novembre 23, 2006

Sotériologie chez Rahner et Balthasar - III

"Si en la réalité de Jésus, en laquelle et par engagement et acceptation, l'autocommunication de Dieu se fait à toute l'humanité et (...) est réellement insurpassable, alors il faut dire qu'elle n'est pas seulement posée par Dieu, mais qu'elle est Dieu lui-même" (1)

Là, pour Urs von Balthasar la visée transcendentale de l'homme et la révélation de Dieu finissent par se rejoindre dans Karl Rahner au point qu'il y a identité entre anthropologie et christologie . La Trinité ne peut jamais s'éclairer qu'à partir du mouvement transitif de Dieu dans lequel il manifeste "3 modes de présence" (2)

Pour Urs von Balthasar, cela conduit à la critique suivante : "Il n'est pas montré clairement si le mouvement transitif de Dieu, où il se manifeste, contient la totalité du mouvement imanent (...). Cela reste un discours abstrait dont la seule fin est de souligner la liberté de communion de Dieu"

Pour moi, Balthasar a partiellement raison, dans la mesure où le discours rahnérien a des accents utopiques et exclut en quelque sorte le réel, au delà de l'idéal humain, d'une humanité déchirée, divisée, en proi à la souffrance et au mal, au non amour et sur laquelle la thèse de l'auto-communication risque de rebondir comme l'eau sur les ailes d'un canard...
Et Urs von Balthasar de conclure que "finalement, à la sotériologie de Rahner (...) il manque le facteur dramatique décisif. Cela se manifeste aussi en ce que la "colère de Dieu" est toujours surpassée par sa volonté de salut; et celle-ci est-elle même toujours au delà de tout refus humain et négation de Dieu : à la limite, dit-il, "n'irait-t-on pas jusqu'à l'apocatastase" ? (3)


(1) Rahner Traité fondamental de la Foi p. 231, cité par Balthasar, ibid p. 256
(2) Rahner Traité fondamental de la Foi p. 162, cité par Balthasar, ibid p. 257
(3) p. 258

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