer ? 

Il faut lire toutes les nuances qu’apporte l’auteure pour percevoir ce qui est pour moi soudain lumineux. Ephata… Avons nous été aveugles, sourds ou muets sur ce sujet  ? 

Avons nous ignoré une évidence ? Cette nécessaire complémentarité du vis à vis ?

J’ai déjà été long.

Mais j’y reviendrais 

A suivre.

17 février 2022

Communion et danse avec son Dieu - 1.40.2 (*)

 Reprise - Communion et danse avec son Dieu - 1.40.2 (*)

Peut-on véritablement comprendre le mystère de la Cène à laquelle nous sommes invités ? Probablement qu’à moitié. Ce qu’on perçoit à la fraction du pain, si l’on en croit Luc 24, ce n’est pas tant le prêtre qu’il soit blanc, noir, homme ou femme, mais la charité en actes de Celui qui disparaît alors, à Emmaüs en nous laissant trouver seul le chemin pour le suivre. L’essentiel est alors de se remettre en marche, car la fraction du pain n’est que le mime (1) d’un don qui va jusqu’au bout de l’amour et qu’il nous faut conjuguer à notre manière en fonction de nos dons, de nos « talents » à l’image de Celui qui disparaît tout en étant bien présent par les traces vives de la Parole et du Pain, manduqués à nouveau ensemble en souvenir douloureux et fécond de nos incapacités et de nos joies mêlées... et dans l’espérance de trouver un jour notre façon de rompre le pain dans une dynamique sacramentelle (2)  qui dépasse le rite, le mime (au sens donné par  X. Léon Dufour) pour devenir sacrement réel, signe efficace et fécond. L’essentiel est que notre façon d’agir reflète une pâle mais vraie image de Celui qui nous a invité à sa table. La fraction du pain est alors plus que le rite, elle devient Vie, Vérité, Amour partagé et donné, diaconie et communion. Tous les autres débats sur la présence ou non, la forme, l’orientation vers l’Est ou la tenue deviennent alors des frémissements futiles et ridicules... 


Il est temps qu’on retourne au centre au lieu de s’étriper sur la forme. Je n’ai jamais compris le sens des insistances sur la forme alors qu’on est invitée à une danse plus essentielle, à devenir ce que nous disons, à vivre ce que nous prêchons dans nos églises qui se vident non par la faute de l’un ou de l’autre, mais parce que nous oublions l’essentiel. Ce n’est pas nos débats sur la qualité du rite qui fera avancer ce à quoi nous invite le Christ, qui se moquait bien des lavements de mains rituelles, leur préférant une autre forme de diaconie à genoux devant l’homme (cf. Jn 13). 

Arrêtons de réguler ou d’exclure certains du partage de la Table par ce qu’ils seraient moins dignes, moins purs... que celui qui n’a pas péché jette la première pierre (cf. Jn 8 )...

Discours moralisateurs et stériles que celui qui veut fermer la porte de l’Église à certains. L’essentiel est ailleurs comme nous le rappelle François (3).

Je ne cesse de contempler cette hymne de la Fédération dont j’ai été longtemps le porte parole pour la France : «  je voudrais qu’en vous voyant vivre les gens puissent se dire : voyez comme ils s’aiment ».(4)

L’essentiel est là. C’est l’appel de Mat 25.(5).

—-

Ajout au texte original 

Je rêve en parcourant le livre de Sylvaine déjà évoqué en 2.33 à une refonte de nos liturgies, à une 5eme prière eucharistique qui ne soit plus cette fois prononcée par le prêtre seul mais donne véritablement écho à ce chœur des chercheurs de Dieu que nous sommes. Une sorte de symphonie polyédrique à plusieurs voix qui se tait soudain devant le pain et le vin, car qui peut véritablement prononcer les paroles du Christ si ce n’est le bruit d’un fin silence, le souffle ténu venu d’ailleurs ?

Alors notre communion sera pleine et entière. 

Le sera-t-elle d’ailleurs ? Probablement pas tant que le fruit reçu ne soit devenu agapè, don véritable, vécu et partagé, agenouillement non plus devant un Dieu distant mais devant les souffrants d’aujourd’hui en qui se révèle la Présence du Grand absent qui est bien là car il les porte dans ses bras…


(1) cf. Xavier Léon Dufour dans son commentaire de Jean tome 2

(2) C’est en tout cas ce que je cherche à décrire dans mon livre éponyme téléchargeable gratuitement sur Kobo

(3) cf. son entretien avec Spadaro : «  ne soyons pas ceux qui se tiennent à la porte pour empêcher d’entrer ».

