août 16, 2018

Un petit reste - Michée 4 - Espérance

En écho à 1 Rois 19, ce petit texte de Michée trace un chemin d'espérance :

En ce jour-là, – oracle de Yahweh, je recueillerai celles qui boitent, je rassemblerai celles qui étaient dispersées, et auxquelles j'avais fait du mal. Et je ferai de celles qui boitent un reste, et de celles qui sont éloignées une nation puissante. Et Yahweh régnera sur eux, sur la montagne de Sion, dès lors et à jamais.
Michée 4:6‭-‬7

(1) traduction BCC1923

août 14, 2018

Kolbe - Dieu est tout

"Dieu est tout. Tout ce qui existe en dehors de Dieu n'a de valeur qu'en référence à lui, qui est Créateur de toutes choses et Rédempteur des hommes. C'est donc lui qui nous manifeste sa volonté adorable par ses représentants sur terre et nous attire ainsi à lui, dans le but d'attirer aussi à lui par nous d'autres âmes et de les unir à lui par une plus grande charité.
Tu vois, frère, quelle est la dignité de notre condition, grâce à la miséricorde de Dieu. Par l'obéissance, nous dépassons pour ainsi dire les limites de notre petitesse, et nous nous conformons à la volonté divine qui nous guide par sa sagesse et sa prudence infinie pour que notre action soit bonne. Bien plus, en adhérant à sa divine volonté, à laquelle aucune chose créée ne peut résister, nous devenons plus forts que tout." (1)

(1) Lettre de saint Maximilien Marie Kolbe



août 10, 2018

Polyèdre 3 - Saint Augustin - diacre Laurent

On trouve aujourd'hui une autre déclinaison kénotique du Polyèdre chez Augustin d'Hippone :

"Aujourd'hui, l'Église de Rome nous invite à fêter le jour où le bienheureux Laurent a triomphé, jour où il a terrassé le monde furieux, où il a dédaigné le monde flatteur et ainsi a doublement vaincu le démon persécuteur. ~ Dans l'Église de Rome, vous le savez bien, il exerçait les fonctions de diacre. C'est là qu'il présentait le sang sacré du Christ, et c'est là qu'il répandit son propre sang pour le nom du Christ. ~ L'Apôtre saint Jean a mis en pleine clarté le mystère de la Cène du Seigneur lorsqu'il a dit : Jésus a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. Saint Laurent a compris cela, mes frères, il l'a compris et il l'a fait ; et ce qu'il avait consommé à cette table, c'est cela qu'il a voulu apprêter. Il a aimé le Christ par sa vie, il l'a aimé par sa mort.

Et nous, mes frères, si nous aimons vraiment, nous devons imiter. Car nous ne pourrons pas produire un meilleur fruit de notre amour qu'en nous montrant nous aussi des imitateurs. Le Christ a souffert pour nous et nous a laissé son exemple pour que nous suivions ses traces. Par cette phrase, il semble que, pour l'Apôtre Pierre, le Christ a souffert seulement pour ceux qui suivent ses traces, que la passion du Christ ne sert à rien, sinon à ceux qui suivent ses traces. En effet, les saints martyrs l'ont suivi jusqu'à répandre leur sang, jusqu'à imiter sa passion ; les martyrs l'ont suivi, mais ils ne sont pas les seuls. Après leur passage, le pont n'a pas été coupé ; après qu'ils ont bu, la source n'a pas tari. ~

Le jardin du Seigneur, mes frères, ce jardin a toutes sortes de fleurs : non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lis des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation : c'est pour nous que le Seigneur a souffert. C'est très véritablement qu'il est écrit de lui : Il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité.

Il faut donc comprendre comment, en dehors de l'effusion du sang et du risque de subir la passion, le chrétien doit suivre le Christ. L'Apôtre dit, au sujet du Christ Seigneur : Lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu. Que lle majesté ! Mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement. Quel abaissement !

Le Christ s'est abaissé : voilà, chrétien, ce qui est à ta disposition. Le Christ s'est fait obéissant. Alors pourquoi es-tu orgueilleux ? ~ Ensuite, après être allé jusqu'au bout de cet abaissement et avoir terrassé la mort, le Christ est monté au ciel : suivons-le. Écoutons l'Apôtre qui nous dit : Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu.

Pour demeurer fidèle au Christ,
tu n'as pas craint la haine des hommes !
Ardente est la braise de ton supplice !
Plus ardente la flamme de la charité
qui te consume en holocauste !"

(1) Saint Augustin, Homélie pour la fête de Saint Laurent, source AELF,  Bréviaire du 10/8

août 09, 2018

Les deux verres - Sainte Thérèse - vision polyédrique 2

Gf« Pauline me dit d'aller chercher le grand verre à papa et de le mettre à côté de mon petit dé, puis de les remplir d'eau et ensuite elle me demanda de lequel était le plus plein. (...) ma Mère Chérie me fit alors comprendre qu'au Ciel le Bon Dieu donnerait à ses élus autant de gloire qu'ils pourraient en contenir » (1)

Une autre insistance sur le polyèdre...

(1) Ste Thérèse de Lisieux, oeuvres complètes, ibid p. 99

août 05, 2018

Contemplation polyèdrique - Sainte Thérèse de l’enfant Jésus

Pour ceux qui connaissent l'image souvent évoquée par le pape François du polyèdre, ils trouveront dans cette méditation de la petite Thérèse un écho aux accents kénotique : « j'ai compris que toutes les fleurs qu'il a créées sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du Lys n'enlèvent pas le parfum de la violette (...) l'amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime, en effet le propre de l'amour étant de s'abaisser (...) il a créé l'enfant qui ne sait rien [pour y descendre (...)] et montrer sa grâce infinie. »(1)

(1) Manuscrit A, ibid. p. 72

Élection et miséricorde - Sainte Thérèse de l’enfant Jésus

« Dieu n'appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu'il lui plaît » nous dit la petite Thérèse. On n'est pas pour autant dans un arbitraire de Dieu, mais bien dans une contemplation des voies insondables de Dieu qui appellent même les pêcheurs à son service. On retrouve la même idée chez François dans sa devise. Thérèse précise : « Ce n'est donc pas l'ouvrage de celui qui veut ni celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde »(1)

À contempler

(1) Thérèse de Lisieux, Oeuvres complètes, Manuscrit A, p. 71

juillet 14, 2018

Avec Dieu au goulag - Walter J. Cizek

On peut écrire des pages de théorie et de théologie sur la foi et la pratique. 
Ce livre nous conduit sans fards à l'expérience la plus profonde et la plus humble d'une rencontre de l'homme avec son Dieu.
Dieu apparaît quand l'homme cesse de décider, de vouloir, quand il abdique devant la volonté de Dieu.
Un chemin difficile, exigeant, impossible à l'homme sans la main de Dieu qui trace au coeur d'une vie la vérité et la paix.
Walter Ciszek nous conduit au coeur de ce qu'on appelle la déréliction - ce lieu où Dieu semble absent et où pourtant il nous attend.



Avec Dieu au goulag - Walter J.  Cizek, Points / Editions des béatitudes, 2010, Poche 8,10 €, 400p.

juillet 13, 2018

Il frappe à ta porte - 14 - Saint Ambroise

"Ouvre ta porte à celui qui vient, ouvre ton âme, élargis l'accueil de ton esprit afin qu'il découvre les richesses de la simplicité, les trésors de la paix, la douceur de la grâce. Dilate ton cœur, viens vers le soleil de la lumière éternelle qui éclaire tout homme. Sans doute, la vraie lumière brille pour tous ; mais celui qui ferme ses fenêtres se privera de l'éternelle lumière. Donc, le Christ lui-même est laissé dehors, si tu fermes la porte de ton esprit. Bien qu'il soit capable d'entrer, il ne veut pas s'introduire de force, il ne veut pas contraindre ceux qui le refusent.
Issu de la Vierge, il est sorti de son sein en rayonnant sur tout l'univers, afin de briller pour tous. Ils le reçoivent, ceux qui désirent la clarté d'une lumière perpétuelle que la nuit ne vient jamais interrompre. Car le soleil que nous voyons de nos yeux est supplanté par l'obscurité de la nuit ; mais le soleil de justice ne se couche jamais parce que le mal ne supplante jamais la sagesse.

