mars 20, 2014

Saint Phillipe III - La propriété – La destination universelle des biens


2éme rencontre : La propriété – La destination universelle des biens
Suite à la demande de certains, je continue à vous livrer les fiches de nos réunions, et nos compte-rendus

A - La Fiche de préparation

1- La Propriété
Notre relation à la Propriété reflète notre relation à Dieu
Texte : Prière d'ouverture : Luc 12,13-34
12,13 Quelqu'un de la foule dit à Jésus :"Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage."
12,14 Il lui dit :" Homme, qui m'a établi pour être votre juge ou régler vos partages ?"
12,15 Puis il leur dit :"Attention ! gardez-vous de toute cupidité, car, au sein même de l'abondance, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens."
12,16 Il leur dit alors une parabole :"Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté.
12,17 Et il se demandait en lui-même :"Que vais-je faire ? car je n'ai pas où recueillir ma récolte. "
12,18 Puis il se dit :"Voici ce que je vais faire : j'abattrai mes greniers, j'en construirai de plus grands, j'y recueillerai tout mon blé et mes biens,
12,19 et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois, fais la fête."
12,20 Mais Dieu lui dit :"Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l'aura ?"
12,21 Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s'enrichir en vue de Dieu."

Un apophtegme des Pères du désert :
St Athanase, reclus dans une grotte au désert, voit apparaître un ange à qui il demande :
« Montre-moi un vrai pauvre . »
Il se trouve alors transporté dans un palais à Alexandrie où ruisselait l'or et les richesses et au milieu , se tenait un homme magnifiquement vêtu, riche propriétaire des lieux .
Se retrouvant dans sa grotte, il dit à l'ange :
« Je ne comprends pas : tu viens de me montrer un homme très, très riche ? »
« Cet homme, lui répond l'ange tient moins à ses richesses que toi à ton écuelle et à ta cruche d'eau ... »

«Dans ma famille, nous sommes convaincus que rien ne nous appartient . Au contraire de l'esprit de propriété, nous avons l'esprit de responsabilité . » (La Croix 1/02/2014 : témoignage de Blandine Mulliez de la Fondation Entreprendre )

Questions :
  • Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?
  • Ai-je d'abord le souci de conserver ce que je possède ? - ou est-ce que je cherche à le faire fructifier – ou à l'utiliser en vue de l'intérêt général ?
  • Posséder un bien : est-ce pour moi un privilège ou une responsabilité ?


2 - La destination universelle des biens –
Un principe fort de la Bible : les biens sont donnés pour le bien de tous .


Matthieu
6,19 "Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent.
6,20 Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent.
6,21 Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur.
6,22 "La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux.
6,23 Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres !
6,24 "Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent.
6,25 "Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?

Tiré d'une allocution du Pape François :
«  Posons-nous une question : à qui appartient cette Maison ? (ou tout autre bien ) Qui en est le Patron – ou le Propriétaire ? N'est-elle pas pour tous ceux qui peuvent y faire l'expérience de l'hospitalité, de la chaleur familiale et d'un soutien pour leur vie . Le véritable maitre de maison, c'est le Seigneur, de qui nous sommes tous disciples, serviteurs de son Evangile . Cela exige que nous cultivions un dialogue constant dans la prière, que nous grandissions dans l'amitié et l'intimité avec Lui, et que nous témoignions de Son amour miséricordieux envers tous . »

1 Cor,13,3 : « Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien . »

Exécuté dans cet esprit de service, notre « propriété » ou notre « bien » peuvent devenir des occasions de communiquer la joie de faire partie de l'Eglise universelle, telle que Jésus l'a voulue . »...