(4) hymne de la fédération internationale des CPM - FICPM


(*) Je retombe sur ce texte écrit il y a 14 mois et qui n’a pas pris beaucoup de ride… dont le titre a inspiré le titre de mon dernier livre… et qu’on retrouve p. 112  voir ici https://www.amazon.fr/Danse-avec-ton-Dieu-campagne-ebook/dp/B09PQ9FJRR/

16 février 2022

Ode à la grâce - Danse 2.34

Qui sommes-nous pour revendiquer une part du Royaume..

Nous sommes des serviteurs bien inutiles.

C’est ce que nous glisse la liturgie d’aujourd’hui…

Entre Isaïe, Paul ou Pierre, les trois lectures invitent à déceler ce que Bernanos dévoile à la fin de son chef d’œuvre  « tout est grâce ».

Pierre en fait l’expérience dans l’évangile… « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » Luc 5 

Et cependant cette impuissance peut-être un chemin pour nous quand nous percevons que Dieu travaille au sein même de nos incompétences pour faire de nous des passeurs… 

A condition bien sur de ne pas oublier qu’il est la source unique de ce fleuve immense dont nous sommes comblés… 

Le fleuve d’Ezéchiel est bien large par rapport à nos petites amphores, soulignait Bonaventure.

«Ce n’est pas celui qui plante qui importe, ni celui qui arrose, mais Dieu, qui fait croître.»

‭‭Première aux Corinthiens‬ ‭3:7‬

À méditer

15 février 2022

Agenouillement et danse 2-33

Erreur de casting ? Est-ce que l’humanité aurait été sauvée de bien des erreurs si Jean avait précisé que Jésus avait lavé aussi les pieds des femmes au Cénacle, signalant ainsi l’importance de leurs rôles dans la fondation de l’Église ? Dans le contexte juif de l’époque et pendant des millénaires, cela aurait été une bombe !

Il faut lire mon livre sur Jean(1) pour percevoir que l’agenouillement de Jésus devant la femme adultère est un pas d’une danse qui a commencé à Cana et se termine au Golgotha avec la Magdaléenne. Il faut surtout lire les « Leçons de Béthanie » (2) dont je poursuis doucement la lecture, pour compléter cette impression de danse de Jésus avec les femmes de Sion qui, d’une certaine façon, n’ont rien à envier aux hommes dans leur clairvoyance théologique.

Peut-être en tout cas n’avait elle pas besoin de voir Jésus à genoux pour percevoir que la diaconie primait sur le pouvoir… et que le rite est stérile face à l’amour en actes et en vérité…

Marthe ou Marie nous précèdent-elles en Galilée ?

Si les « Marie » de Luc et de Jean, si toutes les femmes évoquées par Marc vont si loin(3), y compris jusqu’à la Croix, c’est qu’elles portent peut-être en elles ce que beaucoup d’hommes n’ont reçu souvent que par grâce (4) : le goût ou l’appel de l’indicible. 

Marie a été « visitée » par l’Esprit et a porté l’indicible bien avant la Pentecôte. Les amies de Béthanie vont bien plus loin que les apôtres dans la pré-compréhension du mystère de la Croix que Pierre, en dépit de l’épisode de la Transfiguration…

La foi des disciples est finalement bien plus fragile. Marc et Matthieu ne les évoquent pas au Golgotha. Ils ont fuit et ne vont pas jusqu’à accompagner celui qui était pourtant leur ami. 

Certes Luc 23, 49 parle des amis à distance, mais probablement pour citer le Ps 38, 12…  

Du coup se pose la question : Jean était il vraiment aux pieds de la croix ? Ou est-ce une revendication tardive ? Une image symbolique instillée par une communauté en lutte avec celle de Pierre. 

Je découvre p.41 que Sylvaine (5) se pose la même question.

L’enjeu n’est pas de dire ici qu’il y a une supériorité de la femme sur l’homme, mais de découvrir enfin que l’Eglise est danse polyédrique, symphonie où chacun à sa place, son rôle, ses talents à porter, pour faire Corps, pour faire grandir cette Église en chemin qui reste à construire, dans le souffle de l’Esprit et la grâce des dons reçus. 

