02 mai 2022

Dieu a besoin de nos mains

 Etty Hillesum en cette fête de saint Athanase : Un texte qui m’a toujours inspiré, venu du fond de l’enfer des hommes, emprunté sur RT* : « Ce sont des temps d'effroi, mon Dieu. Cette nuit pour la première fois je suis resté éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose mon, Dieu, oh, une broutille : je me garderai de suspendre au jour présent, comme autant de poids, les angoisses que m'inspire l'avenir; mais cela demande un certain entraînement. Pour l'instant, à chaque jour suffit sa peine.


Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas T'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant m'apparaît de plus en plus claire : ce n'est pas Toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons T’aider - et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque et c'est aussi la seule chose qui compte : un peu de TOI en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à Te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres.


(...) Il m'apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que (...) c'est à nous de T'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous. Il y a des gens - le croirait-on ? - qui au dernier moment tâche de mettre en lieu sûr des aspirateurs, des fourchettes et des cuillers en argent, au lieu de te protéger Toi, mon Dieu. Et il y a des gens qui cherchent à protéger leur propre corps, qui pourtant n'est plus que le réceptacle de mille angoisses et de mille haines. Ils disent : Moi je ne tomberai pas sous leurs griffes ! Ils oublient qu'on est jamais sous les griffes de personne tant qu'on est dans tes bras.


Cette conversation avec Toi, mon Dieu, commence à me redonner un peu de calme. J'en aurai beaucoup d'autres avec Toi dans un avenir proche... (...)  Tu connaîtras sûrement des moments de disette en moi, mon Dieu, où ma confiance ne te nourrira plus aussi richement, mais crois-moi, je continuerai à œuvrer pour Toi, je Te resterai fidèle et ne Te chasserai pas de mon enclos. (...) 


Maintenant je vais me consacrer à cette journée. Je vais me répandre parmi les hommes aujourd'hui et les rumeurs mauvaises, les menaces m'assailliront comme autant de soldats ennemis une forteresse imprenable. »(1) 


(1) Etty Hillesum 

Prière du dimanche matin (12 juillet 1942) 


Esther « Etty » Hillesum, née le 15 janvier 1914 à Middelbourg (Pays-Bas), et morte le 30 novembre 1943 au camp de concentration d’Auschwitz (Pologne), est une jeune femme juive et une mystique connue pour avoir, pendant la Seconde Guerre mondiale, tenu son journal intime (1941-1942) et écrit des lettres (1942-1943) depuis le camp de transit de Westerbork aux Pays-Bas.


À la dernière page de son journal, datée du 12 octobre 1942, elle a écrit : « J’ai rompu mon corps comme le pain et l’ai partagé entre les hommes. »


* Merci Alain Deschenes

09 mars 2022

Danse avec ton Dieu - le livre - 2eme édition

 Danse avec ton Dieu - Bouquet final ?

 Comment Dieu vient-il à l’homme ? Plusieurs réponses sont possibles. Celle la plus méditée est cette lente pédagogie de plusieurs millénaires, qui montre que Dieu a choisi de se révéler, après bien des échecs, dans la trace fragile d’un homme. 

Depuis l’enfant nu jusqu’à la Croix, le dévoilement d’un Dieu tout amour touche en effet à l’indicible, pas à pas d’une danse subtile et bien fragile, qui va jusqu’au tragique.  

La danse de Dieu vers l’homme a sa source bien loin, mais, d’inaccessible, elle s’est faite plus palpable, plus humaine, et surtout nous a tracé un chemin, un pas de deux, puis à trois, avant de se retirer dans le silence, tout en nous invitant à une valse. 

Ce mystère reste chemin éternel de contemplation. 

Ce chemin que je trace avec vous depuis plus d’un an méritait d’être rassemblé dans un livre. Il fait suite à de nombreux écrits et recherches personnelles sur nos liens entre l’Écriture, la Révélation et la vie. Le principal est peut-être le petit essai « Danse trinitaire » pour lequel ces réflexions constituent comme de lointains échos à une trame déjà orchestrée dans cette musique particulière qui m’habite depuis des années.  Si ce premier essai a donné naissance à d’autres ouvrages que j’ai tenté de résumer dans  «  Dieu dépouillé », il manquait une mise en résonance entre un travail solitaire et d’autres chercheurs. 

Diacre dans un village du monde rural, à la périphérie du bruit du monde, mais aussi dans le monde, plongé à l’écoute de cette rumeur que l’on n’entend pas toujours dans nos paroisses trop policées, ce texte est une composition de petits écrits dont la trame est un fil rouge fragile, mais qui ne cesse de danser dans ce tourbillon particulier auquel Dieu nous invite sans cesse.

Ce recueil reprend donc des notes spirituelles rédigées pendant les nuits de mai 2020 à 2022. Nuits de confinement, mais aussi de dialogue intérieur et de réflexions théologiques d’abord solitaires puis progressivement d’interactions avec une communauté de chercheurs. Dialogue ouvert, souvent respectueux, parfois plus difficile, mais loin d’une théologie fermée, académique ou dogmatique. Le tout s’est nourri de lectures croisées entre la Parole, des livres, des essais, des mémoires et des thèses échangées librement.

Les textes qui suivent s’organisent en trois « saisons » : Dépouillement puis « danse trinitaire saison 1 et 2 ».

Pourquoi ce recueil ?

D’abord pour tracer le chemin personnel parcouru, les impasses, les répétitions et les lumières venues d’ailleurs. Pour rendre accessible à tous, certains travaux plus difficiles, comme le dernier livre de Jean Luc Marion, qui a servi de base à la troisième saison. Pour mettre en lumière quelques autres lectures « dansantes » comme celles du « Dieu nu » d’Arnold, la découverte de certains ouvrages de T. Römer et de livres de François Cassingena-Trévedy et de Sylvaine Landrivon.

Pour mettre aussi, en parallèle, certains textes ayant été rendus publics en chaire, homélies paroissiales, rarement écrites seules, le plus souvent travaillées à plusieurs. Le résultat est là, avec ses impasses et le désir toujours recherché d’un consensus fragile et de cette invitation à la danse trinitaire, thème central, insaisissable d’un Dieu qui se révèle à nous et se donne..





A vous lecteurs qui avaient dansé avec moi parfois sur quelques notes, voici maintenant proposé, gratuitement sur Kobo  (en PDF par MP) ou sous forme papier à prix coutant sur Amazon, une centaine de méditations nocturnes qui constituent, par petites touches, des pas de danse avec un Dieu trine.

20 février 2022

Le premier pas - danse 2.37

Nous sommes venus et nous sommes repartis.

Qu’est ce qui a changé ?

Comment notre vie est-elle bouleversée par Christ ?

Cette question, nous ne pouvons la poser à la dérobade et je n’ai à peine le droit de la poser ici. Et pourtant elle devrait me travailler, nous travailler, au plus profond de notre cœur, car elle est essentielle. Elle est au cœur de notre engagement de chrétien.

Dans la première lecture de ce dimanche, David surprend ses interlocuteurs, alors qu’il s’inscrivait dans une logique de violence, le voici qui est transformé de l’intérieur, qu’il renonce à mettre la main sur son roi et interpelle sa raison.

Dans la deuxième lecture Jacques interpelle de la même façon notre humanité. Sommes-nous des fils d’Adam, des « terreux » ou des fils spirituels ?

Que sont d’ailleurs les fils de l’Esprit ? C’est peut-être ceux qui acceptent d’être changés en profondeur, qui sentent monter en eux la violence et qui la répriment, changent leur « cœurs de pierre en cœur de chair » et se laissent conduire par l’Amour, l’amour avec un grand A, celui qui « ne cherche pas son intérêt » mais entre dans la démesure du don, un don immense, dont le Christ est seul icône parfaite.

Jésus nous parle aujourd’hui dans ce texte particulier de Lc 6, 27-38 qui suit juste le message des béatitudes. Il va un pas plus loin. Et quel pas !

Si l’on te frappe, tends la joue gauche. Ne répond pas. Tends ton regard vers l’agresseur, ne lui tends pas la première joue, celle qui a souffert, ce qui serait du masochisme, mais interpelle-le par ton regard, et en même temps, change ton regard pour changer le sien. Laisse toi envahir par le par-don, par l’Amour. Ce à quoi nous conduit le Christ est plus grand que tout. Il est cet amour que décrit Luc, débordant, démesure, don qui ne compte pas, qui ne juge pas.

Il est agenouillement, devant tous les Judas que nous sommes, comme ceux que nous subissons.

Christ croit en toi, en moi, en nous.

Le voici, à genoux, pleurant, pour que se réveille enfin, l’amour, celui qu’Il porte sur nous, qu’Il nous partage à l’infini, à chaque fois que nous entrouvrons la porte de notre cœur et qu’en nous se glisse le don de l’indicible, et nous conduit au « me voici » qui nous fait danser la musique de Dieu. 

Aujourd’hui, comme tous les dimanches, il est là, à genoux, non pas pour nous mettre à genoux, mais parce qu’il croit en l’impossible, qu’il est Amour.

La veille de sa passion, quand il s’est mis à genoux devant celui qui le livrait, comme devant Pierre, il a fait le premier pas de danse (1). Sommes nous prêts à faire le second. Allons nous communier à cet Amour qui se donne et se redonne dans la démesure d’une eucharistie en actes.

C’est le rêve de Dieu, de toute éternité…






Notes pour l’homélie de ce jour….


(1) peut-être pas le premier comme je le montre dans ma trilogie (cf. Lien sous l’Image 4), mais d’une certaine manière le plus fou, l’unique, celui de cette mesure débordante que nous n’imiterons jamais assez…

19 février 2022

Deux voies ? - danse 2.36

En poursuivant ma lecture (1) je repense à cette histoire découverte récemment de la personnalité particulière de sainte Jeanne Jugan, fondatrice des petites sœurs des pauvres au milieu du 19eme siècle, d’une étonnante clairvoyance pastorale et qui soudain, après quatre années d’intense activité, à été arbitrairement destituée de sa charge de supérieure. Le Père Le Pailleur a décidé en effet de nommer Marie Jamet, âgée de 23 ans, à la tête de la communauté naissante, dans le but de prendre lui-même le crédit et le pouvoir sur la fondation de cette fraternité.