Questions :

  • La vraie misère dans nos grandes villes n'est-elle pas
    • la solitude – l'absence de relations amicales vraies ? « Suis-je attentif et à l'écoute de ceux qui m'entourent ou que je rencontre ? »
    • la misère spirituelle
« le savoir ne suffit pas à rendre capable de communiquer » : le chrétien à l'image du Christ, c'est « l'homme intégral » : il voit et agit, il est vraiment libre des classifications sociales (ami/ennemi), des stéréotypes . « prendre soin de l'autre, c'est pratiquer le « plus » de la gratuité, être disposé à donner tout ce qu'on possède » - et notamment donner de son temps, dans ce monde où il nous faut faire le choix entre : « le temps, c'est de l'argent ou le temps c'est de l'amour . » ?


Texte tiré du Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise

III. LA DESTINATION UNIVERSELLE DES BIENS
a) Origine et signification
171 Parmi les multiples implications du bien commun, le principe de la destination universelle des
biens revêt une importance immédiate: « Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité
».360 Ce principe se base sur le fait que « la première origine de tout bien est l'acte de Dieu lui-même qui a créé la terre et l'homme, et qui a donné la terre à l'homme pour qu'il la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits (cf. Gn 1, 28-29). Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu'elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne. C'est là l'origine de la destination universelle des biens de la terre. En raison de sa fécondité même et de ses possibilités de satisfaire les besoins de l'homme, la terre est le premier don de Dieu pour la subsistance humaine
...
172 Le principe de la destination universelle des biens de la terre est à la base du droit universel à
l'usage des biens. ... Il s'agit avant tout d'un droit naturel, inscrit dans la nature de l'homme, et non pas simplement d'un droit positif, lié à la contingence historique ...

