décembre 24, 2017

Heureux es-tu !

Tu as crié dans la nuit, 
     Je t'ai entendu
Tu as pleuré dans le silence
     Je pleure pourtant à tes côtés
Tu m'as cherché dans le désert
     Je t'attends à la source
Tu m'as cru mort
     Je suis le vivant.

Tu as chanté en plein jour
      Je pleure chaque nuit.
Tu as écrasé la fleur
      Je fais germer la semence
Tu as oublié de me parler
      Je chuchote à ton coeur

Tu as souffert de mon absence
      Je te porte dans mes bras
Tu as nié ma présence
      Je vis dans ta conscience
Tu as oublié mes paroles
      Je souffre sans un mot
Tu as crié dans le noir
      Je renais dans la crèche

       Viens danser 
        Je t'aime
          Je t'attends




Illustration : Tableau de Phil'Dugué

décembre 23, 2017

Silence et Parole

Comment interpréter le silence de Zacharie jusqu'à la naissance de Jean ? 
Est-ce parce que l'ancien Testament a tout dit ?
Est-ce pour nous préparer par le silence à la révélation ? 
Une clé nous est donnée à travers la lecture d'Hypolite de Rome (1)
« Dieu qui était seul, et pour qui rien n'était contemporain de lui-même, décida de créer le monde. Par son intelligence, sa volonté et sa parole, il fit le monde et il eut aussitôt les créatures qu'il voulut, quand il voulut, comme il voulut ; il nous suffit de savoir seulement que rien ne fut contemporain de Dieu, en dehors de lui-même.
Mais, tout en étant seul, il était multiple. Car il n'était pas sans parole, sans sagesse, sans puissance ni décision. Tout était en lui et il était le Tout.
Quand il le voulut, comme il le voulut, il manifesta sa Parole au temps fixé par lui-même, ~ cette Parole par laquelle il a tout créé.
Sa Parole, qu'il tenait en lui-même et qui était invisible au monde créé, il la rend visible. Tout d'abord, il la profère comme une voix, il l'engendre comme la lumière issue de la lumière, il envoie comme Seigneur pour la création sa propre intelligence. Et celle-ci, qui était d'abord visible à lui seul et invisible au monde créé, il la rend visible, afin que le monde, en voyant cette épiphanie, puisse être sauvé. ~ Telle est l'intelligence de Dieu : en entrant dans le monde, elle se montra le serviteur de Dieu. Tout fut par lui, mais lui seul est issu du Père. ~

Dieu a donné la Loi et les Prophètes et, en les donnant, il les a forcés, par l'Esprit Saint, à parler, en sorte qu'ayant reçu l'inspiration de la puissance du Père, ils annoncent la décision et la volonté du Père. ~
La parole de Dieu, son Verbe, s'est donc manifestée, comme dit saint Jean. En effet, il récapitule les paroles des prophètes en montrant que c'est lui, le Verbe, par qui tout a été fait. Il parle ainsi : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut de ce qui existe. Et saint Jean dit plus loin : Le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu. »


Saint Paul ne dit pas autre chose aux Romains (16, 26-27)
mystère porté à

(1) Hippolyte de Rome, traité contre l'hérésie de Noet. Source Aelf

décembre 22, 2017

Hopital de campagne - pape François

CR de la séance du 20/12/2017

Pages 63 à 79 de « l'Église que j'espère » du Pape François / Entretiens avec A. Spadaro, Flammarion Etudes 2015.


Personne ne se sauve tout seul.
Même l’enterrement de Johnny Haliday est un lieu pastoral. « Johnny, notre plus grand missionnaire » titrait Jean-Pierre Denis dans « La vie ». On invite à ce sujet à relire l’homélie de Mgr de Sinety (cf. annexe). 
 
On n’a pas d’identité pleine et entière sans appartenance à l’Église. Mais dire cela ne ferme pas la notion de peuple de Dieu plus large évoquée par le pape François. Il nous invite à ouvrir les portes et sortir, aller plus loin que l’église paroissiale, hors les murs, pour être « hôpital de campagne » (p.68)(1)
L’adage « hors de l’Église point de salut » est corrigé depuis Vatican Il.

P. 68 : ne pas s’enfermer dans des petites choses et des petits préceptes. Exercer la miséricorde en trouvant le juste milieu qui fait grandir la personne, sans l’étouffer par des préceptes ou un laxisme qui ne fait pas avancer. Une attitude qui met la personne au centre.

On évoque à ce sujet le principe de « morale vectorielle » (un vecteur en physique est symbolisé par une flèche montante. La morale vectorielle donne à chacun un objectif à atteindre qui lui est propre et le fait grandir (cf. aussi « Le principe de gradualité » développé par le pape François dans Amoris Laetitia).

Trouver de nouvelles routes !
« Être des pasteurs et non des fonctionnaires ». Ne pas être une Église qui condamne.

P. 69: retrouver l’Évangile à l’état pur. Sentir et entendre le « flair » du peuple de Dieu dans ses intuitions créatrices.

