juin 20, 2018

L'amour est en toi -10 - Saint Augustin

Pour que la semence prenne chair,  il nous faut fermer la porte à toutes les mauvaises herbes.  C'est l'enjeu compliqué de toutes vie intérieure. En écho au livre de François Cassingena Trévédy longuement commenté ici on peut entendre les propos d'Augustin : 
«Jésus dit : « Quand tu pries, entre dans ta chambre ». Quelle est cette chambre sinon le cœur, comme l'indique le psaume où il est écrit : « Ce que vous dites dans votre cœur, regrettez-le dans votre chambre » (Ps 4,5 Vulg). Et, dit-il, « après avoir fermé la porte, prie ton Père dans le secret ». Il ne suffit pas d'entrer dans sa chambre, si la porte reste ouverte aux gens indiscrets : les futilités du dehors s'introduisent furtivement par cette porte et envahissent l'intérieur. Les faits passagers et tangibles pénètrent par la porte, dans nos pensées ; c'est-à-dire une foule de vains fantasmes entre par nos sens et troublent notre prière. Il faut donc fermer la porte, ce qui veut dire résister aux sens, afin qu'une prière toute spirituelle monte jusqu'au Père, jaillie du creux de notre cœur où nous prions le Père dans le secret. « Et votre Père, qui voit dans le secret, te le revaudra »… Le Seigneur n'a pas l'intention de nous recommander de prier mais de nous apprendre comment prier. De même plus haut il ne nous recommandait pas l'aumône, mais l'esprit dans lequel il faut faire l'aumône. Il exige la pureté du cœur que l'on peut obtenir seulement par une intention unique et simple, orientée sur la vie éternelle par un amour de la sagesse unique et pur. (1)

(1) Saint Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, 3, 11 (trad. coll. Pères dans la foi, n°5, p. 94 rev.) Source Évangile au quotidien

juin 19, 2018

L’amour est en toi - 9 - la solitude

L'Amour est en toi et cependant t'échappe. Par un petit croquis sur le Christ en croix, saint Jean de la croix nous indique « avec un poids presque écrasant, une troisième idée : celle de la solitude de celui qui marche à la suite du Christ et de l'impossibilité de placer cette œuvre d'imitation sur la même ligne que celle du Christ »(1)

(1) Urs von Balthasar,  GC2.2 ibid. p. 63

juin 14, 2018

Dieu n'est pas violent - 2 - Origène et Jéricho


Cette belle homélie d'Origène pourrait fort bien entrer dans le cadre de mon essai éponyme sur la non violence de Dieu  : "On assiège Jéricho, et il faut la prendre d'assaut. Quels vont être les moyens d'attaque ? On ne tire pas l'épée, on ne dresse pas la machine de guerre, on ne brandit pas les javelots contre elle. Seules sont utilisées les trompettes des prêtres, et elles font s'écrouler les murs de Jéricho.

Dans l'Écriture, nous rencontrons souvent Jéricho comme la figure de ce monde. Par exemple, lorsque l'Évangile nous dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba sur des bandits, cet homme est évidemment la figure d'Adam, chassé du paradis et exilé dans ce monde. Quant aux aveugles de Jéricho, que Jésus vint trouver pour leur rendre la vue, ils représentaient les hommes de ce monde, accablés par la cécité de l'ignorance, et pour qui le Fils de Dieu est venu.
Or, cette ville de Jéricho, c'est-à-dire notre monde, doit s'effondrer. Car, depuis longtemps, les livres saints ont annoncé la fin du monde. Or, comment donc finira-t-il ?

De quelle manière ? Par le son des trompettes, dit l'Écriture. De quelles trompettes ? Demandons à saint Paul de nous dévoiler ce secret ; écoutez ses propres paroles : Elle sonnera, la trompette, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront, impérissables. Et encore : Sur l'ordre de Dieu, à la voix de l'archange, au son de 1a trompette, le Seigneur descendra du ciel. C'est alors qu'au son de la trompette notre Seigneur Jésus (Josué) triomphera de Jéricho, et sa victoire sera si accablante que seule la courtisane avec toute sa maison sera sauvée. Il viendra donc, Jésus, notre Seigneur, et il viendra au son des trompettes. ~

Dans ce récit Rahab symbolise avec sa famille ceux qui seront sauvés. Que le Seigneur la sauve, elle seule qui accueillit ses éclaireurs, c'est-à-dire qui a reçut ses Apôtres avec foi et soumission, et les installa dans le haut de sa maison qu'il joigne et unisse cette courtisane à la maison d'lsraël. Mais cessons de rappeler ses anciennes fautes et de lui en tenir rigueur. Elle a été courtisane autrefois, maintenant elle a été unie au Christ comme une vierge chaste à son unique époux. Écoutez comment l'Apôtre parle d'elle : Je vous ai fait rencontrer le seul Époux et vous êtes l'épouse chaste que j'ai unie au Christ. Il en venait, celui-là même qui disait : Nous étions autrefois tous insensés, errants, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de jouissances.