« Devant l’injustice, Jeanne répond par le silence, la douceur et l’abandon. Par amour, elle avait donné son lit, son pain. Maintenant, le Seigneur lui demande de lui céder la responsabilité de ses Pauvres, ses « trésors » comme elle aimait les appeler.

Sans aucun changement extérieur, Jeanne continue à sillonner les sentiers de France pour nourrir les nombreux pauvres qui affluent dans les maisons. De nombreuses jeunes filles se mettent à sa suite, permettant ainsi d’ouvrir des maisons dans toute la France et de franchir la Manche dès 1851.

Au fil des années, l’ombre s’étend de plus en plus sur Jeanne. En 1852, à peine âgée de soixante ans, elle est rappelée à la maison de Rennes. Elle ne sortira plus en quête. Quatre ans plus tard, elle accompagne le noviciat à La Tour Saint Joseph, où elle vivra une longue retraite de vingt-sept ans.

A sa mort, le 29 août 1879, peu de Petites Sœurs savent qui elle est, même si l’influence de son énergie originelle auprès des jeunes est décisive. Par son exemple, Jeanne lègue en héritage à toute sa grande famille l’humilité, la petitesse, la douceur.

Quarante ans après l’accueil de la première personne âgée, les Petites Sœurs sont 2 400, disséminées »dans le monde au service des pauvres et des personnes âgées (2).

Ce n’est que bien plus tard que l’on découvre la supercherie. Le Pailleur l’a volontairement écartée pour prendre le pouvoir…

Jeanne Jugan ne fut vraiment reconnue comme sainte que sous Benoît XVI…

Quelle histoire !

De la même manière, pourquoi les premières femmes de l’Evangile ont elles disparues au profit d’une hiérarchie très masculine. Comment expliquer que les femmes agissantes, les Marthe, les Maries, les Junia et Lydie sont devenues des pierres oubliées dans la fondation de l’Église ? La question que soulève de manière lumineuse Sylvaine Landrivon (1) à partir de son analyse de Jean 11 mérite d’être posée car elle est finalement au cœur de ce qui se révèle actuellement comme la grande faille de notre Église. 

Alors que le grand vase d’argile, en dépit de ses enluminures et de ses dorures, se fissure, il est temps d’écouter celles que nous avons écartées pour reconstruire sur des bases plus collégiales. Est-ce l’enjeu du synode ?

Va t-on chercher ensemble une autre voie ? 


(1) Sylvaine Landrivon, les leçons de Béthanie, Cerf 2022. 

(2) biographie de Jeanne Jugan 

18 février 2022

La danse de l’agapè 2.35

Il y a une danse particulière qui m’habite, celle d’un Christ à genoux qui se fait petit et suppliant, comme en Jn 13 devant Pierre et Judas. Humilité fondamentale d’un Dieu qui appelle la seule réponse possible : non un agenouillement servil ou rituel mais une descente intérieure, une plongée dans la mer de Galilée où, comme Pierre, nu en Jean 21, et conscient de nos 7x77 reniements nous pouvons glisser d’une voix hésitante : tu sais bien que je t’aime, avec cette humble nuance du grec qui différencie notre réponse humaine (Philo te), seule réponse réaliste à « l’agapas me ? » divin. Jamais nous n’atteignerons l’amour du Christ mais c’est à cette danse kénotique que nous sommes conviés.

Relisons l’échange en grec : «ἀγαπᾷς με » Jean 21,15 ‭‭  Agapas me : M’aimes-tu d’agapè ? demande par deux fois Jésus à Pierre. 

M’aimes tu de cet agape dont parlera si bien Paul (et que nous avons contemplé récemment en 1 Co 13) ?

La question résonne encore sur nos routes. Elle ne fait que donner écho à « l’où es-tu ? » de Dieu a lancé au jardin en Gn 3. (1)


Nous sommes au cœur de cette danse trinitaire d’un Dieu qui s’efface devant le don du Fils et d’un Fils qui s’agenouille en attendant la seule réponse possible : m’aimes-tu ? Oui Seigneur tu sais bien que je [cherche] à t’aimer.  

Philo te... φιλῶ σε. 


Pierre n’aura finalement que cette humble réponse, encore marqué par son triple reniement. C’est probablement ce qui conduira Jésus à changer sa troisième question en « Phileis me ? » reprenant le même verbe que Pierre.


Ultime agenouillement d’un Christ qui vient de crier son « J’ai soif ( de ton amour) » en Jn 19. Un Christ dont le cœur transpercé nous donne la seule chose qui lui reste à donner, son sang mêlé d’eau qui est, pour Jean, Esprit de paix...


Entre la « philo » et cette « agapè » se dresse l’océan de nos fragilités...


Je reprend cette introduction tirée de mon dernier livre « danse avec ton Dieu » pour en venir à l’essentiel. Une des grandes révélations pour moi du nouveau livre de Sylvaine Landrivon (Les leçons de Béthanie) est ce même petit mot grec glissé au début du verset 5 de Jean 11. Ma lecture du grec reste balbutiante et je n’avait pas remarqué cet « agapè » que cite Jean 11,5 entre Jésus et ses amies de Béthanie : « Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. ». L’êgapa est à mettre en écho et en tension avec ce « philo te » cité plus haut de Pierre en Jean 21. Pierre ne l’atteint pas… 


Que Jean l’utilise ici, comme il l’utilisera pour évoquer le disciple « préféré » (Jn 13,23 ; 19, 26 ; 21, 7 & 20) est une interpellation. 

Cet amour là, cette danse particulière entre Jésus et ces deux femmes de Béthanie, qu’en avons nous fait ? Va-t-on continuer à l’effacer ? 

Il faut lire toutes les nuances qu’apporte l’auteure pour percevoir ce qui est pour moi soudain lumineux. Ephata… Avons nous été aveugles, sourds ou muets sur ce sujet  ? 

Avons nous ignoré une évidence ? Cette nécessaire complémentarité du vis à vis ?

J’ai déjà été long.

Mais j’y reviendrais 

A suivre.

17 février 2022

Communion et danse avec son Dieu - 1.40.2 (*)

 Reprise - Communion et danse avec son Dieu - 1.40.2 (*)

Peut-on véritablement comprendre le mystère de la Cène à laquelle nous sommes invités ? Probablement qu’à moitié. Ce qu’on perçoit à la fraction du pain, si l’on en croit Luc 24, ce n’est pas tant le prêtre qu’il soit blanc, noir, homme ou femme, mais la charité en actes de Celui qui disparaît alors, à Emmaüs en nous laissant trouver seul le chemin pour le suivre. L’essentiel est alors de se remettre en marche, car la fraction du pain n’est que le mime (1) d’un don qui va jusqu’au bout de l’amour et qu’il nous faut conjuguer à notre manière en fonction de nos dons, de nos « talents » à l’image de Celui qui disparaît tout en étant bien présent par les traces vives de la Parole et du Pain, manduqués à nouveau ensemble en souvenir douloureux et fécond de nos incapacités et de nos joies mêlées... et dans l’espérance de trouver un jour notre façon de rompre le pain dans une dynamique sacramentelle (2)  qui dépasse le rite, le mime (au sens donné par  X. Léon Dufour) pour devenir sacrement réel, signe efficace et fécond. L’essentiel est que notre façon d’agir reflète une pâle mais vraie image de Celui qui nous a invité à sa table. La fraction du pain est alors plus que le rite, elle devient Vie, Vérité, Amour partagé et donné, diaconie et communion. Tous les autres débats sur la présence ou non, la forme, l’orientation vers l’Est ou la tenue deviennent alors des frémissements futiles et ridicules... 


Il est temps qu’on retourne au centre au lieu de s’étriper sur la forme. Je n’ai jamais compris le sens des insistances sur la forme alors qu’on est invitée à une danse plus essentielle, à devenir ce que nous disons, à vivre ce que nous prêchons dans nos églises qui se vident non par la faute de l’un ou de l’autre, mais parce que nous oublions l’essentiel. Ce n’est pas nos débats sur la qualité du rite qui fera avancer ce à quoi nous invite le Christ, qui se moquait bien des lavements de mains rituelles, leur préférant une autre forme de diaconie à genoux devant l’homme (cf. Jn 13). 

Arrêtons de réguler ou d’exclure certains du partage de la Table par ce qu’ils seraient moins dignes, moins purs... que celui qui n’a pas péché jette la première pierre (cf. Jn 8 )...

Discours moralisateurs et stériles que celui qui veut fermer la porte de l’Église à certains. L’essentiel est ailleurs comme nous le rappelle François (3).

Je ne cesse de contempler cette hymne de la Fédération dont j’ai été longtemps le porte parole pour la France : «  je voudrais qu’en vous voyant vivre les gens puissent se dire : voyez comme ils s’aiment ».(4)

L’essentiel est là. C’est l’appel de Mat 25.(5).

—-

Ajout au texte original 

Je rêve en parcourant le livre de Sylvaine déjà évoqué en 2.33 à une refonte de nos liturgies, à une 5eme prière eucharistique qui ne soit plus cette fois prononcée par le prêtre seul mais donne véritablement écho à ce chœur des chercheurs de Dieu que nous sommes. Une sorte de symphonie polyédrique à plusieurs voix qui se tait soudain devant le pain et le vin, car qui peut véritablement prononcer les paroles du Christ si ce n’est le bruit d’un fin silence, le souffle ténu venu d’ailleurs ?

Alors notre communion sera pleine et entière. 