A suivre…


(1) A genoux devant l’homme

(2) Sylvaine Landrivon, Les leçons de Béthanie, De la théorie à la pratique, parution le 17/2 au Cerf, p.30 sq

(3) voir danse 2.32

(4) voir danse 2.34

(5) Les leçons, ibid.

14 février 2022

Liberté et danse, 2-32

Clin Dieu ? La juxtaposition liturgique entre les textes de mardi et mercredi mérite un commentaire. Au delà de certaines interprétations que l’on peut trouver abusives et très freudiennes du texte, la tension théologique mise en scène par Marc 5 interpelle entre deux excès : celle de la loi qui enfermerait la fille de Jaïre dans des préceptes stériles de pharisiens pointilleux et celle qui met au banc une femme parce qu’elle a des pertes de sang. 

Dans les deux cas, la venue du Christ libère et le « lève toi et marche », comme le « va en paix » résonne loin de cette emprise tragique sur le destin féminin.

Il fait renaître en moi cette invitation à la danse de Dieu vers l’humanité au sens large, au delà de toute tradition enfermante et jugeante.

Agenouillement du Christ devant cette condition féminine enfermée par la toute puissance virile des hommes depuis des millénaires ? Il faut voir les « hirondelles de Kaboul » ou passer de la « purification de la vierge » que nous fêtions d’antan à la contemplation de son mystère intérieur pour sentir l’importance et l’enjeu des  «  leçons de Béthanie » que nous ouvre Sylvaine Landrivon (1) comme un dernier cri face à la honte….

« Un nouveau regard s’impose »(2)

Hâte de danser avec ce livre reçu hier…


(1) Sylvaine Landrivon, Les leçons de Béthanie, De la théorie à la pratique, parution le 17/2 au Cerf…

(2) ibid. p.10


13 février 2022

Chemin de danse fragile…2.31

Notes pour l’homélie de samedi

Nous fêtons aujourd’hui dans le diocèse de Chartres la fête de saint Gilduin (en principe le 27/1) qui a refusé d’être évêque et préféré être diacre par humilité. Il a été jusqu’à Rome pour demander ce droit et est mort près de Chartres à son retour. Suivre ses pas est peut-être un enjeu pour nous diacres ?

Guilduin est patron des diacres de notre diocèse. 

Qui sont les diacres ? Au delà de votre serviteur, la réalité diaconale est bien vaste. Elle est en partie visible ici, avec ces 15 diacres réunis, mais j’aimerais évoquer aussi les absents (Marc, qui est enfin autorisé à visiter à nouveau aujourd’hui la prison dont il est aumônier Claude, qui s’occupe de ses migrants…)

Les diacres sont une réalité bien vaste dont je ne suis qu’un pâle exemple. Mais je dirais surtout que la diaconie est bien plus large que les diacres.

Nous avons la robe blanche, l’étole de travers, mais notre amour est il cet agape dont parle Paul ds la 2eme lecture ?

Souvent je vois dans un frère ou une sœur plus d’amour que je ne suis capable de donner. 

Ce que notre pape appelle les saints ordinaires, ceux qui soignent leurs parents vieillissants, les infirmières, les aides soignantes sont plus « serviteurs » que nous qui en avons l’étiquette.


Qu’est-ce que cet amour qu’évoque Paul aux Corinthiens dans le texte de ce dimanche.

Le mot agapè qu’utilise Paul pour nous parler d’amour évoque pour moi le dialogue entre Pierre et Jésus sur le bord du lac en Jean 21. Il nous faut comprendre que même si nous rêvons d’aimer comme le dit Paul, cet amour n’est pas accessible à l’homme. Il nous parle de Dieu. 

« M’aimes tu d’agapè » demande 2 fois Jésus à Pierre…

Pierre a bien conscience qu’il n’y arrive pas… pas comme Jésus…

Paul en est conscient et il faudrait relire sa colère du chapitre 1 Cor 11 pour comprendre la dimension qu’il donne au chapitre 13.

Aimer d’agapè est peut-être, comme le suggère notre pape le rêve de Dieu. Qui peut dire en effet qu’il est amour qui prend patience ; l’amour qui rend service ; l’amour qui ne jalouse pas ; Qui  ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ?