P. 71 : toujours considérer la personne.

Nous évoquons le danger des élites athées qui sont idolâtrés pour leur réussite et qui font fi du religieux.

P. 72 : « Une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines ». (…)  « Le confessionnal n’est pas un lieu de torture ».

Trouver le ton. « L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante ». Ce n’est qu’après qu’une morale peut intervenir.

Discussion longue sur l’homosexualité et ses différentes formes évoquées par Xavier Thévenot (2) ou dans « Le désir brisé ».

On évoque la souffrance des personnes homosexuelles, celle des parents, les carcans sociaux et culturels. Discours complexe sur l’origine, la culpabilité, les changements, le caractère « naturel » ou non de l’état. Longue évocation des souffrances et des difficultés des personnes touchées. De leur quête y compris religieuse.

P. 77 : Théologie du féminin. Il reste des pages à écrire pour corriger des siècles de machisme latent.
Marie est plus proche de Dieu que les prélats nous dit le pape…
Douceur et force du féminin.

A titre de conclusion : contempler la dimension polyédrique de l’Église (cf. CR n.1) qui donne à chacun une place, quel que soit son état, tant qu’il entre dans la quête intérieure de Dieu, loin des apparences superficielles du religieux vers l’amour du prochain, seul critère objectif d’une présence intérieure qui agit et conduit vers le bien…(3)

Prochaine séance le mercredi 19/1 sur les pages 79 à 103 à Saint Philippe du roule, 12h30
(1) les numéros de pages citées sont extraites du livre de Spadaro (2) Thévenot, Xavier, Mon fils est homosexuel, comment réagir ? Comment l’accompagner ? Saint-Maurice, Éditions Saint Augustin, 2001 (facile d’accès, écrit sous forme d’entretien, il se lit en une heure et résume bien la problématique). Thévenot, Xavier, Homosexualités masculines et morale chrétienne, Paris, Cerf, 1988. (3) cf. sur ce point les développements de Karl Rahner in « Discours d’Ignace de Loyola aux jésuites d’aujourd’hui », Paris, Le Centurion, 1978 p. 40 sq Ou François Cassingena-Trévédy, « Pour toi quand tu pries ».

Mystique diaconale

Que veut dire Karl Rahner quand il fait dire à Ignace qu'il y a une « mystique du service » (1) dans son chapitre sur l'obéissance ?

Faute d'être plus explicite, il nous reste à chercher ce qu'il sous entend. On peut gloser sur ce lien intime entre la mise au service d'autrui et la rencontre de Dieu, à l'aune de Mat 25. Tout ce que tu as fait à ton frère c'est à moi que tu l'as fait. Mais là s'arrête le discours. C'est dans l'agir que réside la réponse...
Dans l'agenouillement devant l'homme, on rejoint le Christ à genoux et notre humilité est coordonnée à sa kénose.

Reste à comprendre que tout conduit au silence de la croix, ce « silence d'où jaillit le chant éternel de la louange de Dieu »(2)

(1) Discours d'Ignace de Loyola aux jésuites d'aujourd'hui, Paris, Le Centurion, 1978 p. 57
(2) ibid. p. 74. J'ai évoqué le lien entre le « bruit d'un fin silence » et le chant des anges dans mon livre éponyme.

Foi, silence et liberté

« Seule appartient à l'homme la solitude devant Dieu, son abandon à la silencieuse immédiateté de Dieu (...) y aura-t-il un jour des hommes qui par principe et à chaque étape de leur existence n'entendront plus ce mot : Dieu ? (...) ne se poseront plus la question de l'indicible ? » (1)

Que faire pour que l'où es-tu de Gn 3 résonne encore dans le jardin du monde. Si Dieu est silencieux, devons-nous parler et chanter sur les places ? Et comment ?

Le silence parle au coeur. Mais le monde bruisse de plus en plus. Le bruit d'un fin silence n'atteint plus l'homme.

(1) Karl Rahner, Discours d'Ignace de Loyola aux jésuites d'aujourd'hui, Paris, Le Centurion, 1978 p. 71sq

décembre 21, 2017

Danse et tressaillement

"Remarquez les nuances et l'exactitude de chaque mot. Élisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce: la mère a entendu selon l'ordre naturel des choses, l'enfant a tressailli en raison du mystère; elle a constaté l'arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur; la femme, l'arrivée de la femme, l'enfant, celle de l'enfant; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d'elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l'inspiration de leur enfant.Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n'a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l'Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, et l'esprit de Marie a exulté, lui aussi. L'exultation de Jean comble Élisabeth; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu'il est comblé, car celui qu'on ne peut comprendre agissait en sa mère d'une manière qu'on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu, Marie, avant d'avoir conçu. Heureuse, lui dit Élisabeth, toi qui as cru."

Il y a comme une danse à contempler entre ces tressaillement et grâce réciproques.


(1) Saint Ambroise,  commentaire sur l'évangile de Luc

décembre 19, 2017

Dynamique sacramentelle - suite

On pourrait voir l'intimité avec Dieu comme un décentrement total où l'homme s'échappe du monde et de toute réalité dans l'axe du bouddhisme.