Le sera-t-elle d’ailleurs ? Probablement pas tant que le fruit reçu ne soit devenu agapè, don véritable, vécu et partagé, agenouillement non plus devant un Dieu distant mais devant les souffrants d’aujourd’hui en qui se révèle la Présence du Grand absent qui est bien là car il les porte dans ses bras…


(1) cf. Xavier Léon Dufour dans son commentaire de Jean tome 2

(2) C’est en tout cas ce que je cherche à décrire dans mon livre éponyme téléchargeable gratuitement sur Kobo

(3) cf. son entretien avec Spadaro : «  ne soyons pas ceux qui se tiennent à la porte pour empêcher d’entrer ».

(4) hymne de la fédération internationale des CPM - FICPM


(*) Je retombe sur ce texte écrit il y a 14 mois et qui n’a pas pris beaucoup de ride… dont le titre a inspiré le titre de mon dernier livre… et qu’on retrouve p. 112  voir ici https://www.amazon.fr/Danse-avec-ton-Dieu-campagne-ebook/dp/B09PQ9FJRR/

16 février 2022

Ode à la grâce - Danse 2.34

Qui sommes-nous pour revendiquer une part du Royaume..

Nous sommes des serviteurs bien inutiles.

C’est ce que nous glisse la liturgie d’aujourd’hui…

Entre Isaïe, Paul ou Pierre, les trois lectures invitent à déceler ce que Bernanos dévoile à la fin de son chef d’œuvre  « tout est grâce ».

Pierre en fait l’expérience dans l’évangile… « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » Luc 5 

Et cependant cette impuissance peut-être un chemin pour nous quand nous percevons que Dieu travaille au sein même de nos incompétences pour faire de nous des passeurs… 

A condition bien sur de ne pas oublier qu’il est la source unique de ce fleuve immense dont nous sommes comblés… 

Le fleuve d’Ezéchiel est bien large par rapport à nos petites amphores, soulignait Bonaventure.

«Ce n’est pas celui qui plante qui importe, ni celui qui arrose, mais Dieu, qui fait croître.»

‭‭Première aux Corinthiens‬ ‭3:7‬

À méditer

15 février 2022

Agenouillement et danse 2-33

Erreur de casting ? Est-ce que l’humanité aurait été sauvée de bien des erreurs si Jean avait précisé que Jésus avait lavé aussi les pieds des femmes au Cénacle, signalant ainsi l’importance de leurs rôles dans la fondation de l’Église ? Dans le contexte juif de l’époque et pendant des millénaires, cela aurait été une bombe !

Il faut lire mon livre sur Jean(1) pour percevoir que l’agenouillement de Jésus devant la femme adultère est un pas d’une danse qui a commencé à Cana et se termine au Golgotha avec la Magdaléenne. Il faut surtout lire les « Leçons de Béthanie » (2) dont je poursuis doucement la lecture, pour compléter cette impression de danse de Jésus avec les femmes de Sion qui, d’une certaine façon, n’ont rien à envier aux hommes dans leur clairvoyance théologique.

Peut-être en tout cas n’avait elle pas besoin de voir Jésus à genoux pour percevoir que la diaconie primait sur le pouvoir… et que le rite est stérile face à l’amour en actes et en vérité…

Marthe ou Marie nous précèdent-elles en Galilée ?

Si les « Marie » de Luc et de Jean, si toutes les femmes évoquées par Marc vont si loin(3), y compris jusqu’à la Croix, c’est qu’elles portent peut-être en elles ce que beaucoup d’hommes n’ont reçu souvent que par grâce (4) : le goût ou l’appel de l’indicible. 

Marie a été « visitée » par l’Esprit et a porté l’indicible bien avant la Pentecôte. Les amies de Béthanie vont bien plus loin que les apôtres dans la pré-compréhension du mystère de la Croix que Pierre, en dépit de l’épisode de la Transfiguration…

La foi des disciples est finalement bien plus fragile. Marc et Matthieu ne les évoquent pas au Golgotha. Ils ont fuit et ne vont pas jusqu’à accompagner celui qui était pourtant leur ami. 

Certes Luc 23, 49 parle des amis à distance, mais probablement pour citer le Ps 38, 12…  

Du coup se pose la question : Jean était il vraiment aux pieds de la croix ? Ou est-ce une revendication tardive ? Une image symbolique instillée par une communauté en lutte avec celle de Pierre. 

Je découvre p.41 que Sylvaine (5) se pose la même question.

L’enjeu n’est pas de dire ici qu’il y a une supériorité de la femme sur l’homme, mais de découvrir enfin que l’Eglise est danse polyédrique, symphonie où chacun à sa place, son rôle, ses talents à porter, pour faire Corps, pour faire grandir cette Église en chemin qui reste à construire, dans le souffle de l’Esprit et la grâce des dons reçus. 

A suivre…


(1) A genoux devant l’homme

(2) Sylvaine Landrivon, Les leçons de Béthanie, De la théorie à la pratique, parution le 17/2 au Cerf, p.30 sq

(3) voir danse 2.32

(4) voir danse 2.34

(5) Les leçons, ibid.

14 février 2022

Liberté et danse, 2-32

Clin Dieu ? La juxtaposition liturgique entre les textes de mardi et mercredi mérite un commentaire. Au delà de certaines interprétations que l’on peut trouver abusives et très freudiennes du texte, la tension théologique mise en scène par Marc 5 interpelle entre deux excès : celle de la loi qui enfermerait la fille de Jaïre dans des préceptes stériles de pharisiens pointilleux et celle qui met au banc une femme parce qu’elle a des pertes de sang. 

Dans les deux cas, la venue du Christ libère et le « lève toi et marche », comme le « va en paix » résonne loin de cette emprise tragique sur le destin féminin.

Il fait renaître en moi cette invitation à la danse de Dieu vers l’humanité au sens large, au delà de toute tradition enfermante et jugeante.

Agenouillement du Christ devant cette condition féminine enfermée par la toute puissance virile des hommes depuis des millénaires ? Il faut voir les « hirondelles de Kaboul » ou passer de la « purification de la vierge » que nous fêtions d’antan à la contemplation de son mystère intérieur pour sentir l’importance et l’enjeu des  «  leçons de Béthanie » que nous ouvre Sylvaine Landrivon (1) comme un dernier cri face à la honte….

« Un nouveau regard s’impose »(2)

Hâte de danser avec ce livre reçu hier…


(1) Sylvaine Landrivon, Les leçons de Béthanie, De la théorie à la pratique, parution le 17/2 au Cerf…

(2) ibid. p.10


13 février 2022

Chemin de danse fragile…2.31

Notes pour l’homélie de samedi

Nous fêtons aujourd’hui dans le diocèse de Chartres la fête de saint Gilduin (en principe le 27/1) qui a refusé d’être évêque et préféré être diacre par humilité. Il a été jusqu’à Rome pour demander ce droit et est mort près de Chartres à son retour. Suivre ses pas est peut-être un enjeu pour nous diacres ?

Guilduin est patron des diacres de notre diocèse. 

Qui sont les diacres ? Au delà de votre serviteur, la réalité diaconale est bien vaste. Elle est en partie visible ici, avec ces 15 diacres réunis, mais j’aimerais évoquer aussi les absents (Marc, qui est enfin autorisé à visiter à nouveau aujourd’hui la prison dont il est aumônier Claude, qui s’occupe de ses migrants…)

Les diacres sont une réalité bien vaste dont je ne suis qu’un pâle exemple. Mais je dirais surtout que la diaconie est bien plus large que les diacres.

Nous avons la robe blanche, l’étole de travers, mais notre amour est il cet agape dont parle Paul ds la 2eme lecture ?

Souvent je vois dans un frère ou une sœur plus d’amour que je ne suis capable de donner. 

Ce que notre pape appelle les saints ordinaires, ceux qui soignent leurs parents vieillissants, les infirmières, les aides soignantes sont plus « serviteurs » que nous qui en avons l’étiquette.


Qu’est-ce que cet amour qu’évoque Paul aux Corinthiens dans le texte de ce dimanche.

Le mot agapè qu’utilise Paul pour nous parler d’amour évoque pour moi le dialogue entre Pierre et Jésus sur le bord du lac en Jean 21. Il nous faut comprendre que même si nous rêvons d’aimer comme le dit Paul, cet amour n’est pas accessible à l’homme. Il nous parle de Dieu. 

« M’aimes tu d’agapè » demande 2 fois Jésus à Pierre…

Pierre a bien conscience qu’il n’y arrive pas… pas comme Jésus…

Paul en est conscient et il faudrait relire sa colère du chapitre 1 Cor 11 pour comprendre la dimension qu’il donne au chapitre 13.

Aimer d’agapè est peut-être, comme le suggère notre pape le rêve de Dieu. Qui peut dire en effet qu’il est amour qui prend patience ; l’amour qui rend service ; l’amour qui ne jalouse pas ; Qui  ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ?


Ce que dit Paul sur l’amour, ce qu’accomplit Jésus est plus grand que ce dont nous sommes l’image, ce que nous témoignons de l’amour ne vient pas de nous, l’amour est cette force qui vient de Dieu seul, théologal, don, force intérieure qui vient de Dieu et nous fait grandir. C’est cette force au delà de nos efforts que nous venons demander à Dieu….


Redisons le, les vrais saints, suggère François ne sont pas ceux qui portent des robes blanches, mais ces saints ordinaires qui vibrent du feu intérieur que Dieu a attisé en eux… de cette charité qui n’est pas cymbale retentissante mais humilité et miséricorde.

Comme saint Guilduin, cherchons d’abord la charité et nous serons signes que Dieu est amour, que le rêve de Dieu est possible.


Venons en a ce que nous dit l’Evangile. 

Quel est le passage d’Isaie qui fait dire à Jésus cette phrase : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »

Le texte d’aujourd’hui ne nous le dit pas.

Il nous faut donc faire un travail intérieur pour nous rappeler ce que nous avons entendu dimanche dernier.


Entrons  dans cette contemplation du mot accomplissement.., 

Il nous invite à percevoir, au delà du contexte du chapitre 4 de Luc, ce lent travail de Dieu dans la révélation qui aboutit en Christ.

