Quelques milliers de notes et réflexions interactives sur la vie et la foi, à partir de lectures souvent théologiques et à la lumière d'un Autre... Petit "blog" catholique d'un apprenti théologien (Bac canonique), perdu dans l'immensité de la toile... (ordonné diacre en septembre 2018)...
30 septembre 2016
Charis grecque
Que nous chrétiens trouvions ici encore des traces de ce qui sera la déréliction n'est pas fortuit.
Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi une ouverture qui mérite d'être soulignée dans la différence, la tension entre le dit et le faire, qui rejoint Pascal. Si le penseur s'est arrêté d'écrire et est passé aux actes, c'est que la raison a ses limites. La véritable charité se vit. À méditer.
(1) Prom. 88-91, cité par Hans Urs von Balthasar in GC6 p. 103
(2) GC6, ibid.
29 septembre 2016
S'ouvrir au don - 2
"Tu veux honorer le Corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici, dans l'église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements. Car celui qui a dit : « Ceci est mon corps » (Mt 26,26), et qui l'a réalisé en le disant, c'est lui qui a dit : « Vous m'avez vu avoir faim, et vous ne m'avez pas donné à manger » et aussi : « Chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait » (Mt 25,42.45). Ici le corps du Christ n'a pas besoin de vêtements, mais d'âmes pures ; là-bas il a besoin de beaucoup de sollicitude... Dieu n'a pas besoin de vases d'or mais d'âmes qui soient en or. (...) Pense qu'il s'agit aussi du Christ, lorsqu'il s'en va, errant, étranger, sans abri ; et toi, qui as omis de l'accueillir, tu embellis le pavé, les murs et les chapiteaux des colonnes, tu attaches les lampes par des chaînes d'argent ; mais lui, tu ne veux même pas voir qu'il est enchaîné dans une prison. Je ne dis pas cela pour t'empêcher de faire de telles générosités, mais je t'exhorte à les accompagner lorsque tu ornes l'église n'oublie pas ton frère en détresse, car il est un temple et de tous le plus précieux". (1)
(1) Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°50, 3-4 (trad. bréviaire)
28 septembre 2016
S'ouvrir au don
Le saut vient par le don. Si mon don est calcul, obligation, réponse, dette, il n'est pas don mais échange, économie.
Le don véritable nous dit Jean-Luc Marion est le don où le donateur s'efface et disparaît(2). Tant que nos dons restent dans l'échange (c'est à dire dans un jeu de pouvoir ou d'avoir) il n'est pas don. S'il est dans le valoir du donateur, il ne l'est pas non plus. Nous n'échappons que rarement à ce triple crible. Car il en est de nos adhérences au monde. Le vrai don est celui qui répond au visage, donne, non pour avoir ou pouvoir mais parce que ce qu'il donne ne vient pas de lui, mais d'un autre.
Le vrai don fait violence à nous même. Il est arrachement, décentrement, kénose c'est à dire évidement de nous mêmes.
Non pas ma volonté mais la tienne. Extrusion de ce qui nous est confié pour autrui. Le vrai don coûte car il nous arrache au confort du même pour entrer dans le cercle trinitaire d'une éternelle kénose.
(1) Emmanuel Lévinas, Totalité et infini, op. cit. p. 31ss
(2) cf. Étant donné.
27 septembre 2016
Toute puissance et faiblesse
26 septembre 2016
La nudité qui m'interpelle - Emmanuel Lévinas
"Socialité utopique qui commande cependant toute l'humanité en nous et où les Grecs aperçurent l'éthique"(2)
Que tout juif qu'il est, il fasse mention des Grecs ne fait qu'ajouter du poids à nos propos précédents sur les semences du Verbe dans leur universalité. La souffrance est, par essence, le lieu d'interpellation de l'humanité et nos élans de charité, nos attentions "au visage" sont ce qui, de fait, nous rapproche des soucis de Dieu. Elle nous fait voir de ses yeux, entrer dans sa danse.
(1) Préface de 1987 de Totalité et Infini p. III, Martinus Nijhoff 1971
(2) Ibid
25 septembre 2016
Tragédie - 2
"Chez Sophocle, derrière l'homme de plus en plus solitaire, Dieu se révèle comme le Dieu lointain, caché, courroucé. Il faut au cœur de l'homme un grand courage et une grande piété pour affronter cette nuit de l'abandon". (2)
Qu'est-ce qui se joue ici, dans cette terre où Dieu ne diffuse pas sa lumière, si ce n'est la prise de conscience des limites humaines ? La tragédie grecque est aussi, comme peut l'être l'AT, notre histoire...
(1) GC6 p. 85
(2) p. 86
24 septembre 2016
Tragédie grecque et déréliction
Plus loin(2), il précise a propos dr Prométhée et d'Oedipe roi que l'homme y apparait dans sa nudité et que c'est "ce dévoilement qui constitue l'événement de la tragédie" On découvre ainsi que "la tragédie est liturgie en ce sens quelle est au service de Dieu qui se révèle, de son Epiphanie(3)".