Ce que dit Paul sur l’amour, ce qu’accomplit Jésus est plus grand que ce dont nous sommes l’image, ce que nous témoignons de l’amour ne vient pas de nous, l’amour est cette force qui vient de Dieu seul, théologal, don, force intérieure qui vient de Dieu et nous fait grandir. C’est cette force au delà de nos efforts que nous venons demander à Dieu….


Redisons le, les vrais saints, suggère François ne sont pas ceux qui portent des robes blanches, mais ces saints ordinaires qui vibrent du feu intérieur que Dieu a attisé en eux… de cette charité qui n’est pas cymbale retentissante mais humilité et miséricorde.

Comme saint Guilduin, cherchons d’abord la charité et nous serons signes que Dieu est amour, que le rêve de Dieu est possible.


Venons en a ce que nous dit l’Evangile. 

Quel est le passage d’Isaie qui fait dire à Jésus cette phrase : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »

Le texte d’aujourd’hui ne nous le dit pas.

Il nous faut donc faire un travail intérieur pour nous rappeler ce que nous avons entendu dimanche dernier.


Entrons  dans cette contemplation du mot accomplissement.., 

Il nous invite à percevoir, au delà du contexte du chapitre 4 de Luc, ce lent travail de Dieu dans la révélation qui aboutit en Christ.

La vocation de prophète que décrit Jérémie dans la première lecture est celle de celui qui dérange, nous vient d’Ailleurs, de cet indicible de Dieu qui vient soudain nous retourner et nous conduit à l’amour.

 C’est tout l’amour de Dieu qui se dévoile dans cette troisième épiphanie…


Que pensais Jésus en dévoilant ici l’indicible ? 

D’une certaine manière c’est la première fois qu’il murmure le premier « Je suis… » qui le conduira à la mort.. 

« c’est moi le Messie, l’oint de Dieu… 

Alors que son rêve, le rêve de Dieu est de nous dévoiler l’amour, s’ouvre dans cet aujourd’hui que nous fait revivre Luc 4 un chemin de déni et de souffrance, qui sera celui du Christ, mais aussi, simultanément, la petite espérance que traduit cet aujourd’hui qu’évoque le Christ. Tout n’est pas vain, l’amour vaut la peine d’être vécu jusqu’au bout…


Je parle de troisième d’épiphanie après le baptême car ce qui suit va révéler les premiers signes de l’amour de Dieu à partir de cette lecture du Christ à la synagogue est le chemin d’une extraordinaire Révélation dont le point ultime est la Croix.

C’est cela notre chemin, jusqu’à concevoir que nos pas sont bien titubants, comme le fait Pierre en Jean 21 devant cet agapè inimitable d’un Christ qui va jusqu’au bout, jusqu’à cette déréliction qui rejoint tous les souffrants et trace soudain chez nous un chemin d’espérance….

07 février 2022

Cana ou l’impossible danse ? 2-30

Arrivera-t-on à construire une véritable kononia (1), cette communauté visée par Paul, décrite par Luc et rêvée par Jean ou Ignace d’Antioche. Est-ce un rêve téléologique ? Ce que nous disent les 2 premières lectures d’aujourd’hui (Isaïe 62 ou 1 Co 12)à  la lumière de 1Co 10 et 11 donne à penser. Cela demande peut-être un effacement de nos volontés de puissance, de valoir, pour privilégier cette quête de l’unité qui n’est pas fusion ou uniformité de pensée, mais écoute, respect, attention, agenouillement peut-être devant les germes du Verbe et de l’Esprit (2) présents et brûlant comme des flammes fragiles en tout homme. Peut-être est-ce là la véritable théologie pratique et pastorale que certains s’efforcent à définir(3). En lisant ce matin Ignace d’Antioche, je me suis pris à rêver en l’écoutant parler : « dans la concorde de vos sentiments et l'harmonie de votre charité, vous chantez Jésus Christ. Chacun de vous, devenez un chœur de chant, afin que, dans l'harmonie de votre concorde, adoptant la mélodie de Dieu dans l'unité, vous chantiez pour le Père, d'une seule voix, par Jésus Christ. Alors le Père vous écoutera et reconnaîtra en vous, grâce à vos bonnes actions, les membres de son Fils. Il est donc utile pour vous que vous soyez dans une irréprochable unité, pour être toujours participants de Dieu. » (4) Est-ce accessible ? Est-ce que François appelle le polyèdre(5). Cette semaine il recevait une délégation des mouvements d’action catholique en France. Il est touchant d’entendre leurs témoignages (6).