La vocation de prophète que décrit Jérémie dans la première lecture est celle de celui qui dérange, nous vient d’Ailleurs, de cet indicible de Dieu qui vient soudain nous retourner et nous conduit à l’amour.

 C’est tout l’amour de Dieu qui se dévoile dans cette troisième épiphanie…


Que pensais Jésus en dévoilant ici l’indicible ? 

D’une certaine manière c’est la première fois qu’il murmure le premier « Je suis… » qui le conduira à la mort.. 

« c’est moi le Messie, l’oint de Dieu… 

Alors que son rêve, le rêve de Dieu est de nous dévoiler l’amour, s’ouvre dans cet aujourd’hui que nous fait revivre Luc 4 un chemin de déni et de souffrance, qui sera celui du Christ, mais aussi, simultanément, la petite espérance que traduit cet aujourd’hui qu’évoque le Christ. Tout n’est pas vain, l’amour vaut la peine d’être vécu jusqu’au bout…


Je parle de troisième d’épiphanie après le baptême car ce qui suit va révéler les premiers signes de l’amour de Dieu à partir de cette lecture du Christ à la synagogue est le chemin d’une extraordinaire Révélation dont le point ultime est la Croix.

C’est cela notre chemin, jusqu’à concevoir que nos pas sont bien titubants, comme le fait Pierre en Jean 21 devant cet agapè inimitable d’un Christ qui va jusqu’au bout, jusqu’à cette déréliction qui rejoint tous les souffrants et trace soudain chez nous un chemin d’espérance….

07 février 2022

Cana ou l’impossible danse ? 2-30

Arrivera-t-on à construire une véritable kononia (1), cette communauté visée par Paul, décrite par Luc et rêvée par Jean ou Ignace d’Antioche. Est-ce un rêve téléologique ? Ce que nous disent les 2 premières lectures d’aujourd’hui (Isaïe 62 ou 1 Co 12)à  la lumière de 1Co 10 et 11 donne à penser. Cela demande peut-être un effacement de nos volontés de puissance, de valoir, pour privilégier cette quête de l’unité qui n’est pas fusion ou uniformité de pensée, mais écoute, respect, attention, agenouillement peut-être devant les germes du Verbe et de l’Esprit (2) présents et brûlant comme des flammes fragiles en tout homme. Peut-être est-ce là la véritable théologie pratique et pastorale que certains s’efforcent à définir(3). En lisant ce matin Ignace d’Antioche, je me suis pris à rêver en l’écoutant parler : « dans la concorde de vos sentiments et l'harmonie de votre charité, vous chantez Jésus Christ. Chacun de vous, devenez un chœur de chant, afin que, dans l'harmonie de votre concorde, adoptant la mélodie de Dieu dans l'unité, vous chantiez pour le Père, d'une seule voix, par Jésus Christ. Alors le Père vous écoutera et reconnaîtra en vous, grâce à vos bonnes actions, les membres de son Fils. Il est donc utile pour vous que vous soyez dans une irréprochable unité, pour être toujours participants de Dieu. » (4) Est-ce accessible ? Est-ce que François appelle le polyèdre(5). Cette semaine il recevait une délégation des mouvements d’action catholique en France. Il est touchant d’entendre leurs témoignages (6).


Il y a là aussi une invitation à la danse, à cette vision symphonie du mot basar (chair en hébreu) que je commentais hier soir à un jeune couple en chemin vers le mariage(7). Non pas fusion mais symphonie féconde de nos différences où chacun apporte sa pierre à la (re)construction d’une Église vivante, de cet impossible Corps du Christ auquel nous souhaitons communier en s’avançant chaque dimanche et prononçant le « je ne suis pas digne » qui fond nos aspérités pour faire de nous des porteurs de Dieu fragiles… temples de Dieu ? 


Comme je le glissais à propos de Cana en 2.28, nous avons tous à remplir nos jarres pour faire de notre Église un chemin vers la danse à laquelle le Christ nous a précédés. C’est probablement ce troisième jour/temps que Jean cherche à dévoiler en racontant la participation du Christ à Cana. Quand l’heure viendra mon Corps pour faire de l’Église un corps… aujourd’hui ou pour le Royaume ?


(1) cf. 1 Cor 10 et 11 et mes balises http://chemin.blogspot.com/search/label/Koinonia 

(2) Hans Urs von Balthasar,  Théologique III, L’•Esprit de Vérité, p.15 voir aussi une discussion sur thème in https://www.facebook.com/groups/reflexiongh/permalink/4921219631285815/ ainsi que mes balises « semence » dont http://chemin.blogspot.com/search/label/Semence

(3) voir notamment mon essai « Pastorale du Seuil » http://chemin.blogspot.com/2014/09/50-ans-decriture.html

(4) Ignace d’Antioche, lettre aux Éphésiens

(5) voir aussi mes balises : http://chemin.blogspot.com/search/label/Poly%C3%A8dre

(6) https://youtu.be/MtE0vVL2c-U

(7) cf. mes développements dans Aimer pour la vie - voir le lien en note 3.


PS : je continue sur la lancée de mon livre « Danse avec ton Dieu » en ajoutant peut-être ce point d’interrogation qui aurait pu/du figurer à la fin du titre… 😉

PS2 : voir dans mes commentaires ceux apportés par J. Fournier et MN Thabut dans le même sens.

06 février 2022

Doctrine ou conversion 2.29

Transforme nos cœurs givrés en sources jaillissantes…

Le chemin de l’homme vers Dieu n’est pas le résultat d’une doctrine mais de l’ordre du dépouillement nous dit en substance Bonaventure : « il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle. Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets, que personne ne connaît sauf celui qui le reçoit, que nul ne reçoit sauf celui qui le désire, et que nul ne désire, sinon celui qui au plus profond est enflammé par l'Esprit Saint que le Christ a envoyé sur la terre. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit que cette mystérieuse sagesse est révélée par l'Esprit Saint.

Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture, interroge l'Époux et non le professeur, Dieu et non l'homme, l'obscurité et non la clarté ; non point ce qui luit mais le feu qui embrase tout l'être et le transporte en Dieu avec une onction sublime et un élan plein d'ardeur. Ce feu est en réalité Dieu lui-même dont la fournaise est à Jérusalem. C'est le Christ qui l'a allumé dans la ferveur brûlante de sa Passion. Et seul peut le percevoir celui qui dit avec Job : Mon âme a choisi le gibet, et mes os, la mort. Celui qui aime cette mort de la croix peut voir Dieu ; car elle ne laisse aucun doute, cette parole de vérité : l'homme ne peut me voir et vivre.

Mourons donc, entrons dans l'obscurité, imposons silence à nos soucis, à nos convoitises et à notre imagination. Passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père. Et quand le Père se sera manifesté, disons avec Philippe : Cela nous suffit. Écoutons avec Paul : Ma grâce te suffit. Exultons en disant avec David : Ma chair et mon cœur peuvent défaillir : le roc de mon cœur et mon héritage, c'est Dieu pour toujours. Béni soit le Seigneur pour l'éternité, et que tout le peuple réponde : Amen, amen. »

Metanoia, fission intérieure…

L’enjeu n’est pas l’endoctrinement, la récitation servile, mais bien de laisser le Verbe nous traverser jusqu’à la jointure de l’âme.


(1) Saint Bonaventure, itinéraire de l’âme vers Dieu, source office des lectures - fête du 15/7

04 février 2022

La danse du Verbe 2.28 [v2]

Il faut souvent reculer d’un pas pour comprendre les enchaînements et les effacements silencieux de l’Ecriture qui réveillent en nous des correspondances subtiles entre les événements de la vie du Christ et leurs interprétations par les évangélistes. 

Comment l’insaisissable (1) se laisse-t-il trouver ?

Nous contemplions dimanche dernier chez l’un des synoptiques, l’agenouillement du Verbe de Dieu dans l’eau du Jourdain et cette invitation à la danse humble et particulière de celui qui vient rejoindre et « épouser » notre humanité. Voici qu’il nous faut maintenant contempler les eaux usées de notre baptême et remplir à nouveaux de lourdes jarres de pierre (Jn 2) pour entrer dans l’espérance que le Verbe transforme cela en vin nouveau ou dans cette eau vive et légère que Jésus évoquera à la Samaritaine (Jn 4) à l’ombre d’un puis mythique où les patriarches rencontraient leurs épouses.

Danse subtile du Verbe qui cherche à nous rejoindre dans ce qu’il y a de plus intime et de plus fragile en nous.

Invitation toute intérieure, dans le silence de nos nuits, à poursuivre vers l’essentiel, à faire de notre agir une danse amoureuse…

Chemin d’humilité, cet inaccessible que nous tentons d’atteindre, et que Dieu seul peut transformer (transsubstantier ?).


J’ai clôturé temporairement mon livre « Danse avec ton Dieu », (2) mais comme souvent, j’en sens déjà ses limites, car l’écriture comme la tradition ne peut être statique et figée. Elle n’est, comme le dit, Paul que balayure par rapport à notre course infinie pour tâcher de la saisir et d’être saisi par lui…(Ph 3)


(1) merci à Geneviève de nous avoir rediriger vers cet entretien sublime de Maurice Bellet qui en parle si bien https://youtu.be/imRjTSNT4iY


(2) voir la version gratuite sur Kobo ou Fnac.com ou la version papier à prix coûtant ici : https://www.amazon.fr/dp/B09PQ9FJRR

10 janvier 2022

56 ans de lecture et d'écriture ? 122 livres ?

Vous trouverez ici petit récapitulatif mis à jour de mes publications sous ma signature*
(Le numéro correspondant plus ou moins à l'ordre approximatif de publication, chez Lulu.com / Createspaces / Kindle / Amazon ou Kobo, voire Googleplay et Itunes).
Sachant que je bascule progressivement toutes mes « lectures pastorales » et la plupart de mes romans en téléchargement gratuit sur kobo (cf.lien) et  sur Fnac.com.