Ce n'est pas la vocation du chrétien. Cette dernière est seulement une nouvelle naissance au sens de Jn 3. L'incarnation devient alors danse et dynamique de l'homme au sein de la circuminvolution divine.

« L'incarnation de Dieu dans sa créature (...) ne se dissipe pas [en celle-ci dans la mesure où la proximité de Dieu lui permet de] prendre vraiment réalité et valeur. Si incompréhensible que cela puisse paraître, il y a, de la part de celui qui se trouve ainsi placé dans l'immédiateté de Dieu, comme une participation à cette descente de Dieu dans la finitude qui, de ce fait, devient positive. (...) L'homme qui se tient dans la lumière, comme la réalité aimée et préférée (...) [de Dieu] participe à cette sympathie (...) par l'amour du prochain (...) à l'amour du monde et (...) [ouvre ainsi avec lui] un éternel matin. (1)

(1) Karl Rahner, Discours d'Ignace de Loyola aux jésuites d'aujourd'hui, Paris, Le Centurion, 1978 p. 24sq

décembre 18, 2017

Quand Dieu nous parle

J'ai essayé de traduire bien maladroitement dans ma seconde édition du « Mendiant et la brise » mes balbutiements sur le tressaillement. Il y a là quelque chose de très personnel, de très intime, que je devrais peut-être taire, si ce n'était une manière de rendre grâce à ce Dieu silencieux qui pourtant s'exprime par des signes ineffables et à chaque fois adapté à chacun, pour faire connaître sa présence, son amour et sa miséricorde. Cela peut être dans le don des larmes qui suivent le sacrement de réconciliation, cela peut être de biens des maniérées, une chose est certaine, au sein de nous se cache une lumière, un château intérieur protège cette flamme inouïe que Dieu a déposé en nous. Et c'est à nous de trouver la porte qui nous conduit à Lui. Je pourrais reprendre ici les propos que Karl Rahner attribue à Ignace : «  j'ai expérimenté avec une force et une netteté de plus en plus grandes la pure incompréhensibilité de Dieu (...) Dieu lui-même (...) non pas des paroles humaines sur lui. Mais lui et la liberté originelle qui lui est propre ». (1)
Le face à face est si discret et inattendu que toutes nos tentatives échappent. Il se dévoile quand on ne l'attend plus. Il se donne avec mesure pour qu'on n'en tire ni gloire, ni certitude, ni routine. Il est libre et distille en nous sa grâce qui est toujours pur don et non mérite.

(1) Karl Rahner, Discours d'Ignace de Loyola aux jésuites d'aujourd'hui, Paris, Le Centurion, 1978 p. 11 et 13

décembre 04, 2017

Faire renaître l’Eglise

Je note ici, pour retenir et partager ce que l'on peut résumer du chapitre 9 de Christoph Théobald (1) sur les 7 étapes d'une ecclesiogenèse.
1) créer des espaces hospitaliers
2) lire ensemble l'Écriture
3) être attentifs aux personnes
4) faire une expérience collective
5) donner du corps à nos célébrations
6) voir le travail de l'Esprit
7) contempler l'œuvre de Dieu
(1) Christoph Théobald, Urgences Pastorales, Paris, Bayard, 2017, p. 429sq et notamment la p. 460-1

Rite et intériorité

Deux très belles pages de Christoph Théobald (1) sur le risque très moderne d'une course vers le faire, d'un zapping continuel jusque dans nos temps spirituels et nos rites. Aller à la messe ne sert à rien si nous ne prenons pas le temps du « recueillement » véritable, de cette cueillette des biens reçus à relire dans nos vies. La rencontre de Dieu ne se programme pas. Elle n'est pas le fruit de pratiques et de zèle, elle est don gratuit, surprise, tressaillement (2).
Théobald rejoint ici la quête de François Cassingena-Trévédy déjà décrite dans ces pages. Face au mendiant d'amour toutes nos stratégies échouent. Seuls l'humilité souvent inaccessible et le décentrement laissent place à ce que Christoph Théobald appelle le « miracle », le moment fugace de la brise.

(1) Christoph Théobald , Urgences Pastorales, Paris, Bayard, 2017, p. 398sq
(2) cf. sur ce point ma deuxième édition du Mendiant et la brise, où j'ai ajouté une petite méditation très personnelle sur le tressaillement...

décembre 02, 2017

Une lecture triophonique de l’Écriture

Christoph Théobald évoque une lecture « stéréophonique » de l'Écriture qui permet à la fois :
1. d'entendre ce que nous dit le texte, dans son contexte large du monde biblique
2. d'entendre notre conscience et ses appels
3. de voir juger et agir dans le monde.
L'enjeu est de trouver « son unité interne, répondant ainsi à ses souhaits et désirs les plus profonds, à savoir la paix intérieure et la paix messianique entre tous ? »(1)

(1) Christoph Théobald, Urgences Pastorales, Paris, Bayard, 2017, p.396sq