Heureux donc celui à la porte duquel frappe le Christ. Notre porte, c'est la foi, qui, si elle est solide, défend toute la maison. C'est par cette porte que le Christ fait son entrée. Aussi l'Église dit-elle dans le Cantique : J'entends mon frère qui frappe à la porte. Écoute celui qui frappe, écoute celui qui désire entrer : Ouvre-moi, ma soeur, mon épouse, ma colombe, ma parfaite ! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles, des gouttes de la nuit.

Comprends avec quelle force le Dieu Verbe frappe à ta porte lorsque sa tête est couverte de la rosée nocturne. Car il daigne visiter ceux qui sont exposés à l'épreuve et aux tentations, pour qu'ils ne risquent pas d'être vaincus et de succomber à leurs difficultés. Sa tête est donc couverte de rosée ou de pluie quand son corps est dans la peine. C'est alors qu'il faut veiller, de peur que l'Époux, quand il viendra, ne se retire parce que la maison lui sera fermée. Si tu dors, et si ton cœur ne veille pas, il se retire avant d'avoir frappé. Si ton cœur veille, il frappe et il demande qu'on lui ouvre la porte.

Nous savons donc quelle est l'entrée de notre âme, nous savons aussi quelles sont ces portes dont il est dit : Portes, élevez vos linteaux, élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera. Si tu veux élever ces portes de ta foi, le Roi de gloire entrera auprès de toi, paré du triomphe de sa passion. La justice aussi a des portes. Car nous lisons à leur sujet ce que Jésus dit par son prophète : Ouvrez-moi les portes de la justice. (..)

C'est donc l'âme qui a une entrée, qui a des portes. Le Christ vient à cette entrée et il frappe, il frappe aux portes. Ouvre-lui donc : il veut entrer, il veut trouver son Épouse éveillée" (1)

Voix de mon Bien-aimé qui frappe à la porte : « Ouvre-moi» ! alléluia !

  • (1) Saint Ambroise,  Sermon sur le psaume 118.

juillet 10, 2018

Dieu est en toi - 13

Dieu n'est pas dans le bruit et l'agitation. Il est dans "le creux d'un silence au coeur de ma vie" (1)

(1) Méditation de l'application "Prie en chemin" du 10/7/18

juillet 03, 2018

Esthétique pascalienne

La contemplation de l'univers est source d'un saut transcendantal. C'est ce que nous dit Hans Urs von Balthasar dans sa lecture de Pascal : « Toutes les grandeurs charnelles ou spirituelles n'ont nul rapport avec l'empire de la sainteté ». (1)
« La figure finie ne peut exister et être compréhensible qu'au sein d'un infini » (2)
Cette découverte à l'heure de celle des pandoravirus et des voyages intergalactiques nous emmène un pas plus loin. L'homme est fini mais Dieu est amour...

L’amour est en toi - 12 - 2 Co 4

Il y a des silences qui nous interpellent. Où es-tu donc mon Dieu ?
« Ne perdons pas courage (...) l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos détresses d'un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu'elles nous préparent. Notre objectif n'est pas ce qui se voit ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel »(1)

À nous de persévérer dans cette nuit qui creuse en nous le désir.

(1) 2 Co 4, 17-18

juin 28, 2018

L’amour est en toi - Irenée de Lyon

Le travail de Dieu en l’homme se fait dans la douceur. Écoutons ce que dit Irenée : « Depuis le commencement, le Fils est l'exégète du Père, puisqu'il est depuis le commencement auprès du Père : au temps voulu, il a montré aux hommes pour leur profit les visions prophétiques, la variété des charismes, ses ministères et la glorification du Père, de façon cohérente et claire : Qui dit cohésion dit harmonie, qui dit harmonie dit temps voulu, et qui dit temps voulu dit profit. C'est pourquoi le Verbe s'est fait le dispensateur de la gloire du Père au profit des hommes pour qui il accomplit de telles économies : ainsi il montre Dieu aux hommes, et présente l'homme à Dieu, tout en préservant l'invisibilité du Père, de peur que l'homme n'en vienne à mépriser Dieu, mais, en même temps, pour qu'il ait toujours des progrès en vue, il rend Dieu visible aux hommes en le montrant par de nombreuses économies, de peur que, totalement privé de Dieu, l'homme cesse d'être. Car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vue de Dieu. Si la révélation de Dieu par la création donne la vie à tout être vivant sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe donne-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu ! » (1)

« Ce n’est pas toi qui te fait, mais Dieu qui te fait. Si tu es l’ouvrage de Dieu, attends tout de sa main : Livre-toi à Celui qui peut te modeler et qui fait bien toutes choses en temps opportun; Quant à toi, ton rôle c’est de te laisser ouvrager. Présente-lui un coeur souple et docile, Livre-toi à lui comme une argile malléable. Ayant en toi l'Eau qui vient de lui, Reçois en toi la forme que le Maître Ouvrier veut te donner. Garde en toi cette humilité qui vient de la grâce,  pour ne pas empêcher le Seigneur d’imprimer en toi la marque de son doigt. C’est en recevant son empreinte que tu deviendras parfait, et seul le Seigneur pourra faire oeuvre d’art avec cette pauvre argile que tu es. En effet, faire est le propre de la bonté de Dieu, et le laisser faire, c’est le rôle qui convient à ta nature d’homme ».


(1) Irenée de Lyon, Contre les hérésies, source AELF, office des lectures du 28 juin.

L’amour est en toi - 11 - St jean de la Croix

On ne peut passer sous silence la question posée par Hans Urs von Balthasar p.64. « Pourquoi l'orientation apostolique reste absente ? (...) où trouve-t-on le prochain dans toute l'œuvre de Jean de La Croix ?  » Quid du « Dieu s'abaissant qui vient dans la chair et la souffrance ? »(1)
La réponse du théologien reste ouverte. L'agape est sous entendue chez Jean de La Croix
Mais il ne faut pas faire abstraction du risque d'une tentation mystique, celle qui nous guette dans tout discours chrétien. Dieu nous emporte dans sa danse mais ne laisse pas sur le chemin les oubliés et les souffrants.

Nos élans mystiques ne portent fruit que s’ils conduisent à une véritable charité.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 64


juin 20, 2018

L'amour est en toi -10 - Saint Augustin

Pour que la semence prenne chair,  il nous faut fermer la porte à toutes les mauvaises herbes.  C'est l'enjeu compliqué de toutes vie intérieure. En écho au livre de François Cassingena Trévédy longuement commenté ici on peut entendre les propos d'Augustin : 
«Jésus dit : « Quand tu pries, entre dans ta chambre ». Quelle est cette chambre sinon le cœur, comme l'indique le psaume où il est écrit : « Ce que vous dites dans votre cœur, regrettez-le dans votre chambre » (Ps 4,5 Vulg). Et, dit-il, « après avoir fermé la porte, prie ton Père dans le secret ». Il ne suffit pas d'entrer dans sa chambre, si la porte reste ouverte aux gens indiscrets : les futilités du dehors s'introduisent furtivement par cette porte et envahissent l'intérieur. Les faits passagers et tangibles pénètrent par la porte, dans nos pensées ; c'est-à-dire une foule de vains fantasmes entre par nos sens et troublent notre prière. Il faut donc fermer la porte, ce qui veut dire résister aux sens, afin qu'une prière toute spirituelle monte jusqu'au Père, jaillie du creux de notre cœur où nous prions le Père dans le secret. « Et votre Père, qui voit dans le secret, te le revaudra »… Le Seigneur n'a pas l'intention de nous recommander de prier mais de nous apprendre comment prier. De même plus haut il ne nous recommandait pas l'aumône, mais l'esprit dans lequel il faut faire l'aumône. Il exige la pureté du cœur que l'on peut obtenir seulement par une intention unique et simple, orientée sur la vie éternelle par un amour de la sagesse unique et pur. (1)

(1) Saint Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, 3, 11 (trad. coll. Pères dans la foi, n°5, p. 94 rev.) Source Évangile au quotidien

juin 19, 2018

L’amour est en toi - 9 - la solitude

L'Amour est en toi et cependant t'échappe. Par un petit croquis sur le Christ en croix, saint Jean de la croix nous indique « avec un poids presque écrasant, une troisième idée : celle de la solitude de celui qui marche à la suite du Christ et de l'impossibilité de placer cette œuvre d'imitation sur la même ligne que celle du Christ »(1)

(1) Urs von Balthasar,  GC2.2 ibid. p. 63

juin 14, 2018

Dieu n'est pas violent - 2 - Origène et Jéricho


Cette belle homélie d'Origène pourrait fort bien entrer dans le cadre de mon essai éponyme sur la non violence de Dieu  : "On assiège Jéricho, et il faut la prendre d'assaut. Quels vont être les moyens d'attaque ? On ne tire pas l'épée, on ne dresse pas la machine de guerre, on ne brandit pas les javelots contre elle. Seules sont utilisées les trompettes des prêtres, et elles font s'écrouler les murs de Jéricho.

