mars 15, 2014

Saint Philippe - II, Le bien commun, in "Eglise et Société", Doctrine sociale de l'Eglise

Tant qu'à évoquer la vie de la "Paroisse de midi" à Saint-Philippe du Roule, autant citer aussi le projet en cours qui travaille sur le thème "Eglise et Société".

A - Extrait du programme

Comme les années précédentes, ce temps de partage hebdomadaire est proposé pendant le Carême,
chacun des cinq mercredis suivant le Mercredi des Cendres, de 12h30 à 13h30,
c'est-à-dire les 12, 19, 26
mars, 2 et 9 avril.

Cette année, le thème retenu est :
ÉGLISE ET SOCIÉTÉ ? TOUS CONCERNÉS !
Nous réfléchirons sur ces valeurs et principes très actuels que sont :

  1. Le bien commun (le 12/3/14)
  2. La propriété et la destination universelle des biens (le 19/3)
  3. L'attention aux plus pauvres (le 26/3)
  4. La subsidiarité (le 2/4)
  5. L'engagement dans la vie publique et dans la vie associative (9/4)


Où ?
À la salle Baltard de l’église Saint-Philippe du Roule (au fond à
gauche) ou à défaut, à l'ancienne sacristie, au fond à droite de l'église.

Comment ?
Un temps de discussion conviviale suivi d’un temps de prière libre à partir d'un document, envoyé au préalable
et dont vous trouverez en PJ le premier chapitre. Après inscription, des sandwichs seront proposés pour la deuxième séance.

Accès ?
Libre, mais vous pouvez vous inscrire à saintphilippepros@hotmail.fr pour recevoir les chapitres suivants.


B - Extrait révisé du Compte-rendu de la première séance


Un participant lit le texte des Actes des Apôtres, 4.31-37 en guise de prière.
La discussion s’ouvre. Elle aborde le bien commun sous différents angles, hésite, balbutie :  qu’est-ce au juste  que le bien commun ? Est-ce en référence à la propriété ? aux talents de chacun ? Est-ce lié au respect de la personne ? à la responsabilité personnelle ?

Un conflit semble exister entre les textes du Nouveau Testament (Talents, Mise en commun, voir C). On parle d'une tension théologique...

L’entreprise et ses problématiques de licenciement sont abordées. La notion de bien commun est rapprochée du bien de certains groupes :
- la famille,
- les membres d’une entreprise versus la société.

Une jeune femme évoque sa difficulté à voir l’entreprise rechercher le bien de ses salariés. Pour elle, l’entreprise recherche avant tout son profit, la croissance de son chiffre d’affaire et de ses revenus sans égard pour ses salariés.

Pourtant, certaines personnes trouvent dans leur fonction – qui peut-être humble -  un accomplissement personnel de par le rayonnement qui en résulte, ainsi une femme qui participe à la constitution des dossiers de mécénat d’une entreprise.

Le bien commun est-il du même ordre que l’intérêt général? L’intérêt général recherche le bien du plus grand nombre, non celui de chaque personne. Au moment du nazisme, les personnes handicapées étaient perçues comme inutiles et massacrées sous prétexte qu'elles portaient préjudice à l’intérêt général…
Ce n'est pas le bien commun...

Si l’entreprise est porteuse d’un bien commun, directement fondé sur l’épanouissement de chaque personne qui la constitue, pourrait-on faire une analogie entre l’entreprise et le monastère ?

Une encyclique de 1961 évoque le bien commun comme « l’ensemble des conditions sociales permettant à la personne d’atteindre  mieux et plus facilement son plein épanouissement » (Mater et Magistra, 1961). L’entreprise pourrait-elle s’inscrire pleinement dans cette perspective, son projet viser aussi l’épanouissement de chacun de ses membres dans ses talents particuliers ? La phrase de St Basile est à nouveau évoquée : « le charisme propre de chacun devient le bien commun de l’ensemble…de sorte que dans la vie commune, la force du Saint-Esprit donne à l’un devient nécessairement celle de tous » (St Basile, Grande Règle, 7).  Les talents de l’un appartiennent à tous et sont la richesse de la communauté. Si l’entreprise parvenait à développer les talents de ses membres, ceux-ci ne s’avéreraient-ils pas un surcroît de valeur, d’engagement, et de fidélité à son actif ?