A - Conjugalités

2. Bonheur dans le couple, tome 1, 2004
3. Bonheur dans le couple, tome 2, 2005
30. Couple en crise, des pistes pour rebondir (2ème édition, avec le 29 en bonus)
52. A deux vers le mariage, un résumé du 2 et du 3
53. Marions-nous, Editions de l'Atelier
54. Sposiamoci! Editions Paoline (traduction italienne du n°53)
55. Nos Casamos... Editions CCS (traduction espagnole du n°53)
61. Chemins vers le mariage (collectif, Bayard, dir. S. Kerrien)
90. Aimer pour la vie, Essai de spiritualité conjugale, réédition de Bonheur dans le couple, tome 2, 2015


B - Recherches théologique et pastorale
1. Le troisième arbre, 1996
4. Pastorale du seuil, 2006
5. Retire tes sandales, une lecture de la trilogie de Balthasar, 2007
7. La voix d'un fin silence, études sur les théophanies, 2009
9. Chemins d'humanité, chemins vers Dieu (Recueil des n°2, 3, 4)
10. J'ai soif, tome 1, 2009
11. J'ai soif, tome 2
12. Chemins de prière
14. Les mains vides
15. Chemins de liberté
18. Dieu de faiblesse
19. L'amphore et le fleuve (Recueil contient les n° 5, 10 à 15, 18)
21. La danse trinitaire
22. Symphonie trinitaire, complément du 21
23. Le dernier pont, une première lecture de l'évangile de Jean
24. Cette église que je cherche à aimer
25. A genoux devant l'homme, reprise des 21 à 23
62. Chemins de miséricorde, une lecture de Luc - epub gratuit...
63. Chemins d'Église..., une lecture pastorale des Actes, septembre 2014 - epub gratuit...
64. Way of humanity, ways toward God (traduction du n°4)
48. Mort pour nous
49. La course infinie, sur Grégoire de Nysse
50. Quelle espérance pour l'homme souffrant ?, mon mémoire de licence...
51. Réflexions sur l'engagement, reprise d'une conférence à Nice
87. Évangile de Marc, version Crampon commentée, 2000-2014
88. Serviteur de l'homme, une lecture commentée des lettres de Paul - epub gratuit, 2014
91. Chemins croisés, une lecture commentée de Matthieu (lecture synoptique et transversale), 2015
92. Chemins d'Évangile, une lecture commentée des quatre évangiles (ce livre rassemble les n° 25, 62, 87 et 91), 2015
93. Où es-tu mon Dieu, Souffrance et création, un complément des travaux publiés au n° 8 et 50
96. Le chemin du désert, un itinéraire spirituel (version Kindle à prix très réduit)
97. Sur les pas de marc, une lecture commentée de l'évangile de Marc (version Kindle, petit prix)
98. La dynamique sacramentelle, une réflexion intra-synodale sur le mariage. (Version Kindle)
99. Sur les pas de Jean, une nouvelle lecture commentée de l'évangile de Jean (cf. n° 25)
108. Nouveau testament commenté, tome 3 (Les lettres attribuées à Paul
109. Humilité et miséricorde - Tome 1 : L'humilité de Dieu (qui reprend "Sur les pas de Jean")
110. Humilité et Miséricorde - Tome 2 : Décentrement et communion
111. Humilité et Miséricorde - Tome 3 : Miséricorde, un chemin en Eglise
112. Lire l'Ancien Testament, tome 1 - une lecture pastorale des livres d'Osée et de la Genèse (Os, Gn)
113. La dynamique sacramentelle - nouvelle édition (98 - largement revue et corrigée)
114. Nouvelle édition de "Le chemin du désert"
115. Dieu n'est pas violent,  lire l'Ancien Testament, tome 2 (à partir des travaux publiés en 10,11 et 19)
119.  Pédagogie divine - Chemin de lecture  pastorale (Osée, Genèse, Exode, Théophanies, Év. Marc)
120. Le Rideau déchiré 
121. Dieu dépouillé 
122. Danse avec ton Dieu (cf. plus bas)

C - Romans et nouvelles
6. Le cheval d'écume, première nouvelle, 2008
8. Les enfants de l'Avre, roman historique, 2009
13. Les amants de l'Avre, nouvelle
16. La perle, nouvelle
17. Simon le Vieux, complément précédant le n°8
20. Le collier de Blanche (Recueil contient les n°2, 3, 4, 60)
26. Le vieil homme et la perle, tome 1, une pastorale des divorcés remariés
27. Le vieil homme et la perle, tome 2
28. Le désir brisé, le vieil homme et la perle, tome 4
29. Au coeur du silence, nouvelle.
31. La barque de Solwenn, tome 1 - Variation romanesque du n°50
32. Maria la Rousse, tome 2
33. La souffrance d'Elena, tome 3
34. La Marie-Jeanne, tome 4
35. Magda la douce, tome 5
36. Renaissance, tome 5
37. Le chant du large (Recueil des n°31 à 36)
45. La Mulotière
56. Les deux fils
57. Au coeur de la vallée (Recueil : n°13 et 56)
60. Les enfants de Lanville
65. Papillons de feu, recueil des n°20, 45 et 57...
89. La dernière valse, nouvelle, epub gratuit sous Kobo/Fnac
94. Le pont des planches, nouvelle
95. Les tisseuses de l'Avre, nouvelle
101. La caresse de l'ange, roman
103. La danse des anges, roman et bonus (101 + 93)
104. D'une perle à l'autre, roman fleuve en 2 tomes (dont 94, 6, 26, 16) puis  (28, 101, 103)
107. Histoires en vallée d'Avre (recueil dont 8, 17, 20, 95)
117. Le mendiant et la brise - Dialogue avec Yasmina, essai de dialogue interreligieux (Variation sur la perle - n.16)
Intégré dans le n. 104

D - Contes pour enfants
38. Léo l'écureuil, premier conte pour enfant
39. Jeannot du Bec, 2ème conte "pastoral"
40. Samuel, le lièvre dans la vallée, septembre 2014
116. Silo le berger, un conte de Palestine, décembre 2017

E - Thrillers à contenu progressivement théologique
41. La danse de l'espionne
42. La danse tragique (suite du 41)
43. Le choix de Léa (suite du 42)
44. La danse fragile (41 et 42)
58. Fragilités, suite du n°43
59. Léa (Recueil : n° 43 et 58) - Variation romanesque du n°53
Sous un autre nom de plume : 66 à 86, 100, 102, 105, 106, 118..*

* Il est de notoriété publique que j'ai une bonne vingtaine "d'enfants" illégitimes, parus sous nom d'emprunt car trop différents de la série présentée ici :-)


Si vous n'avez pas toute la collection, n'hésitez pas à demander des e-pubs...
cf. aussi www.avre-passion.fr et notamment www.avre-passion.fr/romans

Précisions sur la mise à jour de mai 2017 :
La trilogie des "Lectures pastorales" est devenu une longue saga qui compte maintenant :
1- A genoux devant l'homme, (Jean) 2012 - troisième édition en 2020.
2- Chemins de miséricorde, (Luc) 2013
3 - Chemins d'Eglise (actes des apôtres)

4 - Serviteur de l'homme, kénose et diaconie (lettres de Paul) 2014
5 - Sur les pas de Marc, 2015
6 - Sur les pas de Jean, 2015
7 - Chemins croisés (Matthieu), 2015
8 - Chemins d’Évangile (Les 4), 2015
9 - Le chemin du désert (de Gn et Ex à Mat 4 et Jn 21)
10 - Nouveau testament commenté, tome 3 (autres lettres)
Elle intègre dans la même collection la trilogie "Humilité et miséricorde", 2016
11. L'humilité de Dieu, tome 1
12. Décentrement et communion, tome 2
13. Miséricorde, un chemin en Église, tome 3
14 - Lire l'Ancien Testament, tome 1 - une lecture pastorale des livres d'Osée et de la Genèse, 2016
15 - Dieu n'est pas violent,  lire l'Ancien Testament, tome 2 (à partir des travaux publiés en 10,11 et 19)
16 - Chemins de prière, nouvelle édition - lire l'Ancien Testament, tome 3 (les psaumes)
17 - Pédagogie divine - Chemin de lecture  pastorale (une version synthétique des tomes 14, 15 et une relecture du n°5).
18. Le rideau déchiré - nouvelle édition revue de Sur les pas de Marc (extrait du tome 17)
19. Dieu dépouillé sur kobo (cf.lien) qui reprend en un volume gratuit, les numéros 14, 15, 17, 18, 2 et 5
20. Danse avec ton Dieu qui reprend la plupart des billets publiés ici de mai 2020 à décembre 2021




En lisant les tomes 17, 8, 3, 4, 10, 11, 12, 13, 9, 15, 16 vous avez aussi plus ou moins l’intégrale.
Mais l’orde est volontairement non imposé...
Vous pouvez aussi commencer par le 5, le 9, le 14 ou le 18 et voir ensuite...
Chacun de ces tomes est disponible gratuitement sur kobo (cf.lien) et  sur Fnac.com  ou à petit prix sur Kindle. Les versions brochées sont vendues à prix coutant ou presque (actuellement surtout disponibles pour une raison qui échappe à l’auteur sur le site anglais et non français d’Amazon).