Dans l'Écriture, nous rencontrons souvent Jéricho comme la figure de ce monde. Par exemple, lorsque l'Évangile nous dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba sur des bandits, cet homme est évidemment la figure d'Adam, chassé du paradis et exilé dans ce monde. Quant aux aveugles de Jéricho, que Jésus vint trouver pour leur rendre la vue, ils représentaient les hommes de ce monde, accablés par la cécité de l'ignorance, et pour qui le Fils de Dieu est venu.
Or, cette ville de Jéricho, c'est-à-dire notre monde, doit s'effondrer. Car, depuis longtemps, les livres saints ont annoncé la fin du monde. Or, comment donc finira-t-il ?

De quelle manière ? Par le son des trompettes, dit l'Écriture. De quelles trompettes ? Demandons à saint Paul de nous dévoiler ce secret ; écoutez ses propres paroles : Elle sonnera, la trompette, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront, impérissables. Et encore : Sur l'ordre de Dieu, à la voix de l'archange, au son de 1a trompette, le Seigneur descendra du ciel. C'est alors qu'au son de la trompette notre Seigneur Jésus (Josué) triomphera de Jéricho, et sa victoire sera si accablante que seule la courtisane avec toute sa maison sera sauvée. Il viendra donc, Jésus, notre Seigneur, et il viendra au son des trompettes. ~

Dans ce récit Rahab symbolise avec sa famille ceux qui seront sauvés. Que le Seigneur la sauve, elle seule qui accueillit ses éclaireurs, c'est-à-dire qui a reçut ses Apôtres avec foi et soumission, et les installa dans le haut de sa maison qu'il joigne et unisse cette courtisane à la maison d'lsraël. Mais cessons de rappeler ses anciennes fautes et de lui en tenir rigueur. Elle a été courtisane autrefois, maintenant elle a été unie au Christ comme une vierge chaste à son unique époux. Écoutez comment l'Apôtre parle d'elle : Je vous ai fait rencontrer le seul Époux et vous êtes l'épouse chaste que j'ai unie au Christ. Il en venait, celui-là même qui disait : Nous étions autrefois tous insensés, errants, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de jouissances.

Faut-il de plus longs commentaires pour vous expliquer comment la courtisane n'est plus une courtisane ? Écoutez encore saint Paul : Vous avez été tout cela, mais tous vous avez été lavés, et vous avez été sanctifiés au nom de Jésus Christ notre Seigneur et dans l'Esprit de votre Dieu.

Pour qu'elle échappât, en effet, à la ruine de Jéricho, elle reçut des éclaireurs le signe très puissant du salut, le fil d'écarlate. Car c'est par le sang du Christ que l'Église universelle est sauvée, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles." ( 1)

Dieu ne brandit d'autres armes qu'un Fils déchiré par une lance.
A méditer.


(1) Homélie d'Origène sur Jéricho, source, office des Lectures,  AELF

juin 09, 2018

L.’amour est en toi - 8 - Saint Augustin

Clin d’oeil de La Croix du week-end sur ma web série : « Dans la tradition chrétienne, l’intériorité n’est pas le fruit d’un travail, ni d’un « développement personnel », mais d’une rencontre, magnifiquement illustrée par la célèbre formule d’Augustin : « Deus est interior intimo meo » (« Dieu est plus intérieur que le plus intérieur »).« Ce qui se murmure dans cette formule, c’est qu’au fond de notre intériorité se trouve toujours déjà la présence d’une brûlure prévenante et aimante : celle de l’autre, celle du Grand Autre », souligne Éric Fiat » (1)



(1) Élodie Maurot in « un si grand besoin d’intériorité », La Croix du 9/6/2018

juin 08, 2018

L’amour est en toi - 7 - Saint Jean de la Croix

« Cuán manso y amoroso
Recuerdas en mi seno ! »(1)
« Avec quelle douceur et quel amour
Vous vous réveillez dans mon sein »

« Le monde s'élève dans l'âme en même temps que Dieu ! » ajoute Hans Urs von Balthasar sur cette citation de Vive Flamme. On est au cœur de l'inhabitation de Dieu en l'homme et probablement du travail de la grâce...

En cette fête du Sacré Cœur, et la lecture de Jn 19, cette méditation nous conduit encore plus loin. Car notre cœur ne peut être indifférent au coeur transpercé du Christ.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 48

juin 07, 2018

Jeux de kénose - St Jean de la Croix

Poursuivons notre lecture de Jean de la Croix, dans les yeux de Balthasar :
«La quête est tellement absolue (...) tend tellement à l'absolu qu'elle ne peut pas finir par [le] trouver (...) on [ne] peut pas dire (...) comme chez Rilke « nous projetons des Dieu » (...) car il sait qu'il est pris et porté plus loin ; plus que se vider lui-même, il est vidé ; il agit moins que Dieu n'agit en lui, c'est pourquoi la base de sa contemplation, c'est d'être contemplé ; de même que (...) les yeux de Dieu ne sont qu'esquissés dans l'âme, et que celle-ci persévère dans l'attente de voir apparaître l’œil divin dans le milieu de la foi » (1)

L'enjeu de la quête de St Jean de la Croix est ici cette double kénose, ce jeux des kénoses réciproques qui touche à ce que j'appelle la danse trinitaire (2), une circumincession où la kénose de Dieu appelle et creuse notre humilité et nous conduit à la révélation ultime.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles
2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 45

(2) La danse trinitaire et repris maintenant dans L'amphore et le Fleuve

juin 06, 2018

La Gloire et la Croix - Jn 13,31-32

Une question légitime en groupe de lectio divina sur ces deux versets de Jn 13 : « Νῦν ἐδοξάσθη ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου, καὶ ὁ θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ· ⸂εἰ ὁ θεὸς ἐδοξάσθη ἐν αὐτῷ,⸃ καὶ ὁ θεὸς δοξάσει αὐτὸν ἐν ⸀αὑτῷ, καὶ εὐθὺς δοξάσει αὐτόν.» («Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui, il le glorifiera aussitôt.»)
Difficile, avec nos yeux du XXIème siècle de voir la gloire divine dans le lavement des pieds et la bouchée à Judas. Et pourtant, à l'aune de Ph. 2,11 et de la kénose, il faut entendre les deux versets non sous l'angle de la gloire mondaine, mais sous celui de la révélation kénotique de la faiblesse divine : en paraphrasant et remplaçant « gloire » (doxa, kabod au sens d'Exode 34) par « lumière de la révélation » on obtient une version peut-être plus accessible à l'homme d'aujourd'hui : « Maintenant le Fils de l'homme s'est révélé amour, et Dieu a été révélé en lui comme Dieu humble et aimant. Si Dieu a été révélé en lui, Dieu aussi le/[se] révélera en lui, [et] il le glorifiera aussitôt.»

L’amour est en toi - 6 - Saint Jean de la Croix

Dieu « possède une souveraine humilité (...) il se découvre lui-même à vous avec joie (...) il vous met à son niveau (...) et vous dit « je suis content d'être ce que je suis pour être à toi et me donner à toi »(1).

À méditer et entendre pour nous dans l'aujourd'hui de nos vies.

(1) Saint Jean de la Croix, L.III 6 (G. p. 978) cité par Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 43

juin 05, 2018

L’amour est en toi - 5 - Jean de la Croix

« La mystique de Jean ne peut s'achever que dans l'ordre trinitaire ». Une danse (1) qu'Hans Urs von Balthasar souligne à sa manière dans la même page : Dieu comme « centre » du mystère, le mystère de l'Esprit-Saint et l'amour de la créature qui devient « par la grâce, une aspiration à la spiratio divine (...) appelée (...) à participer passivement et activement (...) miracle de la grâce (...) miracle du contact substantiel entre le je et le Toi, de l'éveil du Toi au cœur même du je et du je au coeur du Toi (...) Vous vous réveillez ô Verbe-Époux, dans le centre et le fond de mon âme, dans sa pure et intime substance » (2)

(1) cf. mon livre éponyme La danse trinitaire (in À genoux devant l’homme)
(2) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 41


juin 04, 2018

La quête de Dieu - 2 - Saint Jean de la Croix

Au coeur de notre désir de Dieu, le monde perd sens... il nous faut abandonner tout désir de comprendre. En effet cela "prive l'aventure de la quête de Dieu" (...) qui n'est accessible que "dans la nuit".  Il nous faut parvenir à l'oubli volontaire de toutes les impressions extérieures afin que dans le silence cette faculté se taise et prête seulement l'oreille de l'esprit pour écouter Dieu" (1) La nuit obscure est un long processus qui conduit progressivement à "la perte du goût pour les choses sensibles et les biens finis [qui] prouve déjà qu'on commence à goûter Dieu tel qu'il est en lui-même". Il faut pour Jean de la Croix, comme le précise Hans Urs von Balthasar un "renoncement radical (...) un retrait passif de toute délectation (...) le minuit de la pure foi aveugle (2)" avant le commencement de la lumière.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p 35
 
(2) p. 38-39

L’amour est pour toi - 4 - Curé d’Ars

Si l'on peut méditer ce don fait à l'homme par l'Amour, c'est peut-être en contemplant ce vide qui se creuse en nous dans la prière pour recevoir Dieu.