173 La mise en oeuvre concrète du principe de la destination universelle des biens, selon les
différents contextes culturels et sociaux, implique une définition précise des modes, des limites et
des objets. Destination et usage universel ne signifient pas que tout soit à la disposition de chacun
ou de tous, ni même que la même chose serve ou appartienne à chacun ou à tous. S'il est vrai que tous naissent avec le droit à l'usage des biens, il est tout aussi vrai que, pour en assurer un exercice équitable et ordonné, des interventions réglementées sont nécessaires, fruits d'accords nationaux et internationaux, ainsi qu'un ordre juridique qui détermine et spécifie cet exercice.
174 Le principe de la destination universelle des biens invite à cultiver une vision de l'économie
inspirée des valeurs morales qui permettent de ne jamais perdre de vue ni l'origine, ni la finalité de
ces biens, de façon à réaliser un monde juste et solidaire, où la formation de la richesse puisse
revêtir une fonction positive. ...
175 La destination universelle des biens comporte un effort commun visant à obtenir pour chaque personne et pour tous les peuples les conditions nécessaires au développement intégral, de sorte que tous puissent contribuer à la promotion d'un monde plus humain, « où
chacun puisse donner et recevoir, et où le progrès des uns ne sera pas un obstacle au
développement des autres, ni un prétexte à leur asservissement ».367 Ce principe correspond à
l'appel adressé incessamment par l'Évangile aux personnes et aux sociétés de tous les temps,
toujours exposées aux tentations de la soif de possession, auxquelles le Seigneur a voulu se
soumettre (cf. Mc 1, 12-13; Mt 4, 1- 11; Lc 4, 1-13) afin de nous enseigner le chemin pour les
surmonter avec sa grâce.
b) Destination universelle des biens et propriété privée
176 Par le travail, l'homme, utilisant son intelligence, parvient à dominer la terre et à en faire sa
digne demeure: « Il s'approprie ainsi une partie de la terre, celle qu'il s'est acquise par son travail.
C'est là l'origine de la propriété individuelle ».
... La doctrine sociale exige que la propriété des biens soit équitablement accessible à tous,
371
177 La tradition chrétienne n'a jamais reconnu le droit à la propriété privée comme absolu ni intouchable: « Au contraire, elle l'a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun de tous à utiliser les biens de la création entière: le droit à la propriété privée est
subordonné à celui de l'usage commun, à la destination universelle des biens ».372 Le principe de la destination universelle des biens affirme à la fois la seigneurie pleine et entière de Dieu sur toute réalité et l'exigence que les biens de la création demeurent finalisés et destinés au développement de tout l'homme et de l'humanité tout entière.373 Ce principe ne s'oppose pas au droit de propriété,374 mais indique la nécessité de le réglementer.
...
178 L'enseignement social de l'Église exhorte à reconnaître la fonction sociale de toute forme de possession privée,376 avec une référence claire aux exigences incontournables du bien commun.377 L'homme « ne doit jamais tenir les choses qu'il possède légitimement comme n'appartenant qu'à lui, mais les regarder aussi comme communes: en ce sens qu'elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres ».378 La destination universelle des biens comporte, pour leur usage, des obligations de la part de leurs propriétaires légitimes. L'individu ne peut pas agir sans tenir compte des effets de l'usage de ses ressources, mais il doit agir de façon à poursuivre aussi, au-delà de son avantage personnel et familial, le bien commun. Il s'ensuit un devoir de la part des propriétaires de ne pas laisser improductifs les biens possédés, mais de les destiner à l'activité productive, notamment en les confiant à ceux qui ont le désir et les capacités de
les faire fructifier.
179 En mettant à la disposition de la société des biens nouveaux, tout à fait inconnus jusqu'à une
époque récente, la phase historique actuelle impose une relecture du principe de la destination
universelle des biens de la terre, en en rendant nécessaire une extension qui comprenne aussi les
fruits du récent progrès économique et technologique. La propriété des nouveaux biens, issus de la
connaissance, de la technique et du savoir, devient toujours plus décisive, car « la richesse des pays
industrialisés se fonde bien plus sur ce type de propriété que sur celui des ressources naturelles
».379
Les nouvelles connaissances techniques et scientifiques doivent être mises au service des besoins primordiaux de l'homme, afin que le patrimoine commun de l'humanité puisse progressivement s'accroître. La pleine mise en pratique du principe de la destination universelle des biens requiert par conséquent des actions au niveau international et des initiatives programmées par tous les pays:
...
180 Si, dans le processus économique et social, des formes de propriété inconnues par le passé
acquièrent une importance notoire, il ne faut pas oublier pour autant les formes traditionnelles de
propriété. La propriété individuelle n'est pas la seule forme légitime de possession. L'ancienne
forme de propriété communautaire revêt également une importance particulière; bien que présente
aussi dans les pays économiquement avancés, elle caractérise particulièrement la structure sociale
de nombreux peuples indigènes. C'est une forme de propriété qui a une incidence si profonde sur la
vie économique, culturelle et politique de ces peuples qu'elle constitue un élément fondamental de
leur survie et de leur bien-être. La défense et la mise en valeur de la propriété communautaire ne
doivent cependant pas exclure la conscience du fait que ce type de propriété est lui aussi destiné à
évoluer. Agir de façon à ne garantir que sa conservation signifierait courir le risque de la lier au
passé et ainsi de la compromettre.381
...
181 Une série d'avantages objectifs dérive de la propriété pour le sujet propriétaire, qu'il s'agisse
d'un individu ou d'une communauté: conditions de vie meilleure, sécurité pour l'avenir, plus vastes
opportunités de choix. Par ailleurs, une série de promesses illusoires et tentatrices peut aussi
provenir de la propriété. L'homme ou la société qui arrivent au point de lui attribuer un rôle absolu
finissent par faire l'expérience de l'esclavage le plus radical. Aucune possession, en effet, ne peut
être considérée comme indifférente à cause de l'influence qu'elle a aussi bien sur les individus que
sur les institutions: le propriétaire imprudent qui idolâtre ses biens (cf. Mt 6, 24; 19, 21-26; Lc 16,
13) vient à en être possédé et asservi plus que jamais.383 Ce n'est qu'en reconnaissant leur
dépendance vis-à-vis du Dieu Créateur et en les finalisant par conséquent au bien commun qu'il est possible de conférer aux biens matériels la fonction d'instruments utiles à la croissance des hommes et des peuples.