09 janvier 2022

La danse de l’eau - 2.27

En Jn 3 on voit Jésus baptiser à côté de Jean.
Pourquoi cette concomitance si ce n’est qu’il y a un déplacement à faire ? Il y a un rapport insaisissable entre l’eau et le Corps à contempler. Depuis le jour où le Verbe a séparé les eaux, jusqu’au jour où elle a jailli du rocher le mystère est resté bien opaque à l’homme. 
On peut suivre le chemin de l’eau chez Jean d’un chapitre à l’autre. La voir transformée en vin, sentir la soif du Fils de l’homme qui, pourtant, promet l’eau vive à la femme étrangère, la contempler bouillonnante près de Siloē avant de se laisser laver les pieds, à côté de disciples inquiets. 
Ce n’est qu’au bout du chemin, après un « j’ai soif » qui révèle tout l’amour de Dieu pour l’homme, que, soudain, dans une nuit mystérieuse, jaillira les premiers filets d’un fleuve immense qui va ruisseler sur l’humanité. C’est quand elle jaillit d’un cœur transpercé, que cette eau révèle son cours mystérieux et la danse sublime d’un Dieu qui vient rejoindre notre humanité en s’y trempant totalement, en jouant avec l’onde, comme avec la mort, en commandant son apaisement ou la foulant de son pied nu.
Il aurait pu marcher dessus, mais a plongé pour nous, avec nous, dans l’humilité particulière (kénose) où l’homme-Dieu « trempe tout son pain/Corps » avec/pour nous. 
Le baptême de Jésus, nous disent les synoptiques, est la première théophanie. Elle en reprend les codes de l’Ancien Testament, mais ouvre déjà une porte vers l’essentiel.
Il vient se plonger jusqu’au bout et tout entier, dans l’eau de nos vies, jusqu’à en perdre souffle, jusqu’à en mourir pour nous…
Est-ce pour cela qu’a jailli le cri de Dieu : Oui, vraiment « tu ES mon Fils bien aimé, en toi je trouve ma joie » ?
C’est dans cette danse inquiète que Dieu nous invite, c’est là que se dévoile le mystère sacré du baptême. C’est à cela que Dieu veut participer et nous inviter...
Inter ou circumincession ?
Déplacement ?
Nos jarres sont à remplir d’une eau tarie et transformée pour que dans sa danse discrète Dieu se dévoile un vin nouveau, après la plongée finale sur le bois…
L’onde est chemin… 



L’eau est danse.

06 janvier 2022

Un petit pas de danse 2.26

Καὶ εὐθὺς -> Aussitôt, v’la t’y pas… Marc 6,45

Juste après avoir été nourris, v’la t’y pas qu’il nous faut grimper dans la barque…

Cette liaison de Marc est à contempler à l’horizon de nos vies… de ses tempêtes et de ses grâces, de ses douleurs et de la foi…

N’ayez pas peur…

Je suis avec vous…

Dans nos vies marquées par la crainte, par la tempête et la mort, la liturgie d’hier (multiplication des pains) et d’aujourd’hui, lecture cursive de Marc 6 nous emmène sur cette barque fragile, symbole puissant et bien secoué de notre Église.



N’ayez crainte, je suis avec vous…

Il est là, le Dieu d’amour, celui qui nous cherche depuis l’où es tu de Gn 3 et à qui nous posons pourtant sans cesse la même question… où es-tu ? Mon Dieu…

« Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »

Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba…

Tu étais là et je ne le savais pas..

04 janvier 2022

Épiphanie et danse tragique ? 2-25

Quel est notre roi ? Quel chemin vers le royaume… ?

Il faut peut-être mettre en perspective ce que révèle la lecture de l’office des lectures d’aujourd’hui pour saisir la tension même de l’Évangile d’aujourd’hui et percevoir que le seul récit des mages nous conduit bien plus loin. L’office des lectures reprend toutes les attentes royales des psaumes 71 et 95 et d’Isaīe 60, qui mettent en contexte l’attente d’Israēl, cristallisée par ce récit des mages de Matthieu. Pour un juif baignant dans les Écritures il n’est pas difficile de sentir qu’elle était la pression derrière cette quête royale. 

Prenons le temps d’en relire certains versets avant de comprendre le chemin à parcourir :

« Des peuplades s’inclineront devant lui,

ses ennemis lècheront la poussière. Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.

Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront. » Ps 71, 9 à 11


« Rendez au Seigneur, familles des peuples

rendez au Seigneur la gloire et la puissance » Ps 95,7


« rendez au Seigneur la gloire de son nom. 

« Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. » (Is 60,8)


Matthieu nous y prépare par son Evangile de l’enfance et son récit des mages. Il glisse par l’évocation de la myrrhe une direction particulière, mais c’est son Evangile entier qu’il faut contempler car l’attente messianique a besoin d’être convertie.  Cela ne constitue qu’une infime partie du fil rouge de l’évangéliste qui de l’épiphanie au manteau rouge et à la couronne d’épine, va venir convertir cette attente en autre chose et quel chemin !


Quelle déception en effet pour les juifs ordinaires, et notamment Judas, de voir le roi qu’il attend, trainé dans la poussière et la dérision jusqu’à cet épisode sordide du couronnement d’épines : 

« Ils emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire (...)  lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier. » Matthieu 27, 28-31


La danse où nous conduit Matthieu n’est pas un chemin de gloire humaine mais bien le chemin de dépouillement. Et c’est peut-être Jean 21 qui, des évangélistes, en aura le dernier mot, signe pour Pierre et d’une certaine manière, pour toute notre Église : 

« Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » 


Notre Dieu est nu et là est sa gloire… son royaume est autre…


Aujourd’hui nous contemplons son épiphanie, mais, à la suite des mages, ce que nous venons contempler n’est pas une toute puissance, mais bien le dépouillement de nos idées de puissance et de gloire. Il est chemin par sa faiblesse et son humilité.

29 décembre 2021

Pro-position comme danse - 2.24

Il y a un petit mot courant en grec (« pros ») qu’on a parfois du mal à bien traduire tant il évoque un mouvement vers l’autre. J’écrivais quelque chose à ce sujet il y a quelques jours dans ma méditation sur le prologue de Jean que la liturgie nous donne à manduquer à Noël. Par son « πρὸς τὸν Θεόν » Jean nous parle d’amour, de don, d’un Verbe tourné vers le Père, tendu vers Dieu, trace, là encore ténue, de ce qu’on nommera Trinité. Mais Jean n’en est qu’au prologue et ce qu’il évoque est juste un chemin d’espérance qui se précisera à la fin de son Évangile dans ce dialogue final du Fils qui remet tout au Père.

Noël est le début du chemin. Nous savons que du bois de la mangeoire se dessine déjà le bois de la Croix. Il nous faut peut-être du temps pour comprendre que ce non-événement est le lieu où le Père se retire pour laisser grandir un fils d’homme qui deviendra Christ, l’oint de Dieu, qui révèlera, au bout du voyage qu’il est lumière pour le monde. Jean le suggère mais ne dit pas tout, car il nous faut faire tout le chemin de la mangeoire à la Croix, pour que le sens même de cette incarnation devienne lumineux. »

Cette traduction poétique partait du petit « pros » que glisse Jean dans le grec de son prologue. Dynamique particulière que perçoit Jean entre les personnes divines tournées l’une vers l’autre.

Ce qui est intéressant est peut-être d’aller plus loin au delà d’un Dieu immanent ou immobile, vers ce Dieu qui nous invite à cette danse, dans une pro-position(1). 

Ce qui se joue, notamment dans les sacrements et en particulier dans l’eucharistie, est plus que la mémoire douloureuse qu’évoque JB Metz dans sa théologie, c’est un donateur qui s’efface, dans cette hostie fragile et que nous recevons ou pas dans sa pleine dimension de don.

Je te propose la vie…

Ce « pros » est celui du Dieu nu et à genoux devant Judas lui proposant une dernière bouchée (Jn 13), mais bien plus encore, sans espoir (?) que l’autre se laisse toucher par cette humble posture.


Dieu se propose à nous…

François Cassingena-Trévedy le dit très bien : « Jésus se fait pour nous, en cet instant crucial de son convivre (convivium [incarnation ?] avec nous, le poète de sa propre existence »(...) Jésus ne prend rien que le Père ne lui ait donné (…) « pro-position », pour nous. Jésus se pose dès le principe, comme destiné à nous, et c’est ce qu’il ressaisis en un geste exhaustif, tandis qu’il prend du pain (Mr 26,26) »(2)


Dans l’axe de la mangeoire à la croix le don du pain n’est autre que cette invitation fragile à entrer dans la danse, à se laisser habiter par le don… 

Proposition répétée souvent qui rime avec « l’où es-tu ? » de Gn 3, cette quête éternelle, cet agenouillement particulier de Dieu vers l’homme…


Prenez et mangez…

Peut-on consommer l’insaisissable sans se laisser habiter par une voix contagieuse (3) par l’immensité du don qui se révèle dans un petit enfant. 

Le cri du vieux Siméon se fait nôtre quand on perçoit l’ampleur de ce dévoilement.



« Maintenant, ô Maître souverain,

tu peux laisser ton serviteur s’en aller

en paix, selon ta parole.

Car mes yeux ont vu le salut

que tu préparais à la face des peuples :

lumière qui se révèle aux nations

et donne gloire à ton peuple Israël. » Luc 2


Il a enfin, un autre stade, qui n’est pas un jeu de mots mais une conversion, celle de changer de position, comme une boussole qui cherche le Nord et se tourne vers l’autre (pros) au lieu de s’enfermer sur soi. Alors nous formons un Corps, nous dansons ensemble dans la musique de Dieu avant d’atteindre celle des anges…


(1) François Cassingena-Trévedy, Étincelles III p. 165

(2) ibid.

(3) cf. son livre éponyme

25 décembre 2021

Double agenouillement et ouverture - 2.23

Avant d’arriver au cœur du mystère de l’incarnation, peut-être fallait-il descendre jusqu’au point où l’on écoute, dans le silence, le bruit du monde, sa plainte, son désarroi, ses impasses et ses chemins stériles, ses fausses joies, son désespoir et plus fondamentalement la violence qui demeure. 

Ce chemin je viens de tenter de le parcourir. Ce n’est en effet qu’en descendant très bas, aussi bas que possible, dans le silence de la nuit, quand le cri de l’enfant martyrisé, abusé, violenté, ou plus sournoisement nié et tué que l’on peut comprendre l’agenouillement de Dieu devant la femme qui va porter en son sein un Sauveur.

Au delà de toutes polémiques, il est demandé à l’homme de s’interroger pour savoir comment il est possible que le Père s’agenouille aussi bas…

C’est quand on perçoit le double agenouillement de Dieu et de la femme qui,  dans leur « me voici / fiat » mêlés, que peut apparaître une lueur, un fragile rayon de lumière et que l’espérance jaillit.