Sentez-vous en effet ce manque que Dieu seul peut combler ? Il est en creux ce que l'amour est en surplus. Il naît d'un désir et d'une soif que l'on n'étanche pas...

"Dieu voulut se donner Lui-même pour nourriture.

Mais le grand malheur est qu'on néglige de recourir à cette divine Nourriture, pour traverser le désert de cette vie. Comme une personne qui meurt de faim à côté d'une table bien servie, il y en a qui restent cinquante, soixante ans sans nourrir leur âme.

Si les chrétiens pouvaient comprendre ce langage de notre Seigneur qui leur dit : « Malgré ta misère, Je veux voir de près cette belle âme que J'ai créée pour Moi. Je l'ai faite si grande qu'il n'y a que Moi qui puisse la remplir. Je l'ai faite si pure qu'il n'y a que mon Corps qui puisse la nourrir. » (1)

(1) Saint Jean-Marie Vianney, Esprit du Curé d'Ars dans ses Catéchismes, ses Sermons, ses Conversations (Abbé Monnin, Éds Tequi 2007, p. 57-58, rev.)

juin 01, 2018

Le mystère de Dieu - 3 - Saint Jean de la Croix

"La conquista essentielle qui, per caminos nuevos nunca sabidos, conduit, en tâtonnant dans l'obscurité, à une sabidura oscura. L'idée de secret est essentielle chez Jean de la Croix, [sans aucun] relent de science secrète (...) ne promet rien (...) mais seulement l'immensité infinie et sans image du Dieu incompréhensible. (...) Le rayon de ténèbres est obscur (...) sans doute parce que l'âme n'est pas adaptée à la lumière excessive" (1)

On prendra le temps de contempler cette immensité divine...
Ce mystère n'est pas là pour nous perdre mais pour aiguiser notre désir et notre soif jusqu'à l'affirmation du Centurion quand se déchire le voile.

(1) Hans Urs von Balthasar, Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Styles 2, De Jean de la Croix à Péguy, Paris, Aubier, 1972 p. 16

mai 31, 2018

L'amour est en Toi - 3

« Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Éclate en ovations, Israël !
Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie,fille de Jérusalem !
Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi,
il a écarté tes ennemis.
Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.
Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem :
« Ne crains pas, Sion !
Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;
il exultera pour toi et se réjouira,
comme aux jours de fête. » (1)

"Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.
Exultant de joie,
vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Ce jour-là, vous direz :
« Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »
Redites-le : « Sublime est son nom ! »
Jouez pour le Seigneur,
il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie,
habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi,
le Saint d’Israël !"

"En ces jours-là,Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.

Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »
Marie resta avec Élisabeth environ trois mois,
puis elle s’en retourna chez elle. (3)

Sans autre commentaire que celui du tressaillement,  déjà largement évoqué dans ces pages et dans le Mendiant et la Brise (4)

(1) So 3, 14-18
(2) Isaïe 12, 2, 3, 4abcd, 4e-5, 6
(3) Lc 1, 39-56, Source AELF
(4) voir mon livre éponyme

L'amour est en Toi - 2

"L’âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, (...) elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté.L’esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel.
Ces mots, [conviennent] tout spécialement [à la] bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d’un privilège unique, brûlait d’un amour tout spirituel pour celui qu’elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d’exulter de joie en Jésus – c’est-à-dire en son Sauveur – car celui qu’elle reconnaissait pour l’auteur éternel de notre salut, elle savait qu’il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu’en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu.
Car le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom  ! Pas une allusion à ses mérites à elle. Toute sa grandeur, elle la rapporte au don de Dieu qui, subsistant par essence dans toute sa puissance et sa grandeur, ne manque pas de communiquer grandeur et courage à ses fidèles, si faibles et petits qu’ils soient en eux-mêmes.Et c’est bien à propos qu’elle ajoute : Saint est son nom, pour exhorter ses auditeurs et tous ceux auxquels parviendraient ses paroles, pour les presser de recourir à l’invocation confiante de son nom. Car c’est de cette manière qu’ils peuvent avoir part à l’éternelle sainteté et au salut véritable, selon le texte prophétique : Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. C’est le nom dont elle vient de dire : Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
(...) On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l’incarnation du Seigneur, s’enflamment d’une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c’est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l’heure du repos, de se rassembler pour retrouver l’unité de son attention.(1)
C'est en contemplation de celle qui a porté l'amour que l'on peut murmurer : "Bienheureuse es-tu, Marie,d'avoir été pauvre devant Dieu ;l’amour s’est emparé de toi et tu as chanté :Mon âme exalte le Seigneur." (2)

(1) Saint Bède le Vénérable,  Homélie sur le Magnificat
(2) Oraison de l'office des lectures du 31 mai.

mai 30, 2018

L'amour est en Toi - 1

Dieu mets en nous l'amour comme une source,  un potentiel,  charge à nous de libérer cette force venue de Lui.

"Lorsque je te serai uni par tout moi-même, il n'y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera vivante. Celui que tu combles, tu l'allèges, car lorsque je ne suis pas comblé par toi, je me suis à charge à moi-même." (1)

L'amour en nous est comme cette flamme fragile que nous cherchons à allumer alors que le vent de la vie nous harasse. 

Elle ne cesse de s'éteindre en apparence parce que nous prenons pas le temps de rentrer en nous mêmes pour retrouver le feu de l'origine. 

 « Magnifiez le Seigneur avec moi » (Ps 33,4). Le Seigneur est magnifié non parce que la voix humaine lui ajoute quelque chose, mais parce qu'il grandit en nous. Car le Christ est l'image de Dieu (2Co 4,4; Col 1,15), et c'est pourquoi, si quelqu'un agit avec dévotion et justice, il fait grandir en lui cette image de Dieu — à la ressemblance de qui il a été créé (Gn 1,26) — et en la faisant grandir, il est élevé en une sorte de participation à sa grandeur.(2)

La flamme ne peut grandir qu'en contemplant le feu du buisson ardent,  le Christ en Croix et ce qu'il révèle du Pere.

A méditer

(1) Saint Augustin,  Les confessions,  chapitre VIII (?)
(2) Saint Ambroise, Commentaire sur l'évangile de Luc, 2, 19-27 ; PL 15, 1559 ; SC 45 (trad. Orval rev.) 

mai 29, 2018

Une dernière valse - Top 20

"Une dernière valse" classé n°14 en et sur / Fnac... 156 ventes/téléchargement gratuit depuis début mai :-)
Un succès inattendu pour ma petite nouvelle sur l'Avre... publiée il y a quelques années..

Elle porte à plus de 250 mes ventes de livre en mai... :-)

mai 28, 2018

La loi et la vie - Saint Clément d’Alexandrie

" Si la Loi de Moïse pouvait nous donner la vie éternelle, pourquoi notre Sauveur serait-il venu au monde et aurait-il souffert pour nous depuis sa naissance jusqu'à la mort, parcourant toute une vie humaine ? Pourquoi le jeune homme qui accomplissait si fidèlement depuis sa jeunesse les commandements de la Loi, se serait-il jeté aux pieds d'un autre pour demander l'immortalité ? 
Ce jeune homme observait toute la Loi, et s'y était attaché dès sa jeunesse... Mais il sent bien que s'il ne manque rien à sa vertu, la vie lui fait encore bien défaut. C'est pourquoi il vient la demander à celui qui seul peut l'accorder ; il est sûr d'être en règle avec la Loi, cependant il implore le Fils de Dieu... Les amarres de la Loi le défendaient mal du roulis ; inquiet, il quitte ce mouillage dangereux et vient jeter l'ancre au port du Sauveur.