"De quel côté que l'homme se tourne, il souffre, et qu'il accuse les dieux est encore un visage de sa souffrance : dans tous les cas en effet, au dessus de l'homme pris au filet, tombe dans le malheur extreme, Dieu surgit, tel le fruit mûr sortant de sa coque éclatée".
On n'est pas loin, à mon avis, de ce que cherche a dire Marc 15,8 dans son déchirement du voile.
Il nest pas étonnant alors que Hans Urs von Balthasar évoque dans ce cadre le lien intrinsèque entre cette "plénitude mythique et le "fait sacramentel" (4) qui le dépasse, car il s'agit bien de la même dynamique.
Pour rejoindre ma "dynamique sacramentelle", mais aussi la théologie de JB Metz, l'intérêt est que ce qui se dévoile là n'est pas de l'ordre du parfait, mais d'un chemin douloureux.
(1) GC6 p. 83
(2) p. 84
(3) il cite ici W.F. Otto, Ursprung der Tragédie. Aeschylos, dans Das wort der Antike, 1962, p. 175-179
(4) GC6 p. 85
23 septembre 2016
Théophanie homérique
(1) Hans Urs von Balthasar, GC6 p. 51.
(2) Homère, Od. 7, 201-205, ibid.
Les pleurs de Zeus
À méditer à l'aune de nos propos précédents.
(1) GC6 p. 46
(2) Ibidem.
Burin spirituel - Padre Pio
"C'est par les coups répétés d'un burin salutaire et un nettoyage soigneux que l'Artiste divin veut préparer les pierres avec lesquelles se construit l'édifice éternel.(...) Le Père céleste se comporte de la même manière avec les âmes choisies (...) Mais que sont ces coups de marteau et de burin ? Ma sœur, ce sont les ombres, les craintes, les tentations, les afflictions de l'esprit et les troubles spirituels, avec un parfum de désolation, et aussi le malaise physique.
Dès lors, remerciez l'infinie bonté du Père éternel qui traite votre âme de cette façon, parce qu'elle est destinée au salut. (...) Ouvrez votre cœur à ce médecin céleste des âmes et abandonnez-vous en toute confiance entre ses bras très saints. Il vous traite comme les élus, afin que vous suiviez Jésus de près par la montée du Calvaire. (...).
Ayez la certitude que tout ce que votre âme a éprouvé a été disposé par le Seigneur. Alors, n'ayez pas peur de tomber dans le mal et l'offense de Dieu. Qu'il vous suffise de savoir qu'en tout cela vous n'avez jamais offensé le Seigneur, mais qu'au contraire il en a été davantage encore glorifié.
Si cet Époux très tendre se cache à votre âme, ce n'est pas, comme vous le pensez, qu'il veuille vous punir de votre infidélité, mais parce qu'il met toujours à l'épreuve votre fidélité et votre constance, et qu'en outre il vous purifie de certains défauts, qui n'apparaissent pas tels aux yeux de chair, c'est-à-dire ces défauts et ces fautes dont le juste lui-même n'est pas exempt. Dans la sainte Écriture, il est dit en effet : Le juste tombe sept fois.
Et, croyez-moi, si je ne nous savais pas dans une telle affliction, je serais moins content, parce que je verrais que le Seigneur vous donne moins de pierres précieuses…
Si Jésus se manifeste, remerciez-le ; s'il se cache, remerciez-le encore : ce sont comme des jeux amoureux. Je souhaite que vous arriviez à rendre votre souffle avec Jésus sur la croix et à crier avec Jésus : Tout est consommé ( 1)
En lui vous avez été circoncis d'une circoncision non faite de main d'homme, de la circoncision du Christ, par le dépouillement de ce corps de chair.
22 septembre 2016
Charis chez Pindare
Au delà d'Homère et d'Hésiode, qui nous enseignent les vertus de la mesure et de la vigilance, Pindare développe le concept d'humilité, mais surtout la "charis" dans le sens du don le plus abouti, le plus spontané. Le poète "se fait le gérant de la charis divine elle-même qu'il répand comme une coupe nuptiale écumante et débordante" (1).
Il ne manque à cela, ajoute Balthasar qu'un "homme-Dieu embrassant dans son triomphe la mort comme la vie" vers la "fête éternelle". (2) et peut être, ce fleuve jaillissant dont nous parle Ez 47, 1-12.
(1) Cf. GC6 p. 76
(2) p. 77
Gloire et Kénose
(1) cf. GC6 p. 36ss.
(2) cf. p. 11
21 septembre 2016
Le silence de Germain - Un roman à découvrir
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Un récit qui nous prend aux tripes, devient envoûtant.
Cela fait des années que je cherche à exprimer cela dans mes romans. Le chant du Large, La caresse de l'Ange, La perle ont le même projet littéraire.
Ici, je trouve une leçon d'humilité. Delphine de Roquefeuil nous conduit au coeur du sujet, n'apporte pas de réponse, mais entrouvre le voile et la fin, que je vous laisse découvrir est pleine d'espérance.