Cela semble idéaliste. Et pourtant, nombre d’entreprise cherchent à développer les critères ESG pour attirer des talents (cf. aussi l'article sur ce sujet dans la Croix du 12 mars). C’est un premier pas, peut-être un facteur bénéfique pour l’entreprise. Mais qu’en est-il du projet commun ?

Un participant évoque l’entreprise qui est la sienne et sa direction exemplaire : le dirigeant fondateur a toujours vu son entreprise comme une communauté de personnes, et il a associé le développement économique de sa société à celui des hommes qui la constituait. L’entreprise ne doit pas trop s’écarter de cette visée, sous peine de toutes sortes de déviations et d’errements, la première étant la recherche effrénée de la croissance pour elle-même…

Un autre évoque un groupe qui met en place, en son sein, un groupe de réflexion éthique. Les salariés peuvent alors évoquer un point qui gène leur éthique personnelle. Cela conduit à l'évolution d'une charte interne de déontologie.

Finalement, la société elle-même semble en carence de toute idée de bien – ou de projet -  commun, comme les entreprises. Pourtant le secret d’un vrai succès – d’une véritable cohésion sociale -  ne se cacherait-il pas dans la redécouverte de cette dimension sociale et spirituelle d’un bien commun – d’une richesse commune -  compris comme la recherche de l’épanouissement de chacun de ses membres ? Au niveau de la famille, de l’entreprise, de la société, de l'Église et au-delà…


C  - Support de la réunion


Texte/Prière d'ouverture Actes 4, 31-37

31 Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance.
32 La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun.
33 C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous.
34 Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient,
35 et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.
36 Il y avait un lévite originaire de Chypre, Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres, ce qui se traduit : « homme du réconfort ».
37 Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres.

Le bien commun - Autres textes du Nouveau Testament

Mat 25 : 20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.”
21 Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

Actes 5 : 1-4 1 Un homme du nom d’Ananie, avec son épouse Saphira, vendit une propriété ;
2 il détourna pour lui une partie du montant de la vente, de connivence avec sa femme, et il apporta le reste pour le déposer aux pieds des Apôtres. 3 Pierre lui dit : « Ananie, comment se fait-il que Satan a envahi ton cœur, pour que tu mentes à l’Esprit, l’Esprit Saint, et que tu détournes pour toi une partie du montant du domaine ? 4 Tant que tu le possédais, il était bien à toi, et après la vente, tu pouvais disposer de la somme, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi ce projet a-t-il germé dans ton cœur ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu. »


§ 164 De la dignité, de l'unité et de l'égalité de toutes les personnes découle avant tout le principe du bien commun, […] par bien commun on entend: « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée ».


Le bien commun - Compendium


Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Étant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accroître et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. Comme l'agir moral de l'individu se réalise en faisant le bien, de même l'agir social parvient à sa plénitude en accomplissant le bien commun. De fait, le bien commun peut être compris comme la dimension sociale et communautaire du bien moral.