Jésus ne lui reproche pas d'avoir manqué à la Loi, mais il se met à l'aimer, ému par cette application de bon élève. Toutefois il le déclare encore imparfait... : il est bon ouvrier de la Loi, mais paresseux pour la vie éternelle. La sainte Loi est comme un pédagogue qui achemine vers les commandements parfaits de Jésus (Ga 3,24) et vers sa grâce. Jésus est « l'aboutissement de la Loi pour que soit donné la justice à tous ceux qui croient en lui » (Rm 10,4)" (1)
Nous le voyons bien. Nos vies trouvent sens dans une morale personnelle, dans un vivre ensemble. Mais cela ne suffit pas. La vie, celle dont parle Clément, celle évoquée par Jésus à Nicodeme est ailleurs. Elle est "en Christo", habitée, transformée par le don véritable, celui qui nous décentre et n'appelle aucun retour. Celui d'une mère pour son enfant, d'un Père à l'amour infini qui cours à la rencontre du Fils prodigue. La vie en Dieu est plus que toute morale. Elle vient de Dieu et reviens à Dieu.
(1) Saint Clément d'Alexandrie, Homélie, quel riche peut être sauvé? Trad. Ichtus, t. 6 p. 28 rev. Source: Évangile au quotidien 

mai 27, 2018

Sainte Trinité - le mystère de Dieu 2

Que nous dit Paul en 1 Co 2, 14-16" : "L'homme, par ses seules capacités, n'accueille pas ce qui vient de l'Esprit de Dieu ; pour lui ce n'est que folie, et il ne peut pas comprendre, car c'est par l'Esprit qu'on examine toute chose.Car il est écrit : Qui a connu la pensée du Seigneur et qui pourra l'instruire ? Eh bien nous, nous avons la pensée du Christ !"Celui qui est animé par l'Esprit soumet tout à examen, mais lui, personne ne peut l'y soumettre.

Cette Parole a de quoi nous déranger,  car elle met un doute sur nos raisonnements raisonnants. Le mystère de Dieu est plus grand que nos limites humaines.  

Laissons nous porter par le souffle de l'Esprit. 

Avons - nous la pensée du Christ ? Non par nos forces. Mais l'Esprit qui nous conduit peut faire de nous des instruments de sa grâce. 

Le mystère de la Trinité,  de la Circumincession divine est celui d'une danse à laquelle Dieu nous invite.  Elle passe par la kénose du Fils et nous conduit au décentrement véritable. 

mai 24, 2018

Le mystère de Dieu - saint Colomban

« Qui donc est Dieu ? Père, Fils et Esprit Saint, Dieu est un. Ne te demande rien de plus au sujet de Dieu. Que ceux qui veulent savoir le fond des choses concernant Dieu commencent par considérer l'ordre naturel. Le savoir concernant la Trinité est en effet justement comparé à la profondeur de la mer, dont la Sagesse a dit : Ce qui est profond, qui peut l'atteindre ? Comme le fond des mers est invisible aux regards des hommes, ainsi la divine Trinité demeure insaisissable à la compréhension humaine. C'est pourquoi, si quelqu'un veut comprendre ce qu'il doit croire, qu'il ne s'imagine pas pouvoir le faire davantage par des raisonnements que par la foi ; car la sagesse divine ainsi recherchée se retirera plus loin encore.» (1)

Une belle correspondance avec la sourate 39 largement commentée dans mon livre « le mendiant et la brise » est donnée dans ce texte de l’office des lectures.

(1) Saint Colomban, instruction sur la foi



Kierkegaard dans la Pléiade

Saluons l’article d’Elodie Maurot aujourd’hui dans La Croix et cette belle citation du maître : «  De même que le lac immobile a sa cause première dans une source cachée à l’œil des hommes, de même l’amour de l’homme a sa cause première dans l’amour de Dieu et Celui-ci est une cause plus profonde encore. S’il n’existait pas de source dans les profondeurs, si Dieu n’était pas amour, il n’existerait pas plus de lac immobile que d’amour en l’homme », écrivit Kierkegaard (Vie et règne de l’amour, 1847).»

mai 21, 2018

Oeconomicae et pecuniariae quaestiones - Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économique et financier actuel

La doctrine de la foi vient de publier un texte qui mérite qu’on s’attarde : Oeconomicae et pecuniariae quaestiones - Considérations pour un discernement éthique
sur certains aspects du système économique et financier actuel.

Extrait du n.17 : « Ce qui est moralement inacceptable, ce n’est pas le simple fait de faire un gain, mais celui d’utiliser à son avantage une inégalité pour générer des profits importants au détriment des autres; c’est de faire fortune en abusant de sa position dominante au détriment d’autrui ou de s’enrichir en nuisant au bien-être collectif ou en le perturbant »

N. 20 : «  Il est donc clair que les marchés ont besoin de directives solides et fortes, macro-prudentielles aussi bien que normatives, qui soient uniformes et partagées par le grand nombre. Ces règles doivent aussi être continuellement mises à jour, vu la réalité même des marchés constamment en évolution. Ces orientations doivent garantir un contrôle sérieux de la fiabilité et de la qualité de tous les produits économiques et financiers, en particulier les plus complexes. Lorsque la rapidité des processus d’innovation produit des risques systémiques excessifs, les opérateurs économiques doivent accepter les contraintes et les freins exigés par le bien commun, sans tenter de les contourner ou d’en réduire la portée. »

N.24 : « La circularité naturelle qui existe justement entre le profit – facteur inhérent à tout système économique – et la responsabilité sociale – élément essentiel pour la survie de toute forme de coexistence civile – est appelée à manifester toute sa fécondité. »

Un thème à creuser.


Voire sur le même sujet : Confessions d’un banquier d’affaires

mai 11, 2018

Image de Dieu ? - Gaudete et Exsultate 98

« Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m'arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l'espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C'est cela être chrétien ! Ou bien peut-on comprendre la sainteté en dehors de cette reconnaissance vivante de la dignité de tout être humain ? » (1)

À méditer en vue de l'agir.

(1) Pape François, Gaudete et Exsultate n. 98

mai 10, 2018

Dynamique sacramentelle de l’image

Dieu a mis en l'homme une étincelle de sa gloire insaisissable nous dit en substance le Ps 8. « L'homme a part à la forme théophanique de Dieu » surenchérit Hans Urs von Balthasar citant notamment Si 17, 1-10. Mais si la dimension dialogale et sexuelle de la rencontre est visée à travers Gn 2, dont on trouve les prémisses chez Osée et Jérémie, si l'homme, comme le suggère Karl Barth est « formellement préparé pour la grâce » (2), « l'affirmation reste flottante et ouverte, l'énigme ne se laisse déchiffrer que prospectivement en direction de la Nouvelle Alliance où le rapport homme-femme justement aussi avec sa différence de niveau, plongera dans la zone de la « gloire » (1 Co 11, 7-12), parce que le rapport charnel homme-femme ne sera plus seulement une image pour le rapport Dieu-humanité (...) mais en tant que rapport incarné du Christ époux et de l'Eglise épouse, deviendra le terme supra-sexuel auquel tendait tout le rapport entre les sexes. Le mariage n'est donc pas protologiquement « l'image » de Dieu ; il l'est eschatologiquement, au point où il se dépasse dans le rapport virginal et eucharistique du Christ-homme et de l'Eglise-femme » (3).
Comment résumer cela. Notre prétention à la gloire n'est qu'une trace insaisissable et sacramentelle d'une dynamique plus vaste, celle de la rencontre entre Dieu et l'homme, celle de l'amour entre le Christ et l'Église.

(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et La Croix, 3, Théologie, Ancienne Alliance, Paris, Aubier, 1974 p. 84
(2) KD III/1 p. 331, cité par Hans Urs von Balthasar p. 89
(3) Hans Urs von Balthasar, ibid p. 90

Parole et décentrement

« Si la communauté (...) dispose d'un prêtre, donc de la messe, alors elle a tout et entre dans l'autosuffisance. Au fond elle n'a plus besoin des autres. Elle estompe la pauvreté du Christ [et oublie les affamés] »(1). Le diacre introduit la chance d'un « aller et retour entre l'Église déjà présente et les semences du Royaume »(2). Il est passeur, « serviteur de la Parole, au triple sens de phrases prononcées, d'acte de s'exprimer par toute la vie et de témoignage. Le ministère diaconal décentre l'Église d'elle-même »(3)

(1) Mgr Albert Rouet, diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 173
(2) et (3) ibid p. 177

mai 03, 2018

L’hostie fracturée - 2

« Loin de nous contenter et de nous remplir de satisfaction, l'eucharistie creuse en nous un plus large désir :
« c'est celui-ci [l'amour] qu'elle mange, et qu'elle mange à tout heure, car ce qu'elle ne cesse de manger, elle ne cesse, après l'avoir mangé, d'en avoir faim(1) ».