Faut-il de plus longs commentaires pour vous expliquer comment la courtisane n'est plus une courtisane ? Écoutez encore saint Paul : Vous avez été tout cela, mais tous vous avez été lavés, et vous avez été sanctifiés au nom de Jésus Christ notre Seigneur et dans l'Esprit de votre Dieu.

Pour qu'elle échappât, en effet, à la ruine de Jéricho, elle reçut des éclaireurs le signe très puissant du salut, le fil d'écarlate. Car c'est par le sang du Christ que l'Église universelle est sauvée, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles." ( 1)

Dieu ne brandit d'autres armes qu'un Fils déchiré par une lance.
A méditer.


(1) Homélie d'Origène sur Jéricho, source, office des Lectures,  AELF

juin 09, 2018

L.’amour est en toi - 8 - Saint Augustin

Clin d’oeil de La Croix du week-end sur ma web série : « Dans la tradition chrétienne, l’intériorité n’est pas le fruit d’un travail, ni d’un « développement personnel », mais d’une rencontre, magnifiquement illustrée par la célèbre formule d’Augustin : « Deus est interior intimo meo » (« Dieu est plus intérieur que le plus intérieur »).« Ce qui se murmure dans cette formule, c’est qu’au fond de notre intériorité se trouve toujours déjà la présence d’une brûlure prévenante et aimante : celle de l’autre, celle du Grand Autre », souligne Éric Fiat » (1)



(1) Élodie Maurot in « un si grand besoin d’intériorité », La Croix du 9/6/2018

juin 08, 2018

L’amour est en toi - 7 - Saint Jean de la Croix

« Cuán manso y amoroso
Recuerdas en mi seno ! »(1)
« Avec quelle douceur et quel amour
Vous vous réveillez dans mon sein »

« Le monde s'élève dans l'âme en même temps que Dieu ! » ajoute Hans Urs von Balthasar sur cette citation de Vive Flamme. On est au cœur de l'inhabitation de Dieu en l'homme et probablement du travail de la grâce...

En cette fête du Sacré Cœur, et la lecture de Jn 19, cette méditation nous conduit encore plus loin. Car notre cœur ne peut être indifférent au coeur transpercé du Christ.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 48

juin 07, 2018

Jeux de kénose - St Jean de la Croix

Poursuivons notre lecture de Jean de la Croix, dans les yeux de Balthasar :
«La quête est tellement absolue (...) tend tellement à l'absolu qu'elle ne peut pas finir par [le] trouver (...) on [ne] peut pas dire (...) comme chez Rilke « nous projetons des Dieu » (...) car il sait qu'il est pris et porté plus loin ; plus que se vider lui-même, il est vidé ; il agit moins que Dieu n'agit en lui, c'est pourquoi la base de sa contemplation, c'est d'être contemplé ; de même que (...) les yeux de Dieu ne sont qu'esquissés dans l'âme, et que celle-ci persévère dans l'attente de voir apparaître l’œil divin dans le milieu de la foi » (1)

L'enjeu de la quête de St Jean de la Croix est ici cette double kénose, ce jeux des kénoses réciproques qui touche à ce que j'appelle la danse trinitaire (2), une circumincession où la kénose de Dieu appelle et creuse notre humilité et nous conduit à la révélation ultime.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles
2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 45

(2) La danse trinitaire et repris maintenant dans L'amphore et le Fleuve

juin 06, 2018

La Gloire et la Croix - Jn 13,31-32

Une question légitime en groupe de lectio divina sur ces deux versets de Jn 13 : « Νῦν ἐδοξάσθη ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου, καὶ ὁ θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ· ⸂εἰ ὁ θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ,⸃ καὶ ὁ θεὸς δοξάσει αὐτὸν ἐν ⸀αὑτῷ, καὶ εὐθὺς δοξάσει αὐτόν.» («Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui, il le glorifiera aussitôt.»)
Difficile, avec nos yeux du XXIème siècle de voir la gloire divine dans le lavement des pieds et la bouchée à Judas. Et pourtant, à l'aune de Ph. 2,11 et de la kénose, il faut entendre les deux versets non sous l'angle de la gloire mondaine, mais sous celui de la révélation kénotique de la faiblesse divine : en paraphrasant et remplaçant « gloire » (doxa, kabod au sens d'Exode 34) par « lumière de la révélation » on obtient une version peut-être plus accessible à l'homme d'aujourd'hui : « Maintenant le Fils de l'homme s'est révélé amour, et Dieu a été révélé en lui comme Dieu humble et aimant. Si Dieu a été révélé en lui, Dieu aussi le/[se] révélera en lui, [et] il le glorifiera aussitôt.»