La lecture très spirituelle de Luc et de Matthieu n’est-elle pas finalement au dessus de toute rationalité historique et charnelle ? 

Ne devient elle pas chemin d’espérance ? 

La kénose du Père et la réponse mariale mérite d’arrêter tout discours et de contempler à la fois dans le silence, l’innommable, l’impossible, l’imposture et l’insaisissable…

Comment l’infini s’approche-y-il de l’humain, au plus loin de toutes « périphéries » pour rejoindre sans violence ce monde pris dans le tumulte d’une suffisance.

Le double agenouillement de la femme et de Dieu, l’intercession, la rencontre, la danse, au sein même de la circumincession des Personnes divines, laisse finalement une seule voie fragile, celle de notre propre agenouillement…


À l’épaisseur du mystère et du voile qui recouvrent l’incarnation et cette question souvent discutée de celle qui s’ouvre à ce mystère, que cherche à percer les deux « évangiles de l’enfance », répond pour moi, comme en écho, deux voies / voix tout aussi fragiles, celles qui :

1. aboutit au cri / sommet sorti de la gorge du centurion infidèle (Mc 15, 39) que Marc fait suivre au déchirement du voile (*) 

2. ou l’agenouillement sponsal d’un Christ (*) qui se dépouille de son vêtement pour laver les pieds de l’homme en Jn 13, dans ce X. Leon Dufour appelle un mime d’une extrême densité symbolique.

C’est au creux de ces quatre voies, dans la polyphonie des Écritures que prend chair, pour moi, la symphonie fragile des Évangiles…(1) et que peut se concevoir ce que l’Église cherche à contempler, y compris sur la virginité. 


En ce jour du martyre des saints innocents peut on dire plus, espérer plus que de tracer un chemin fragile qui va d’un souffrant à l’autre jusqu’à la contemplation de la déréliction, ce silence de Dieu qui accompagne la mort du crucifié et nous appelle à croire que Dieu est vainqueur de la mort par ce mystère fragile qui va de l’incarnation à la résurrection ? Et qui, ce faisant, « a besoin de nos mains », comme le disait Etty Hillesum au camp de Westerbroch (2)


(*) cf. mes essais « Le voile déchiré » et « À genoux devant l’homme »

(1) un beau thème développé par Hans Urs von Balthasar dans la fin de sa trilogie 

(2) cf. Une vie bouleversée

22 décembre 2021

La trilogie - lectures pastorales

Écrire ou se taire ?
Contempler ou faire silence...
La kénose ou l’humilité de Dieu est au cœur de ce travail intérieur.
Ici se présente à vous ma trilogie :


Une suite presque complète de mes lectures pastorales rassemblée en trois gros volumes à découvrir gratuitement sur Kobo et le site de la Fnac... (ou en 5 tomes « papier » à prix coutant sur Amazon (1)
Environ 2000 pages de lectures commentées de la Parole de Dieu, lent travail interactif entre la lettre et l’agir, éternelle interpellation d’un glaive tranchant qui interpelle et fait grandir.
Ces pages constituent en quelques sortes le fondement de ma vocation.
Le tome central (A genoux devant l’homme) est intégré dans le premier volume, mais se distingue tellement qu’il peut être aussi une porte d’entrée...
Une série plus vaste de mes travaux de recherche est détaillée partiellement dans le billet précédent.
Quel est l’enjeu de cette écriture toujours évolutive ? 
Peut-être est-ce de retracer mon propre chemin intérieur. Si j’ai résisté 25 ans à l’appel au diaconat, honte à moi ? (*)  Il fallait probablement que je me transforme de l’intérieur et ce chemin n’est pas terminé. Me voici diacre depuis deux ans. Qu’est-ce que cela fait de plus ? La question mérite d’être posée. Comme le dit Paul en Ph. 3 le passé est balayure. L’important c’est de « se laisser saisir par le Christ ». Mon ordination ne fait pas de moi un surhomme, mais continue de m’interpeller. Pourquoi ? En vue de quoi ?  Je travaille sur la réponse... je reviendrai vers vous sur ce point. Ce qui est certain, c’est que le grand danger est d’entrer dans le système de ce que j’appelle la « tentation cléricale » au lieu de percevoir et de stimuler le mouvement complet de l’Église vers sa dimension diaconale. 
Pour moi, c’est toute l’Église qui doit basculer d’une tentation ritualisante vers une dynamique diaconale (2), pour retrouver comme le suggère Jean, à la différence des synoptiques que l’important n’est pas le faire mémoire d’un repas partagé mais l’agenouillement devant l’homme qu’est la kénose. 
Passer d’un « entre soi » à un « pour autrui... » c’est en tout cas la thèse que je commence à développer ici. Saint Augustin le dit très bien entre les lignes dans sa méditation sur les pasteurs (cf. L’office des lectures du mardi 22/9 que je viens de méditer par hasard). Aux ossements desséchés doit faire place des pasteurs qui ne cherchent pas leur intérêt mais la vigne, celle du Seigneur. Cette transformation est totale...
Écoutons Augustin : « Par toutes les montagnes et toutes les collines, mes brebis sont dispersées sur toute la surface de la terre. Que signifie : sont dispersées sur toute la surface de la terre ? Cela désigne ceux qui s’attachent à tous les biens terrestres, à ce qui brille sur la surface de la terre ; voilà ce qu’ils aiment, ce qu’ils chérissent. Ils ne veulent pas mourir pour que leur vie soit cachée dans le Christ. Sur toute la surface de la terre, parce que les brebis égarées par l’amour des biens terrestres sont sur toute la surface de la terre. ~ Elles sont en divers lieux, mais elles ont toutes été enfantées par une seule mère, la fierté orgueilleuse, de même que notre seule mère, l’Église catholique, a enfanté tous les fidèles chrétiens répandus dans le monde entier.
Il n’est donc pas étonnant que l’orgueil enfante le désaccord, tandis que la charité enfante l’unité. Cependant la Mère catholique elle-même, avec le pasteur qui est en elle, cherche partout les égarés, fortifie les faibles, soigne les malades, bande les membres fracturés ; elle s’occupe de ceux-ci aussi bien que de ceux-là ; ils ne se connaissent pas entre eux, mais elle-même les connaît tous, car elle est répandue partout. ~
Elle est comme une vigne qui, en se développant, se répand partout ; eux sont comme des sarments inutiles, coupés par la serpe du vigneron à cause de leur stérilité, pour que la vigne soit élaguée, mais non pas ravagée. Ces sarments-là demeurent à l’endroit où ils ont été coupés. Tandis que la vigne se développe de tous côtés, et elle connaît ses sarments ; ceux qui sont restés sur elle et près d’elle, ceux qui ont été coupés.
C’est pourquoi elle rappelle les égarés, car l’Apôtre dit des rameaux brisés : Dieu a le pouvoir de les greffer de nouveau. Que tu parles des brebis égarées loin du troupeau, que tu parles des branches détachées de la vigne, Dieu peut bien ramener les brebis et greffer les branches, car il est le souverain berger, il est le vrai vigneron. Elles ont été dispersées sur toute la surface de la terre, personne ne s’en préoccupe, personne ne va les chercher, parmi les mauvais pasteurs, personne ne s’en préoccupe, mais il y a eu un homme pour cela.
C’est pourquoi, berger, écoutez la parole du Seigneur : Aussi vrai que je suis vivant, parole du Seigneur Dieu.Voyez comment cela commence. C’est comme un serment de Dieu, une attestation de sa vie. Aussi vrai que je suis vivant, parole du Seigneur. Les pasteurs sont morts, mais les brebis sont en sécurité, car le Seigneur est vivant. Aussi vrai que je suis vivant, parole du Seigneur Dieu. Quels sont les pasteurs qui sont morts ? Ceux qui cherchent leurs propres intérêts, non ceux de Jésus Christ.  Y en aura-t-il donc, en trouvera-t-on, des pasteurs qui ne cherchent pas leurs propres intérêts mais ceux de Jésus Christ ? Oui, il y en aura ; oui, on en trouvera, ils ne manquent pas et ils ne manqueront pas » (3)
(1) Les titres des 5 tomes papier équivalent à cette trilogie numérique et disponibles notamment sur Amazon sont les suivants : Pédagogie divine, chemins de miséricorde, chemins croisés, à genoux devant l’homme, Serviteur de l’homme.(2) cf. mon essai La dynamique sacramentelle  
(3) Saint Augustin, sermon sur les pasteurs, office des lectures de la 25eme semaine.
(*) mon épouse plus que moi encore 



Noël autrement, les limites du rite ? 2 - 22


Qu’allons nous célébrer à Noël ? 

Une fête païenne ou la Parole fragile, le silence ténu, le cri d’un enfant ? Prendre le temps de ruminer lentement Luc 2,1-18 (*), nous conduit « Ailleurs ». Noël est bien autre chose. C’est surtout, dans l’axe du cri de Marie [« il relève les humbles »] une semence d’espérance pour les pauvres, loin de nos excès et probablement de nos suffisances ? 


La liturgie a trop découpé le sens donné par Luc 2.

Il faut peut-être aller plus loin… 

Nos rites désuets ne remplaceront jamais ce que révèle la paille rêche d’une crèche. 

Dans le silence de la nuit se murmure à nouveau en effet le psaume dit de David : « tu n'as demandé ni holocauste ni sacrifice. Alors j'ai dit: Je viens / [Me voici ] avec le livre-rouleau écrit pour moi. (...) Moi, je suis pauvre et déshérité; mais le Seigneur pense à moi. Tu es mon secours et mon libérateur: mon Dieu, ne tarde pas! » Psaumes‬ ‭40:7-8, 18‬ ‭

Le dépouillement de Noël est d’une certaine manière le même que celui de Jésus lors du dernier repas.