B - Le compte rendu

De la propriété et de la destination universelle des biens - 19 mars 2014
Le groupe se réunit pour la deuxième fois, aussi nombreux que la semaine
dernière, comptant près d’une dizaine de nouveaux venus. Claude accueille
chacun et invite à un bref tour de table. Les sandwichs et les mandarines
couvrent les tables autour desquelles le groupe se rassemble. On lit la prière
d’ouverture : « Attention ! Gardez-vous de toute cupidité, car au sein même de
l’abondance, la vie d’un homme n’est pas assurée par ses biens » (Luc 12 ,13-3).
Florence présente le sujet en soulignant la perspective : notre relation à la
propriété reflète notre relation à Dieu. Elle met en exergue cette phrase de
Blandine Mulliez de la Fondation Entreprendre : « Dans ma famille, nous sommes
convaincus que rien ne nous appartient ; au contraire de l’esprit de propriété,
nous avons l’esprit de responsabilité. »
La discussion s’ouvre sur le respect des biens – et de leur origine – ainsi que sur
la responsabilité inhérente à leur détention. Quel usage fait-on des biens que l’on
a gagnés ou dont on a hérités? La question de l’usage des biens semble en effet
au cœur de la préoccupation de l’Eglise. Il s’agit pour chacun de s’interroger sur
la façon dont il use de ses richesses : les garde-t-on pour soi, y mettons- nous
notre confiance et notre repos – comme le riche de la parabole - dans une
attitude d’avarice, sans référence à Dieu, en usons-nous comme les adolescents
pour exister et se différencier, se comparer, envier, dans une attitude d’« être par
l’avoir » ? Ou bien, savons-nous user de détachement par rapport à nos biens,
les partager avec d’autres, les faire fructifier, les mettre au service d’autrui ?
L’apophtegme cité où st Athanase demande à un ange de lui montrer un vrai
pauvre renvoie à cet attachement malade que le Christ vient soigner : « Je ne
comprends pas, dit-il à l’ange. Tu viens de me montrer un homme très, très
riche ! Mais l’ange lui répondit : Cet homme, tient moins à ses richesses que toi à
ton écuelle et à ta cruche d’eau... »
Ce détachement peut se décliner au niveau les plus simples des vêtements ou
des livres que l’on possède ou plus largement des propriétés héritées ou de
grands biens gérés. Deux participantes font état de la philanthropie et du
détachement dont témoignent certains de leurs clients dont elles gèrent le
patrimoine ou la transmission. Faire fructifier ses biens, en pleine foi et
conscience de la responsabilité qu’ils nous donnent vis-à-vis des autres est
fortement souligné par l’ensemble des participants. Ces remarques font écho aux
articles du Compendium : « 178 - L’enseignement social de l’Eglise exhorte à
reconnaître la fonction sociale de toute forme de possession privée, 376 - avec
une référence claire aux exigences incontournables du bien commun.377-
L’homme ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme
n’appartenant qu’à lui, mais les regarder comme communes : en ce sens qu’elles
puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres. » (Compendium de
la Doctrine Sociale de l’Eglise)
Une participante s’interroge cependant sur le sens de la propriété privée : ne
faut-il pas tout donner pour suivre le Christ, comme il nous y invite ? Et qu’est-ce
que le respect de ses biens quand on en a peu ? Ou qu’ils sont le résultat d’un
enrichissement au détriment des autres ?
Après divers échanges sur la question, il semble que ces questions renvoient
d’abord à la vocation personnelle de chacun et à son appel possible à une vie
communautaire, laïque ou monastique. D’autre part, elle soulève la question de
l’usage équitable des biens (et par association d'idée au commerce équitable) et
de la dimension politique de la propriété.
En somme, la propriété privée est-elle légitime aux yeux de l’Eglise ? Ce débat
est ancien, et le contexte historique de l’encyclique Rerum Novarum au début du