L’amour est en toi - 6 - Saint Jean de la Croix

Dieu « possède une souveraine humilité (...) il se découvre lui-même à vous avec joie (...) il vous met à son niveau (...) et vous dit « je suis content d'être ce que je suis pour être à toi et me donner à toi »(1).

À méditer et entendre pour nous dans l'aujourd'hui de nos vies.

(1) Saint Jean de la Croix, L.III 6 (G. p. 978) cité par Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 43

juin 05, 2018

L’amour est en toi - 5 - Jean de la Croix

« La mystique de Jean ne peut s'achever que dans l'ordre trinitaire ». Une danse (1) qu'Hans Urs von Balthasar souligne à sa manière dans la même page : Dieu comme « centre » du mystère, le mystère de l'Esprit-Saint et l'amour de la créature qui devient « par la grâce, une aspiration à la spiratio divine (...) appelée (...) à participer passivement et activement (...) miracle de la grâce (...) miracle du contact substantiel entre le je et le Toi, de l'éveil du Toi au cœur même du je et du je au coeur du Toi (...) Vous vous réveillez ô Verbe-Époux, dans le centre et le fond de mon âme, dans sa pure et intime substance » (2)

(1) cf. mon livre éponyme La danse trinitaire (in À genoux devant l’homme)
(2) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 41


juin 04, 2018

La quête de Dieu - 2 - Saint Jean de la Croix

Au coeur de notre désir de Dieu, le monde perd sens... il nous faut abandonner tout désir de comprendre. En effet cela "prive l'aventure de la quête de Dieu" (...) qui n'est accessible que "dans la nuit".  Il nous faut parvenir à l'oubli volontaire de toutes les impressions extérieures afin que dans le silence cette faculté se taise et prête seulement l'oreille de l'esprit pour écouter Dieu" (1) La nuit obscure est un long processus qui conduit progressivement à "la perte du goût pour les choses sensibles et les biens finis [qui] prouve déjà qu'on commence à goûter Dieu tel qu'il est en lui-même". Il faut pour Jean de la Croix, comme le précise Hans Urs von Balthasar un "renoncement radical (...) un retrait passif de toute délectation (...) le minuit de la pure foi aveugle (2)" avant le commencement de la lumière.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p 35
 
(2) p. 38-39

L’amour est pour toi - 4 - Curé d’Ars

Si l'on peut méditer ce don fait à l'homme par l'Amour, c'est peut-être en contemplant ce vide qui se creuse en nous dans la prière pour recevoir Dieu.

Sentez-vous en effet ce manque que Dieu seul peut combler ? Il est en creux ce que l'amour est en surplus. Il naît d'un désir et d'une soif que l'on n'étanche pas...

"Dieu voulut se donner Lui-même pour nourriture.

Mais le grand malheur est qu'on néglige de recourir à cette divine Nourriture, pour traverser le désert de cette vie. Comme une personne qui meurt de faim à côté d'une table bien servie, il y en a qui restent cinquante, soixante ans sans nourrir leur âme.

Si les chrétiens pouvaient comprendre ce langage de notre Seigneur qui leur dit : « Malgré ta misère, Je veux voir de près cette belle âme que J'ai créée pour Moi. Je l'ai faite si grande qu'il n'y a que Moi qui puisse la remplir. Je l'ai faite si pure qu'il n'y a que mon Corps qui puisse la nourrir. » (1)

(1) Saint Jean-Marie Vianney, Esprit du Curé d'Ars dans ses Catéchismes, ses Sermons, ses Conversations (Abbé Monnin, Éds Tequi 2007, p. 57-58, rev.)

juin 01, 2018

Le mystère de Dieu - 3 - Saint Jean de la Croix

"La conquista essentielle qui, per caminos nuevos nunca sabidos, conduit, en tâtonnant dans l'obscurité, à une sabidura oscura. L'idée de secret est essentielle chez Jean de la Croix, [sans aucun] relent de science secrète (...) ne promet rien (...) mais seulement l'immensité infinie et sans image du Dieu incompréhensible. (...) Le rayon de ténèbres est obscur (...) sans doute parce que l'âme n'est pas adaptée à la lumière excessive" (1)

On prendra le temps de contempler cette immensité divine...
Ce mystère n'est pas là pour nous perdre mais pour aiguiser notre désir et notre soif jusqu'à l'affirmation du Centurion quand se déchire le voile.