§ 165 Une société qui, à tous les niveaux, désire véritablement demeurer au service de l'être humain, est celle qui se fixe le bien commun pour objectif prioritaire, dans la mesure où c'est un bien appartenant à tous les hommes et à tout l'homme. La personne ne peut pas trouver sa propre réalisation uniquement en elle-même, c'est-à-dire indépendamment de son être « avec » et « pour » les autres. Cette vérité lui impose non pas une simple vie en commun aux différents niveaux de la vie sociale et relationnelle, mais la recherche sans trêve du bien sous forme pratique et pas seulement idéale, c'est-à-dire du sens et de la vérité qui se trouvent dans les formes de vie sociale existantes. [...]
166 Les exigences du bien commun [...] concernent avant tout l'engagement pour la paix, l'organisation des pouvoirs de l'État, un ordre juridique solide, la sauvegarde de l'environnement, la prestation des services essentiels aux personnes, et dont certains sont en même temps des droits de l'homme: alimentation, logement, travail, éducation et accès à la culture, transport, santé, libre circulation des informations et tutelle de la liberté religieuse.[...]
167 Le bien commun engage tous les membres de la société: aucun n'est exempté de collaborer, selon ses propres capacités, à la réalisation et au développement de ce bien. Le bien commun exige d'être servi pleinement, non pas selon des visions réductrices subordonnées aux avantages partisans que l'on peut en retirer, mais à partir d'une logique visant à prendre les responsabilités aussi largement que possible. Le bien commun découle des inclinations les plus élevées de l'homme, mais c'est un bien difficile à atteindre, car il requiert la capacité de réaliser le bien des autres comme si c'était le sien et de le rechercher constamment.
Tous ont aussi le droit de bénéficier des conditions de vie sociale qui résultent de la recherche du bien commun. L'enseignement de Pie XI demeure très actuel: « Il importe donc d'attribuer à chacun ce qui lui revient et de ramener aux exigences du bien commun ou aux normes de la justice sociale la distribution des ressources de ce monde, dont le flagrant contraste entre une poignée de riches et une multitude d'indigents atteste de nos jours, aux yeux de l'homme de cœur, les graves dérèglements »*.

Patristique

Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n'as qu'à suivre celui qui est le Roi des rois [...]  ; sur la croix, il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné d'épines, enfin abreuvé de fiel et de vinaigre.  Ne sois donc pas attaché aux vêtements et aux richesses, car ils se sont partagé mes habits ; ni aux honneurs, car j'ai subi les moqueries et les coups ; ni aux dignités car, tressant une couronne d'épines, ils l'ont enfoncée sur ma tête ; ni aux plaisirs car, dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre.
Conférence de Saint Thomas à ses étudiants sur le credo

Le charisme propre de chacun devient le bien commun de l’ensemble… de sorte que, dans la vie commune, la force du Saint-Esprit donnée à l’un devient nécessairement celle de tous.
Saint Basile, Grande Règle, 7

« Celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a »
Heureux le serviteur qui fait hommage de tout bien au Seigneur. Celui au contraire qui en revendique une part pour lui-même, celui-là cache au fond de lui-même l’argent du Seigneur Dieu, et ce qu’il croyait posséder en propre lui sera enlevé (Mt 25,18.28).
Saint François, Admonitions, 19-22.28 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 50s)

Pistes pour les échanges

  • On n'a rien qui ne nous ait été donné par Dieu. L'échange sacramentel du mariage le dit à sa manière. Il ne parle pas de donner puis de recevoir mais de recevoir avant de donner. Une distinction qui donne à penser.
  • Ce don du meilleur de Dieu, s’exprime enfin dans cette source jaillissante du cœur du Christ, qui traduit l’immensité du don, mais aussi son humilité, puisque le donateur s’efface dans la mort. Comme le souligne Jean-Luc Marion, « il se donne d’autant mieux qu’il disparaît (inconnu, mort) aux yeux de son éventuel donataire1 ».
  • Le bien commun en entreprise qu'est-ce que c'est ? L'entreprise elle-même ? Notre capacité à la maintenir vivante et porteuse de sens, d'humanité. Ses hommes ? Ses résultats ?
  • Est-ce un rêve ou quelque chose d'accessible ?

Pour aller plus loin :

1 Jean-Luc Marion, Jean Luc Marion, La conscience du don, in Jean-Noël Dumont et Jean Luc Marion, Le Don, Colloque interdisciplinaire, Novembre 2001, Le Collège supérieur, Lyon, p. 66sq.

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