siècle l’a réactualisé comme l’explique l’article du Ceras (1):« C’est bien dans le
contexte polémique d’une argumentation contre la proposition socialiste de
supprimer la propriété privée que Léon XIII évoque le « fait que Dieu a donné la
terre au genre humain pour qu’il l’utilise et en jouisse » (Rerum novarum, 7,1).
L’article du Ceras poursuit : « La suite du texte confirme bien qu’il s’agit d’un
débat entre propriété privée et propriété collective : ‘Si l’on dit que Dieu a donné
la terre en commun aux hommes, cela signifie non pas qu’ils doivent la posséder
confusément, mais que Dieu n’a assigné de part à aucun homme en particulier. Il
a abandonné la délimitation des propriétés à la sagesse des hommes et aux
institutions des peuples’. »
Une participante souligne que la Doctrine sociale de l’Eglise invite en fait tout
chrétien à considérer la propriété matérielle dans une perspective universelle
supérieure : « la destination universelle des biens doit prévaloir sur le droit de
propriété » (Populorum Progressio, PP 22-23). Le Magistère formule
progressivement ce principe fondateur qui s’enracine dans la plus ancienne
tradition de l’Eglise - et s’appuie sur St Ambroise de Milan, qui l’exprimait ainsi au
IVe siècle: « Ce n’est pas de ton bien que tu fais largesse au pauvre ; tu lui rends
ce qui lui appartient. Car ce qui est donné en commun pour l’usage de tous, voilà
ce que tu t’arroges. La terre est donnée à tout le monde, et pas seulement aux
riches. »
La propriété privée est donc un droit reconnu et estimé par l’Eglise dans la limite
de « l’obligation fondamentale d’accorder une propriété privée autant que
possible à tous » (Radio message du 24 décembre 1942). Le droit à la propriété
est ainsi soumis au principe de « destination universelle des biens ». Jean-Paul
II le réaffirme à la suite des papes qui l’ont précédé: « La tradition chrétienne n’a
jamais soutenu ce droit de propriété comme un droit absolu et intangible. Au
contraire, elle l’a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun
de tous à utiliser les biens de la création entière : le droit à la propriété privée est
subordonné à celui de l’usage commun, à la destination universelle des biens. »
(Laborem exercens, LE 14)
Claude remarque que ce principe éclaire aujourd’hui le jugement de l’Eglise sur
des réalités économiques et sociales comme les latifundia en Amérique latine.
Elle a permis à Vatican II de rappeler la nécessité des réformes sociales et
agraires dans certains pays pauvres où il existe « des domaines ruraux étendus
et même immenses, médiocrement cultivés ou mis en réserve à des fins de
spéculation ». (Gaudium et spes, GS 71,6). Une participante lui fait écho en
évoquant la situation inédite – et difficilement supportable - d’aujourd’hui où l’on
assiste, impuissants, à l’accaparement privé des semences de la terre par les
grandes industries semencières de la planète et à une législation européenne en
leur faveur...
Cependant, les biens que l’on possède peuvent aussi être immatériels, comme le
temps dont on dispose, les talents reçus (formation, valeurs,...). B. évoque
un monde de solitude dans les grandes villes contemporaines. F. invoque
st Paul : « Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais
mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » (1 Cor, 13-3)
Comment usons-nous de notre temps ? L’utilisons-nous à des fins d’argent ou au
service du prochain- un prochain qui peut être une personne isolée, un indigent,
malade, collaborateur ou dirigeant en souffrance ? L’Eglise invite finalement
chacun à s’interroger sur lui-même et à trouver le chemin de l’amour et de la
justice. Un amour qui sait se faire inventif et œuvrer humblement où il se trouve.
Et, se laissant saisir, apprend, comme le disait merveilleusement Olivier Clément,
à réouvrir à Dieu sa Création.
Notes



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