Je retrouve en d'autres mots une idée portée par Teilhard de Chardin dans La custode : on croit le tenir, mais déjà Il nous échappe...(2)

(1) Jean de Ford, Sermons sur le cantique, 51,3, Oka, Québec 2000 p. 97 cité par Mgr Albert Rouet, diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 170
(2) cité de mémoire

Témoignage et unité

Après son allusion à l'aller-retour du diacre entre le monde et l'Église, Mgr Rouet précise les deux raisons principales de la « sacramentalité du diaconat : 1) témoigner de l'initiative [primerea - première (1)] de Dieu et 2) unifier la création dans le souffle de l'esprit qui prend les hommes pour collaborateurs" (2)
Une double dimension qui fait sens dans nos « hôpitaux de campagne » (3)

(1) expression chère au Pape François d'après Antonio Spadaro dans L'Église que j'espère, Flamarrion/Etudes, 2013 p. 119
(2) Mgr Albert Rouet, diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 117
(3) Spadaro ibid p. 67

avril 30, 2018

Église et homosexualité - La Croix du 21 avril

Saluons ce numéro du 21 avril qui ose aborder un sujet qui fâche dans notre Église. A l’aune des tensionsbpost-mnif pour tous, il fallait prendre du recul et oser un discours tout en nuance. Je retrouve lá certaines interrogations de mon livre “un désir brisé”.


avril 29, 2018

La coupe percée

"Un corps qui saigne ne garde rien, il se vide (...) répandu sur l'univers [le corps du Christ] n'a pas de présence sans don de soi - c'est le sacrifice et [son] don est universel ; voilà pourquoi le [diacre] (...) celui qui partage la vie des hommes, leurs joies et leurs peines familiales, professionnelles, politiques... celui-là élève la coupe du sang" (1) et ce faisant, il fait de la grande doxologie finale un acte spécifiquement eucharistique, il entre ainsi dans la dynamique sacramentelle même où tout est eucharistié, partagé, offert et en cela "construit l'Église" (ibid).

(1) Mgr Albert Rouet, Diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 166 et 164.

avril 26, 2018

L’hostie fracturée

"l'hostie ronde, complète, intacte, qui révèle une Présence en soi, (...) ne va pas jusqu'au bout d'elle-même, en ce sens que la présence ne se donne comme présence réellement réelle, accomplie et parfaite, que lorsqu'elle se livre, se donne et se partage. C'est à la fraction du pain (le premier nom de la messe) que le Christ est reconnu par les pèlerins d'Emmaüs (Lc 24, 31). Le partage du pain entre les mains du Christ déchire la nourriture comme se fend le voile du temple, et "leurs yeux s'ouvrirent". (...) Sa présence ne peut s'effectuer autrement que sous la forme du don, de la source et de l'envoi. Loin d'être statique ou assignable à résidence (le divin prisonnier du tabernacle), Dieu se rend présent (...) est mouvement (...) souffle dynamique (...) levain dans la pâte" (1)
C'est dans l'hostie fracturée, immolée sur la Croix, signe du don et de la communion des souffrants que se réalise ce que Dieu veut signifier.

Est-ce en cela qu’il faut entendre ce que disait Augustin en donnant la communion, “deviens ce que tu recoit, le corps du Christ “(2) ?

(1) Mgr Albert Rouet, Diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 158
(2) cité par André Brompart, dans La Croix du 19/4/18

avril 17, 2018

Douceur - Maurice Bellet

Bel hommage à Maurice Bellet dans la Croix du 12 avril (1) avec cette citation qui résume l’homme et fait écho à ce que je citais récemment chez Emmanuel Mounier : «   la puissance de la charité, cette douceur « qui fait à l’autre ce don majeur : qu’il se sente exister, humain parmi les humains, sans que de lui ou d’elle on exige rien » 
(Un chemin sans chemin, Bayard, 2016). (1)

(1) Frédéric Boyer, La Croix du 12 avril 2018

La tentation gnostique - GE 38

Tout discours prend le risque «  d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut. Cette superficialité arrive cependant à subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l’équilibre gnostique réside dans la forme et semble aseptisé ; et il peut prendre l’aspect d’une certaine harmonie ou d’un ordre qui englobent tout. » (1)

À méditer

(1) Pape François,  Gaudete et Exsultate n.38

La tête et le corps

Une petite remarque de Mgr Rouet qui donne à penser : chez Paul, la Tête n'avait pas forcément la suprématie sur le corps (1). Il faut, pour lui, attendre Gatien au 2eme siecle pour que cela prenne sens. Le Christ tête n'exclut pas une dimension polyèdrique de l'Église comme le dirait le pape François. À méditer à l'aune de nos tentations cléricales.

(1) Mgr Albert Rouet, Diacres, une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 98

Faiblesse et grâce - Gaudete et Exsultate n• 34

Je me plonge dans la nouvelle exhortation apostolique et trouve sans étonnement des pépites : « la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce » C'est un beau résumé du chemin que le pape François nous ouvre là.
À contempler

Dynamique 19 : Diaconat - ministère de l’aller retour

Comme évoqué plus haut, la compréhension du sacramentel autour de la prise en compte de la personne même du Christ - Sacrement source - dépasse et amplifie l'enjeu des 7 sacrements ritualisés pour traduire la nécessité d'un aller retour constant entre le monde dans sa réalité complexe et le divin en ce qu'il nous appelle à l'amour sous ses deux formes complémentaires (Dieu et le prochain).
Quand Albert Rouet parle du diaconat comme le « ministère de l'aller -retour » (1), il traduit bien à mon avis ce souci de creuser dans le monde un chemin pour la grâce qui n'est alors pas le seul fait de Dieu mais la danse entre l'homme et Dieu.

L'église bâtiment comme l'Église institution ne sera jamais le seul contenant du travail de l'Esprit et en cela la place du diacre peut être dans ce souci visible ( donc sacramentel) de l'hôpital de campagne, tendu entre le monde et l'église, soucieux de ne pas rester au seuil mais d'aller loin, pour le compte et en obéissance avec l'évêque dans sa quête de la brebis égarée.

Sa place est donc bien dans “l’univers sacramentel” décrit par Mgr Rouet (2) d’une Église toute entière sacrement du Royaume.

(1) Mgr Albert Rouet, Diacres, une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 103
(2) ibid p. 112

Dynamique sacramentelle 18 - la place du diacre, Albert Rouet

Encore une phrase qui renforce ma thèse sur l'élargissement nécessaire de la conception du sacramentel :
« La sacramentalité de son ordination [diacre] découle de ce que l'Église étant sacrement du royaume, il sert « l'ecclésial » hors de l'Église. Sa dimension sacramentelle signifie et rend présent dans l'Église et pour son élan vers le monde le Christ Premier Né de toute créature. C'est donc par rapport au Royaume qu'il convient de comprendre Le sacramentel, et non seulement à partir de sa stricte « utilisation » communautaire (...) tout sacrement est sacrement de l'Église, qui est elle-même sacrement du Royaume » (1)
À quoi aboutit-on à ce stade ? Probablement à la prise en compte de la supériorité du sacrementel sur Le liturgique qui n'en est que la traduction symbolique et nécessaire.

La beauté de nos liturgies, ce qu'elles traduisent de nos traditions et de notre obéissance à ces rites reste creux si la dimension sacramentelle de la marche vers le royaume n'est pas la toile de fond.