Il y a là aussi une invitation à la danse, à cette vision symphonie du mot basar (chair en hébreu) que je commentais hier soir à un jeune couple en chemin vers le mariage(7). Non pas fusion mais symphonie féconde de nos différences où chacun apporte sa pierre à la (re)construction d’une Église vivante, de cet impossible Corps du Christ auquel nous souhaitons communier en s’avançant chaque dimanche et prononçant le « je ne suis pas digne » qui fond nos aspérités pour faire de nous des porteurs de Dieu fragiles… temples de Dieu ? 


Comme je le glissais à propos de Cana en 2.28, nous avons tous à remplir nos jarres pour faire de notre Église un chemin vers la danse à laquelle le Christ nous a précédés. C’est probablement ce troisième jour/temps que Jean cherche à dévoiler en racontant la participation du Christ à Cana. Quand l’heure viendra mon Corps pour faire de l’Église un corps… aujourd’hui ou pour le Royaume ?


(1) cf. 1 Cor 10 et 11 et mes balises http://chemin.blogspot.com/search/label/Koinonia 

(2) Hans Urs von Balthasar,  Théologique III, L’•Esprit de Vérité, p.15 voir aussi une discussion sur thème in https://www.facebook.com/groups/reflexiongh/permalink/4921219631285815/ ainsi que mes balises « semence » dont http://chemin.blogspot.com/search/label/Semence

(3) voir notamment mon essai « Pastorale du Seuil » http://chemin.blogspot.com/2014/09/50-ans-decriture.html

(4) Ignace d’Antioche, lettre aux Éphésiens

(5) voir aussi mes balises : http://chemin.blogspot.com/search/label/Poly%C3%A8dre

(6) https://youtu.be/MtE0vVL2c-U

(7) cf. mes développements dans Aimer pour la vie - voir le lien en note 3.


PS : je continue sur la lancée de mon livre « Danse avec ton Dieu » en ajoutant peut-être ce point d’interrogation qui aurait pu/du figurer à la fin du titre… 😉

PS2 : voir dans mes commentaires ceux apportés par J. Fournier et MN Thabut dans le même sens.

06 février 2022

Doctrine ou conversion 2.29

Transforme nos cœurs givrés en sources jaillissantes…

Le chemin de l’homme vers Dieu n’est pas le résultat d’une doctrine mais de l’ordre du dépouillement nous dit en substance Bonaventure : « il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle. Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets, que personne ne connaît sauf celui qui le reçoit, que nul ne reçoit sauf celui qui le désire, et que nul ne désire, sinon celui qui au plus profond est enflammé par l'Esprit Saint que le Christ a envoyé sur la terre. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit que cette mystérieuse sagesse est révélée par l'Esprit Saint.

Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture, interroge l'Époux et non le professeur, Dieu et non l'homme, l'obscurité et non la clarté ; non point ce qui luit mais le feu qui embrase tout l'être et le transporte en Dieu avec une onction sublime et un élan plein d'ardeur. Ce feu est en réalité Dieu lui-même dont la fournaise est à Jérusalem. C'est le Christ qui l'a allumé dans la ferveur brûlante de sa Passion. Et seul peut le percevoir celui qui dit avec Job : Mon âme a choisi le gibet, et mes os, la mort. Celui qui aime cette mort de la croix peut voir Dieu ; car elle ne laisse aucun doute, cette parole de vérité : l'homme ne peut me voir et vivre.

Mourons donc, entrons dans l'obscurité, imposons silence à nos soucis, à nos convoitises et à notre imagination. Passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père. Et quand le Père se sera manifesté, disons avec Philippe : Cela nous suffit. Écoutons avec Paul : Ma grâce te suffit. Exultons en disant avec David : Ma chair et mon cœur peuvent défaillir : le roc de mon cœur et mon héritage, c'est Dieu pour toujours. Béni soit le Seigneur pour l'éternité, et que tout le peuple réponde : Amen, amen. »

Metanoia, fission intérieure…

L’enjeu n’est pas l’endoctrinement, la récitation servile, mais bien de laisser le Verbe nous traverser jusqu’à la jointure de l’âme.


(1) Saint Bonaventure, itinéraire de l’âme vers Dieu, source office des lectures - fête du 15/7