A déguster sans modération.
Delphine de Roquefeuil, Le silence de Germain, Edilivre (2016)
19 septembre 2016
Le beau démoniaque
Ambivalence et tension. "Aucun transcendantal n'est plus démoniaque que le "kalon" (beau)(...) apparence projetée sur la réalité périssable : reflet de Dieu ou du néant" (1). Nous devons porter ce risque qui depuis Cesarée (Mc 8, 34) fait cohabiter en nous l'intuition du divin et le risque de passer à côté et sombrer dans la vanité et la fatuité de se croire plus grand que Dieu. Ce rêve d'Icare habite notre condition humaine. Nous devons l'apprivoiser pour ne pas le laisser nous envahir. Pierre l'a appris à ses dépends. Dès que nous nous croyons proche de Dieu, il nous rappelle que nous ne sommes qu'un homme tout en nous couvant de son amour miséricordieux.
(1) GC6 p. 28
16 septembre 2016
De l'art à Dieu
Ce gouffre évoqué plus haut a cependant des ponts et Hans Urs von Balthasar en déploie un avec majesté en affirmant qu'il existe dans l'art des semences du verbe, "logos spermatikoi" que l'on peut "rassembler dans la figure de révélation dont le centre est le Christ". (1)
(1) GC6 p. 24
La beauté et la gloire
Hans Urs von Balthasar, GC6 p. 18
15 septembre 2016
Circumincession des transcendantaux
Je poursuis ma lecture un peu désordonnée de Hans Urs von Balthasar par le tome 6 de la Gloire et la Croix. Je note avec intérêt le fait qu'il parle de la circumincession des transcendantaux. Je croyais le terme réservé aux Personnes divines dans ce que j'appelle la danse trinitaire. Et pourtant cette évocation du "facteur de conciliation" de salut par la grâce "qui est le propre du beau-sain n'a jamais éliminé le salut éthique et la clarté de la vérité" (1) est bien du même ordre. L'esthétique transcendantale est loin de notre art humain, ce n'est qu'un aspect de la danse trinitaire et cette conciliation prend sens car elle révèle "l'immanence".
(1) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et la Croix, Le domaine de la métaphysique, Les fondations, tome 6, théologie Aubier n. 84, 1991, traduction Robert Givord et Henri Engelman, ci après GC6, p. 15
Une procession silencieuse
À méditer
14 septembre 2016
Pierre un Pécheur aimé
Notre seule consolation, à la suite du pape François est de nous savoir "pécheur aimé"(1).
C'est la joie de Pierre. Elle doit nous porter dans l'espérance.
(1) Spadaro, op. cit. p. 203
12 septembre 2016
Le clown pour Dieu
On y trouve une étonnante contemplation de l'humilité et de la charité loin de tout valoir et pouvoir. C'est finalement un ode à la folie de Dieu au sens paulinien.
À méditer
09 septembre 2016
Pure image du Christ
Ceux qu'il avait destinés d'avance,
il les a aussi appelés ;
ceux qu'il a appelés,
il en a fait des justes ;
et ceux qu'il a rendus justes,
il leur a donné sa gloire."
Plus qui voir un chemin inaccessible pour nous, il nous appartient de rendre grâce pour ces figures qui nous appellent à grandir.
Humilité - Caussade
A l'heure de la canonisation de mère Térésa, il nous faut contempler cette nuit de la foi qui génère les plus grands saints, ceux que Dieu a choisi pour être instruments de sa charité sans qu'ils en tirent de bénéfices intérieurs, voir restent dans la nuit la plus profonde. S'abandonner pour laisser Dieu être ? C'est probablement le prix à payer.
Qui sommes-nous pour comprendre les voies de Dieu ? On pense à cette tapisserie dont les fils sont tous embrouillés et pourtant se fait "point à point" en vue du dessin parfait qui n'apparaîtra, à l'endroit que dans l'éternité(2).
06 septembre 2016
Un Fiat qui résume tout - Caussade
Ce chemin n'est pas sans angoisse, ennuis et désespoirs sans le sentiment d'avoir perdu Dieu, qu'il n'est plus là qu'il ne répond plus. L'expérience des ténèbres qui est aussi celui de la Vierge, reste habitée, autant possible par le sentiment d'une présence, tout en passant aussi parfois par cette déréliction qui marque tout chemin du désert. Au lieu de céder aux murmures et à la tentation, il nous appartient de tenir car il est toujours là... Un jour viendra "le festin, la fête perpétuelle (...) un Dieu toujours donné toujours reçu (...) une communion de tous les instants, une sorte de sacrement (...) où tout devient pain pour me nourrir.
(1) Gc7 p. 183
(2) Ibid.
(3) p. 184.
02 septembre 2016
Un seul esprit - Saint Bernard
Saint Bernard, Sermons sur le Cantique des Cantiques, n° 83 (trad Béguin, Seuil 1953, p.849s rev).