(1) Mgr Albert Rouet, diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 99

La barque de l'Église

"Le Christ monte dans une barque : n'est-ce pas lui qui a découvert le lit de la mer après avoir rejeté ses eaux, afin que le peuple d'Israël passe à pied sec comme en une vallée ? (Ex 14,29) N'est-ce pas lui qui a affermi les vagues de la mer sous les pieds de Pierre, de sorte que l'eau fournisse à ses pas un chemin solide et sûr ? (Mt 14,29) Il monte dans la barque. Pour traverser la mer de ce monde jusqu'à la fin des temps, le Christ monte dans la barque de son Église pour conduire ceux qui croient en lui jusqu'à la patrie du ciel par une traversée paisible, et faire citoyens de son Royaume ceux avec qui il communie en son humanité. Certes, le Christ n'a pas besoin de la barque, mais la barque a besoin du Christ. Sans ce pilote venu du ciel, en effet, la barque de l'Église agitée par les flots n'arriverait jamais au port. (1)

A contempler

(1) Saint Pierre Chrysologue, Sermon 50, 1.2.3 ; PL 52, 339-340 (trad Bouchet, Lectionnaire, p. 324 rev.)

avril 13, 2018

Dynamique sacramentelle - le diaconat a besoin d’espace

« Quand l'Église se considère elle-même, quand son regard se porte prioritairement sur elle-même, au fond elle peut se passer de diacre permanents. (...) Au contraire, quand elle se tourne vers l'humanité et vers le royaume dont elle est le sacrement, alors les diacres lui sont nécessaires » (1)
Une belle image qui réoriente la dimension sacramentelle de la diaconie.


Elle est complétée plus loin par un phrase qui souligne ce point. « Une sorte de myopie n'envisage les sacrements que pour l'Église et en son sein (...) il y a [au contraire] au coeur même de l'activité sacramentelle, un dépassement, une ouverture, par lesquels, comme aurait pu dire Pascal, l'Église passe par l'Église. Un outrepassement. (2)


(1) Mgr Albert Rouet, diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 87
(2) ibid p. 98

avril 01, 2018

Déposer et revivre - il est ressuscité !

Comme le suggère déjà Isaïe 53, 12, "il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort,et il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs."
Méditons un instant ce dépouillement à l' aune de Jn 10, 17-18.
Ma vie, nulle ne la prends, c'est moi qui la dépose ...

Il a déposé sa vie entre les mains du Père.  "C'est pourquoi Dieu l'a relevé et lui à donné le nom" de Dieu sauveur, suggère en écho Philippiens 2.

Louange et gloire à notre Dieu.  Il est ressuscité !

mars 24, 2018

Une lecture kénotique des Rameaux - Saint André de Crête

"Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l'explique l'Écriture, au-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui nous dominent, quel que soit leur nom.

Et il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix. Il sera doux et humble, il fera modestement son entrée. ~

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion, imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour répandre sur son chemin, comme ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit afin d'accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.

Car il se réjouit de s'être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui monte au dessus du couchant, c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.

Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, il soit monté au sommet des cieux, à l'orient, comme dit le psaume, j'estime qu'il l'a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l'humanité, afin d'élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l'emporter avec lui dans les hauteurs.

C'est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n'étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d'arbres qui vont bientôt se faner, et qui ne réjouissent le regard que peu de temps. Notre vêtement, c'est sa grâce, ou plutôt c'est lui tout entier que nous avons revêtu : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. C'est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas.

Par notre péché, nous étions d'abord rouges comme la pourpre, mais le baptême de salut nous a nettoyés et nous sommes devenus ensuite blancs comme la laine. Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort.

Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'lsraël" (1)

(1) Saint André de Crête,  Homélie pour le dimanche des rameaux, source AELF

mars 22, 2018

Christ mystère - Albert Rouet

A partir de l'expression de Heb 2,2 : "Christ mystère" écoutons le commentaire de Mgr Rouet  ; "Le mystère désigne donc l'inépuisable générosité de Dieu, ce fleuve surabondant qui, du Père et à travers le cœur transpercé du Fils vivifie l'humanité. L'Église vit de cette eau. Elle la reçoit pour la répandre. Elle est ainsi dépassée, en amont par la largesse de Dieu qui se donne, l'infini de son amour ; en aval vers l'indéfini de l'humanité toujours multiple, nouvelle et ancienne, repliée et novatrice" (1)

Un écho à mon livre éponyme " l'amphore et le fleuve". Mais plus encore un hymne à la réalité du Dieu amour... Il nous abreuve et nous inonde de sa grâce. À contempler.

(1) Mgr Albert Rouet, Diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 56-7

Tendresse blessée - Péguy

"Nul chemin ne conduit le chrétien au Domaine qui ne passe au carrefour de la Croix. La joie ne lui est pas retirée : elle est le son même de sa vie. Mais le bonheur tranquille n'est pas la joie. La joie dans les larmes, ou pendant le bon temps, une joie ardente et voilée, voilà l'état naturel du chrétien. Péguy disait que la tendresse, à cause de cela est la moelle du catholicisme. Une tendresse blessée...(1)

Un écho à mon "Dieu de faiblesse" éponyme?

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 175

mars 16, 2018

Piétisme et fadeur

« Si le chrétien donne si souvent l'impression dans ses homélies sociales de ne pas avoir prise sur la réalité vivante (...) c'est bien souvent que l'énergie chrétienne qui lui donnerait le mordant (...) s'est affadie en lui dans un piétisme sans âme et sans accent : si bien qu'aux meilleures mêmes l'âpreté et l'indignation apparaissent comme une faute, l'affirmation des déterminismes, des contradictions provisoirement insolubles, des nécessités comme une impiété. » Mounier nous invite ainsi à « l'ascèse des contradictions et des expériences directement débattues »(1).
Qu'est-ce à dire ? Sombrons nous encore aujourd'hui dans un laisser faire au nom d'une miséricorde trop vite accordée. Ses propos sont durs et interpellent. Dans le contexte de 1934 sont ils plus pertinents qu'aujourd'hui ?
Personnellement j'ai peut-être cette fadeur du miséricordieux et le manque de mordant d'une piété exacerbée. Mais je sais qu'un jugement hâtif n'est pas non plus chrétien.
Notons seulement que Mounier dénonce aussitôt le risque de sombrer dans un discours moral, « responsable de la médiocrité de l’action ».
À méditer

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 153

mars 15, 2018

La discrétion de Dieu

Une belle évocation chez Mounier qui entre en écho avec « la voix d'un fin silence », mon livre éponyme : « Saint Irénée évoquait la pédagogie divine ; on a parlé depuis de la discrétion de Dieu. Un immense silence qui dure toute l'histoire ; une inspiration par touches intimes qui laissent le champ libre à tout appareil humain ; la patience de tous les détours qui séparent l'inspiration de l'effet : telles apparaissent ces voies qui ne sont pas nos voies ». (1)

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 116

mars 13, 2018

L'eau qui purifie -Jn 5 - lecture spirituelle de Grégoire de Nysse

A propos de Jn 5 et de la piscine de Bethesda, prenons nous le temps de considérer que nous pouvons être cet homme englué dans nos adhérences au mal. 
Écoutons sur ce point Grégoire de Nysse : "Tout homme qui entend le récit de la traversée de la Mer Rouge comprend quel est ce mystère de l'eau, dans laquelle on descend avec toute l'armée des ennemis et de laquelle on émerge seul, laissant l'armée des ennemis engloutie dans l'abîme. Qui ne voit que cette armée des Égyptiens..., ce sont les diverses passions de l'âme auxquelles l'homme est asservi : sentiments de colère, impulsions diverses de plaisir, de tristesse ou d'avarice ?... Toutes ces choses et toutes celles qui sont à leur origine, avec le chef qui mène l'attaque haineuse, se précipitent dans l'eau à la suite de l'Israélite. Mais l'eau, par la force du bâton de la foi et la puissance de la nuée lumineuse (Ex 14,16.19), devient source de vie pour ceux qui y cherchent un refuge — et source de mort pour ceux qui les poursuivent... Cela signifie, si l'on en dégage le sens caché, que tous ceux qui passent par l'eau sacramentelle du baptême doivent faire mourir dans l'eau toutes les inclinations mauvaises qui leur font la guerre — l'avarice, les désirs impurs, l'esprit de rapine, les sentiments de vanité et d'orgueil, les élans de colère, la rancune, l'envie, la jalousie... (...) De même on doit engloutir toute l'armée égyptienne, c'est à dire toute forme de péché, dans le bain du salut comme dans l'abîme de la mer et en émerger seul, sans rien qui nous soit étranger.(1)

(1) Saint Grégoire de Nysse, La Vie de Moïse, II, 121s ; SC 1 (trad. SC p. 181 rev.)

mars 12, 2018

Dynamique 16 - diaconie de l’Église

« Ou bien [l'Église] se pense comme une société religieuse qui a des œuvres envers les « autres » démunis ou incroyants, ou bien la présence des autres la transperce en son cœur. » (1)

L'enjeu est là souligne Mgr Albert Rouet. Qu'elle est la différence ? Elle est une question de hauteur. Soit l'autre est contemplé de haut, soit il devient le centre : « c'est à moi que vous l'avez fait » (Mat 25). Non pas par devoir, mais comme nous l'avons souligné sur les pas de Mounier parce que l'autre doit devenir premier, sens, centre de nos vies.