(1) Hans Urs von Balthasar, Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 16

mai 31, 2018

L'amour est en Toi - 3

« Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Éclate en ovations, Israël !
Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie,fille de Jérusalem !
Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi,
il a écarté tes ennemis.
Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.
Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem :
« Ne crains pas, Sion !
Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;
il exultera pour toi et se réjouira,
comme aux jours de fête. » (1)

"Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.
Exultant de joie,
vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Ce jour-là, vous direz :
« Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »
Redites-le : « Sublime est son nom ! »
Jouez pour le Seigneur,
il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie,
habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi,
le Saint d’Israël !"

"En ces jours-là,Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.

Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »
Marie resta avec Élisabeth environ trois mois,
puis elle s’en retourna chez elle. (3)

Sans autre commentaire que celui du tressaillement,  déjà largement évoqué dans ces pages et dans le Mendiant et la Brise (4)

(1) So 3, 14-18
(2) Isaïe 12, 2, 3, 4abcd, 4e-5, 6
(3) Lc 1, 39-56, Source AELF
(4) voir mon livre éponyme

L'amour est en Toi - 2

"L’âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, (...) elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté.L’esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel.
Ces mots, [conviennent] tout spécialement [à la] bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d’un privilège unique, brûlait d’un amour tout spirituel pour celui qu’elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d’exulter de joie en Jésus – c’est-à-dire en son Sauveur – car celui qu’elle reconnaissait pour l’auteur éternel de notre salut, elle savait qu’il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu’en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu.
Car le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom  ! Pas une allusion à ses mérites à elle. Toute sa grandeur, elle la rapporte au don de Dieu qui, subsistant par essence dans toute sa puissance et sa grandeur, ne manque pas de communiquer grandeur et courage à ses fidèles, si faibles et petits qu’ils soient en eux-mêmes.Et c’est bien à propos qu’elle ajoute : Saint est son nom, pour exhorter ses auditeurs et tous ceux auxquels parviendraient ses paroles, pour les presser de recourir à l’invocation confiante de son nom. Car c’est de cette manière qu’ils peuvent avoir part à l’éternelle sainteté et au salut véritable, selon le texte prophétique : Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. C’est le nom dont elle vient de dire : Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
(...) On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l’incarnation du Seigneur, s’enflamment d’une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c’est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l’heure du repos, de se rassembler pour retrouver l’unité de son attention.(1)
C'est en contemplation de celle qui a porté l'amour que l'on peut murmurer : "Bienheureuse es-tu, Marie,d'avoir été pauvre devant Dieu ;l’amour s’est emparé de toi et tu as chanté :Mon âme exalte le Seigneur." (2)

(1) Saint Bède le Vénérable,  Homélie sur le Magnificat
(2) Oraison de l'office des lectures du 31 mai.

mai 30, 2018

L'amour est en Toi - 1

Dieu mets en nous l'amour comme une source,  un potentiel,  charge à nous de libérer cette force venue de Lui.

"Lorsque je te serai uni par tout moi-même, il n'y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera vivante. Celui que tu combles, tu l'allèges, car lorsque je ne suis pas comblé par toi, je me suis à charge à moi-même." (1)

L'amour en nous est comme cette flamme fragile que nous cherchons à allumer alors que le vent de la vie nous harasse. 

Elle ne cesse de s'éteindre en apparence parce que nous prenons pas le temps de rentrer en nous mêmes pour retrouver le feu de l'origine. 

 « Magnifiez le Seigneur avec moi » (Ps 33,4). Le Seigneur est magnifié non parce que la voix humaine lui ajoute quelque chose, mais parce qu'il grandit en nous. Car le Christ est l'image de Dieu (2Co 4,4; Col 1,15), et c'est pourquoi, si quelqu'un agit avec dévotion et justice, il fait grandir en lui cette image de Dieu — à la ressemblance de qui il a été créé (Gn 1,26) — et en la faisant grandir, il est élevé en une sorte de participation à sa grandeur.(2)

La flamme ne peut grandir qu'en contemplant le feu du buisson ardent,  le Christ en Croix et ce qu'il révèle du Pere.

A méditer

(1) Saint Augustin,  Les confessions,  chapitre VIII (?)
(2) Saint Ambroise, Commentaire sur l'évangile de Luc, 2, 19-27 ; PL 15, 1559 ; SC 45 (trad. Orval rev.)