Avant d’ouvrir des yeux faussement béa sur l’enfant né, n’oublions pas ce qu’il ouvre dans l’espace temps. N’oublions pas de tracer dans nos cœurs la ligne qui va du bois de la mangeoire à celui de la Croix jusqu’à un geyser, signe du fleuve immense des dons de Dieu.

Noël est le prélude discret de la Passion. 

Luc prépare Jean dans la même danse spirituelle.

Quand le fils de l’homme retire son vêtement en Jn 13, il redevient l’enfant pauvre, au milieu des pauvres. Noël n’est pas un simple rituel, mais d’une certaine manière le premier « signe efficace », un sacrement de l'amour de Dieu et de l'amour des hommes au sein d'une communauté vivante, car il nous révèle l’essentiel : ce qui prime est l'attention aux frères, aux plus petits et aux plus pauvres, aux migrants, aux nouveaux esclaves à qui Jésus s'identifie ici. 

Et cette direction est celle là même qui est évoquée par l’appel des bergers, de ces parias du judaisme de l’époque, rejetés car impurs, [au contact des animaux]. 


Que célébrons-nous ? Et avec qui ?

Noël n’est pas le confinement familial qu’il est devenu, mais le lieu même du don.

On se souvient de la remarque de Paul (cf. notamment 1 Co 11, 33) qui déjà notait l'absence de communion véritable dans la jeune église, où les derniers arrivés, les esclaves, n'avaient pas le même traitement que les premiers, les hôtes du repas. En inversant les rôles, Luc nous conduit aux mêmes conclusions que Jean par son évangile de l’enfance. Il est peu historique mais très spirituel.


Cette tension reste un point sur lequel nous ne devrions pas cesser d'attacher de l'importance. Il est au cœur de ce à quoi nous appelle le message de l'eucharistie : une double tension vers Dieu et vers autrui… 

Notre communion est stérile si elle se contente de satisfaire notre entre soi.

Comme Luc en introduction, Jean dans sa conclusion nous conduit au même décentrement, mais ajoute une dimension différente. Le rite de l'eucharistie est depassé par une dynamique sacramentelle (cf. mon livre éponyme) qui n'est pas centré sur un mime du dernier repas, mais sur l'agenouillement kénotique et la croix, exhortation finale de Jean. 

Entre les lignes, on peut lire une injonction qui prend aujourd'hui une dimension plus urgente et fait écho avec ce que nous dit entre les lignes le pape François : Ne fermons pas la porte. Ne soyons pas "une église fermée" dans laquelle " les gens qui passent devant ne peuvent entrer" et d'où " le Seigneur qui est à l'intérieur, ne peut sortir" ou pire avec des Chrétiens qui ferment à clé et "restent devant la porte‎" et "ne laissent entrer personne"[3] comme cette auberge de Béthleem chez Luc.

« Allez à la périphérie », sous entendu (mais je force volontairement le trait) ne restez pas dans vos églises à mimer le premier  Noel ou le dernier repas, mais agenouillez vous devant l'homme blessé (Jn 1), criez votre soif (Jn 4), agenouillez vous devant les souffrants (Jn 5), partagez et donnez (Jn 6), agenouillez vous devant les pècheurs (Jn 8 et Jn 13), ou courrez vers eux (Luc 15), comme vers les étrangers (Mat 11), pleurez avec les souffrants (Jn 11). Vivez dans l'agapè.


Je rejoins là d’une certaine manière la belle l'injonction de François Cassingena-Trévedy qui nous a longuement préparé au désert par la contemplation des terres froides de son pays avant de nous offrir ses roses de Noël… https://www.facebook.com/100006435460424/posts/3746631415561337/ Elles font écho aux danses fragiles de mes « tulipes » trinitaires développés dans les 75 billets précédents :-)


[1] Pape François, messe à Sainte Marthe du 17/10 (2013 ?), cité par Spadaro, p. 93 »

Voir aussi François Cassingena-Trévédy De la fabrique du sacré à la révolution eucharistique - Quelques propos sur le retour à la messe. Publication sur FB du 23/5/20

* Cf. nos essais fragiles dans la Maison d’Évangile - La Parole Partagée




[1] Pape François, messe à Sainte Marthe du 17/10 (2013 ?), cité par Spadaro, p. 93 »

Voir aussi François Cassingena-Trévédy De la fabrique du sacré à la révolution eucharistique - Quelques propos sur le retour à la messe. Publication sur FB du 23/5/20

21 décembre 2021

Chute et frémissement ? 2-21

Il y a peut-être une leçon à tirer de cette situation particulière qui voit l'effondrement de nos babylones anciennes. Au delà du style particulier du message de Jean, de ses exhortations datées, il nous faut peut-être transposer ce qui interpelle l’aujourd’hui dénoter Église, non pour dire que tout est accompli, mais parce qu’il reste un chemin. Écoutons d’abord le cri sous ce prisme : « Malheur ! Malheur ! la grande ville, Babylone, ville puissante : en une heure, ton jugement est arrivé ! (...) les marchands de la terre pleurent et prennent le deuil à cause d'elle, puisque personne n'achète plus leur cargaison : cargaison d'or, d'argent, (...) « Les fruits mûrs de tes convoitises sont partis loin de toi, tout ce qui était brillance et splendeur est perdu pour toi, et cela plus jamais ne se retrouvera. » (...) « Malheur ! Malheur ! La grande ville, vêtue de lin fin, (...) toute parée d'or, (...) , car, en une heure, tant de richesses furent dévastées ! » Ap 18, 10 sq




De quoi parle l'apôtre Jean si ce n'est peut-être de nos constructions humaines, notre monde financier, certes, mais peut-être aussi nos églises de pierre maintenant vidées de leur peuple. Face à ce désert et ce dépouillement, il nous faut revisiter ce qui est essentiel, ce qui compte vraiment, au delà des « cymbales retentissantes »(1Co 13).

Ce qui demeure est peut-être ce qui est dépouillé du faste. C'est ce qui est de l'ordre de l'amour. 

Le rideau s’est déchiré (1) et seule la croix nue et décharnée sur un ciel sombre luit de vérité. « je suis le chemin, la vérité et la vie ». (Jn 14).

La croix est loin de tout faste et de tout or, elle est cet amour désintéressé d'un donateur qui s'efface et meurt après avoir tout donné.

Christ est humilité et kénose...loin de nos splendeurs factices et peut-être même du faste ancien de nos liturgies.

Abandonnons l'or et contemplons le bois transpercé, la chair meurtrie de ceux qui donnent et se taisent, de nos soignants épuisés et vidés. 

Ils brlllent d'un amour plus essentiel que nos ors et nos paroles humaines, voire de certains de nos discours ou de nos prières machinales qui oublient ce qui est voilé et silencieux au fond de nous-mêmes : l'appel à l'humilité et à l'agenouillement.


« Le Christ Jésus, +

ayant la condition de Dieu, *

ne retint pas jalousement

le rang qui l'égalait à Dieu.

7 Mais il s'est anéanti, *

prenant la condition de serviteur.

Devenu semblable aux hommes, +

reconnu homme à son aspect, *

8 il s'est abaissé,

devenant obéissant jusqu'à la mort, *

et la mort de la croix.

9 C'est pourquoi Dieu l'a exalté : *

il l'a doté du Nom

qui est au-dessus de tout nom,

10 afin qu'au nom de Jésus

tout genou fléchisse *

au ciel, sur terre et aux enfers,

11  et que toute langue proclame :

« Jésus Christ est Seigneur » *

à la gloire de Dieu le Père.(Ph 2, 5-11)


Le suis le chemin...

Et quel chemin ?

Peut-être l’humilité de Dieu, la kénose du Père puis du Fils qui se répand ensuite silencieusement dans nos cœurs et loin de tout discours surfait.

Il est vérité et vie.

À quelle vie nous appelle le Christ sinon de tenter cette voie ardue, presqu’inacessible de l’amour donné et partagé ? 

Je suis...

Il est chemin, il est présent.

Présent dans le cri du frère, blessé, abandonné ou, comble de l’horreur, abusé. Il est dans l’appel ténu que nous ne savons pas entendre, dans cette main que nous refusons et ignorons sans cesse...


Déposer son vêtement pour le lavement des pieds c'est aussi, pour le Christ, commencer le dépouillement final. 

On pourrait faire une lecture spirituelle qui voit le dénuement du Christ suivi de son action de verser l'eau dans le bassin puis de s'agenouiller devant l'homme comme une symbolique de la soumission finale et du sang versé. 

C'est comme on le verra plus loin sous la plume de Xavier Léon-Dufour (2), comme un premier « mime symbolique » de la croix qui se déroule ici. 

Il y a alors dans cet axe de lecture une dimension que Pierre ne comprend pas encore, faute d'en avoir la clé ultime. Le lavement des pieds, c'est déjà la Passion, le don final, le sang versé, c'est le jusqu'au bout de l'amour... 

Le refus de Pierre prend alors une autre ampleur : au delà du refus de la kénose c'est le refus de la souffrance et de la mort qui est en jeu. 


La deuxième piste à méditer est peut-être celle du signe, du sacrement et de la distance qui peut se créer entre le rite et l'agir. 

Le rite du jeudi saint n'est rien s'il demeure un mime, un discours en geste au lieu d'être un amour en actes... 

On dit que le lavement des pieds n'est pas un sacrement parce que la vie et la mission de l'Église doit être un éternel lavement des pieds... cela reste à prouver dans l'aujourd'hui de nos vies, de nos agir... 

À méditer 


(1) cf. mon livre éponyme

(2) Xavier Léon-Dufour, Évangile selon saint Jean, tome 3, p. 26 & 60.


PS : je revisite ici des textes déjà parus il y a 18 mois, mais qui me semblent plus pertinents que jamais…

« Hâtez-vous lentement et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez… ». Ce cher Boileau avait du bon. Comme l’argile que traverse à nouveau la charrue, nos cœurs en cet hiver ont des espoirs à faire renaître, pour que grandisse en nous le germe de l’Esprit, si bien enterré dans nos cailloux profonds…