« Pour avoir des œuvres, point besoin de diacres. Mais si ces « autres » pénètrent le centre et pour qu'ils y arrivent, des diacres deviennent nécessaires. C'est toute la différence entre assistanat et présence » (2)
La diaconie se joue là. Dans cette inversion qui dépasse la simple pitié pour devenir kénose, à la suite du Christ, c'est à dire pour entrer dans la prise de conscience que l'Eglise est Corps où chacun devient essentiel. Ce n'est pas mon salut que je vise, mais la construction eschatologique du grand Corps, du Royaume.

La fonction du diacre ne peut être cléricale. Elle est bien au contraire une chance de remettre la kénose au centre de sa dynamique sacramentelle. Le diacre est le signe que la diaconie est centrale, essentielle et constitutive de la dimension kénotique de l'Eglise tout entière, il devient le bras visible de cette dimension particulière.

(1) Mgr Albert Rouet, diacres une Église en tenue de service, Paris, Mediaspaul, 2016, p. 49
(2) ibid.


Foi et espérance

Peut-on définir le chrétien comme « « pessimiste actif ». Non répond Emmanuel Mounier qui préfère l'expression « d'optimiste tragique » (1). La différence tient aux trois vertus théologales. La foi et l'espérance nous interdisent tout pessimisme, même si le réalisme nous force à considérer le tragique de l'existence.
À méditer

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 110

Dynamique 15 - visibilité ou enfouissement

Il semblerait que les balancements actuels entre visibilité et enfouissement ne datent pas d'aujourd'hui. Entendre Mounier évoquer en 1948 qu'il y a 20 ans « le grand souci des jeunes chrétiens était de se manifester et de conquérir (« Vous êtes chrétiens et cela doit se voir ») » interroge. Je préfère personnellement sa deuxième version, plus inductive : « Vous êtes chrétiens, ça doit se percevoir, mais ça ne doit pas se voir (...) Être chrétien, c'est peut-être s'effacer sous une certaine transparence plus que s'efforcer à trop d'évidence. Se prêter difficilement à laisser agir en soi un Être plus qu'en ses nom et place »(1)

On est là bien sûr au cœur d'un conflit très profond digne de celui de Jn 8 entre les défenseurs de la loi gravée sur le roc et les traits dans le sable de Jésus. Pharisaïsme ou Présence intérieure ? Drapeaux et étendards ou contagion de l'amour ?
La foi ne s'impose pas. Elle est don de Dieu.

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 98

mars 08, 2018

Dynamique 14 - engagement en tension

« L'homme n'est homme que par l'engagement. Mais si l'homme n'était que ses engagements, il serait esclave, surtout dans un monde où le réseau collectif se fait de plus en plus serré. (...) il faut [alors] qu'un drame intérieur anime l'engagement. Ce drame atteint son maximum d'intensité et de fécondité quand il résulte de la tension, dans l'impromptu de l'expérience, entre l'exigence inflexible de l'Absolu et l'exigence pressante de la réalisation. La situation d'insécurité et de hardiesse où elle nous introduit est le climat des grandes entreprises » (1)

Sans commentaire

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 96-97

mars 07, 2018

Dynamique 13 - engagement

Où nous conduit l'adsum evoqué plus haut. Pour Mounier le chrétien est celui qui s'engage... « non pas seulement ici ou là, mais tout entier dans chaque acte, si bien que chacun de ses actes (...) devrait être comme le ramassement de toute sa vie (...) unité (...). [Être qui ] toujours dit je en pensant moi le moins souvent possible ; car ce je qui s'engage et qui s'affirme (...) s'efface d'un effacement cette fois supérieur, comme un médiateur, un répondant qui serait tout entier sa réponse (...) une parole unique dans un don unique : « cette goutte de sang que j'ai versé pour toi »(1)
Ici on sent l'accent christique du discours, mais n'est-ce pas notre chemin.

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 86

mars 06, 2018

Dynamique 12 - Adsum

Après une contemplation de l'événement qui n'est pas sans écho avec « l'irruption du regard » dont parle Emmanuel Lévinas, Emmanuel Mounier nous invite à un pas de plus dans la dynamique sacramentelle : « adsum, dit le jeune diacre qui reçoit les ordres : ´je suis ici et je suis tel' ; j'ai lutté contre le pharisaïsme, les illusions de l'amour propre, les plus subtiles lâchetés ; si je n'ai accepté le compromis, je n'ai pas refusé mes données ; peut-être puis-je commencer à offrir un être consistant au mystère du Christ » (1)

Pas fragile de celui qui médite l'appel de Dieu et ne saisit pas encore où cela va le mener...

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 85


Dynamique 11 - L’engagement chez Mounier

« L'engagement est toujours nécessaire, il est toujours en porte-à-faux. Il oscille entre la répétition éthique et le secret religieux entre le temps qui le nourrit et l'éternité qui l'inspire. Il est dans le monde, sans être jamais tout à fait de ce monde »(1)

C'est dans l'agir chrétien que se vérifie et rayonne le fruit de la grâce reçue dans le sacrement. La dynamique sacramentelle se joue dans cette continuité.

Et sur ce chemin que seul le Christ a parcouru jusqu'au bout nous nous trouvons petit, car nos œuvres sont vaines si elles ne viennent pas de Dieu.

(1) Emmanuel Mounier, L'engagement de la foi, Paris, Parole et silence, 2017, p. 81


février 26, 2018

Dynamique 10 - la grâce reçue du Christ -Saint Jean Chrysostome

"Tu as vu le Christ dans sa gloire. Et Paul s'écrie : Nous, à visage découvert, nous reflétons, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur. (...) vous, ce n'est pas seulement par la grâce du nouveau Moïse mais par votre obéissance.(...) nous avons, nous, un autre Moïse, Dieu lui-même, qui nous guide et nous commande.Quelle était, en effet, la caractéristique de ce Moïse ? Moïse, dit l'Écriture, était le plus doux de tous les hommes qui sont sur la terre. On peut sans erreur en dire autant de notre Moïse. En effet, il est assisté de l'Esprit très doux, qui lui est intimement consubstantiel. Alors Moïse a levé les mains vers le ciel et en a fait descendre le pain des anges, la manne ; notre Moïse lève les mains vers le ciel et nous apporte la nourriture éternelle. Celui-là frappa la pierre et fit couler des fleuves d'eau ; celui-ci touche la table, frappe la table spirituelle et fait jaillir les sources de l'Esprit. C'est pourquoi, comme une source, la table de l'autel est placée au milieu de l'église afin que, de toutes parts, les troupeaux des fidèles affluent à la source pour s'abreuver à ses flots qui nous sauvent.Puisque nous avons là une telle source, une telle vie, que la table regorge de mille bienfaits et que, de toutes parts, elle nous comble de dons spirituels, approchons avec un cœur sincère et une conscience pure pour obtenir grâce et miséricorde et recevoir du secours en temps voulu."(1)

(1) Saint Jean Chrysostome,  catéchèse baptismale,  source AELF,  office des lectures,  lundi semaine 1

Dynamique 9 - pauvreté - Mère Térésa

"Je suis habitée par le sentiment que sans cesse, partout, est revécue la Passion du Christ. Sommes-nous prêts à participer à cette Passion ? Sommes-nous prêts à partager les souffrances des autres, non seulement là où domine la pauvreté mais aussi partout sur la terre ? Il me semble que la grande misère et la souffrance sont plus difficiles à résoudre en Occident. En ramassant quelqu'un d'affamé dans la rue, en lui offrant un bol de riz ou une tranche de pain, je peux apaiser sa faim. Mais celui qui a été battu, qui ne se sent pas désiré, aimé, qui vit dans la crainte, qui se sait rejeté par la société, celui-là éprouve une forme de pauvreté bien plus profonde et douloureuse. Et il est bien plus difficile d'y trouver un remède. Les gens ont faim de Dieu. Les gens sont avides d'amour. En avons-nous conscience ? Le savons-nous ? Le voyons-nous ? Avons-nous des yeux pour le voir ? Si souvent, notre regard se promène sans se poser. Comme si nous ne faisions que traverser ce monde. Nous devons ouvrir nos yeux, et voir." (1)

A méditer

(1) Sainte Teresa de Calcutta, No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 65)