Quelques milliers de notes et réflexions interactives sur la vie et la foi, à partir de lectures souvent théologiques et à la lumière d'un Autre... Petit "blog" catholique d'un apprenti théologien (Bac canonique), perdu dans l'immensité de la toile... (ordonné diacre en septembre 2018)...
30 juillet 2019
Nuit et solitude périphérique ? - 8
On rejoint pour lui la lucidité prophétique de Dietrich Boenhoffer : « Dieu nous fait savoir qu'il nous faut vivre en tant qu'hommes qui parviennent à vivre sans Dieu. Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne (Mc 25, 34 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?) (...) Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu. Ce à quoi réponds le « qu'il est douloureux d'être sans lui » de mère Thérèsa. Ainsi la nuit serait-elle la condition évangélique de l'existence chrétienne dans la modernité d'aujourd'hui, au prix, selon Bonhoeffer, d'une rupture »(1)
Quelle rupture ? Renoncer à une réussite humaine, voire cléricale, pour « se mettre pleinement entre les mains de Dieu » (...) « prendre au sérieux [les souffrances des hommes et] de Dieu dans le monde [et veiller] avec le Christ à Gethsémani (...) c'est ça la foi, c'est cela la metanoia [la conversion] » ultime. (1)
Est-ce que je déforme le message ? Peut-être un peu, à l'aune de ma désespérance sur l'état du monde. Mais pas vraiment sur le chemin, je pense, de la conversion à accomplir.
« Même Dieu ne pouvait pas offrir de plus grand amour qu’en Se donnant Lui-même comme Pain de vie, pour être rompu, pour être mangé, afin que vous et moi, puissions manger et vivre, puissions manger et satisfaire ainsi notre faim d’amour. Pourtant Il ne semblait pas satisfait, car Lui aussi avait faim d’amour. Il s’est donc fait l’Affamé, l’Assoiffé, le Nu, le Sans-logis, et n’a cessé d’appeler (2)
(1) François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 457-8
(2) Mère Teresa, Ibid. p. 461
27 juillet 2019
Homélie du 17ème dimanche du Temps Ordinaire - Gn 18, Col 2, Luc 11 - Demander, Prier
3 déplacements dans les Lectures de ce jour :
1. Quelle miséricorde ?
Entre entre la perception d’Abraham, à l’origine de l’histoire juive et ce que nous dit Paul dans sa lettre aux Colossiens, c’est toute notre idée de Dieu qui est à modifier. Dieu est miséricorde nous dit Paul. « Il pardonne toutes nos fautes... ». Du Dieu d’Abraham à celui que Jésus nous révèle il y a un grand déplacement à faire...
2. Osons demander
La fin de Luc 11 est clair, nous n’osons pas demander à Dieu. Est-ce par orgueil, parce que nous voulons tout faire seul ?
Oser demander, c’est oser accueillir Dieu en nous, c’est laisser une place à l’Esprit saint...
Deuxième déplacement...
Elle vivait dans le silence de Dieu et pourtant elle agissait comme jamais...
On dit de plus en plus qu'il est absent. Certains osent dire que Dieu est mort....
Alors comment prier le Père de Celui qui est mort pour nous ?
Au fil de Matthieu 13,24-30 - le bon grain et l’ivraie
25 juillet 2019
Solitude et absence du Père - De Speyr à Teresa - 8
Elle conduit à la foi véritable évoqué à Thomas : « heureux qui croit sans avoir vu ». N'est-ce pas le chemin de nos solitudes...?
« il s'en est allé, l'amour pour quoi que ce soit, pour quiconque ; et, malgré cela, je brûle jalousement de désir pour Dieu, à L'en aimer de chaque atome de vie en moi. Je veux L'aimer d'un amour profondément personnel. Je ne peux pas dire que j'en suis distraite, car mon esprit, mon cœur sont ordinairement avec Dieu. Tout cela vous paraît délirant devant tant de contradictions ! »(2)
Et pourtant il y a l'essence de la déréliction speyrienne.
(1) Adrienne von Speyr, le visage du Père, p. 68-69, cité par Hans Urs von Balthasar et François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 438
(2) ibid p. 439
Solitude périphérique 7 - Mère Térésa
Sans commentaire
(1) cité par François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 437
23 juillet 2019
Amour en toi - 37 - Mère Teresa
«Non pas que de nous-mêmes nous soyons capables de considérer quoi que ce soit comme venant de nous-mêmes: notre capacité vient de Dieu. C’est lui aussi qui nous a rendus capables d’être ministres d’une alliance nouvelle » (2 Corinthiens 3:5-6 NBS)
« Ne vous gonflez pas d’orgueil, car vous avez Jésus Christ en vous » (2)
Une leçon d’humilité...
(1) François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 434
(2) Saint Ignace d’Antioche, Lettre aux Magnésiens.
21 juillet 2019
Gloire et Grâce 5
Grâce et Gloire 4 - Exode 33
Il n'est pas inintéressant d'entendre Urs von Balthazar développer tout le thème de la gloire dans la fin du même chapitre. « Moïse ayant prié Dieu de lui faire voir sa gloire, Dieu le cacha dans la fente du rocher et passa devant lui en criant : « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse (rahum, du mot rèhèm) et de pitié (hanumm, de hun, hén), lent à la colère, riche en grâce (hèsèd) et en fidélité (emet).
Faisant cette expérience Moïse obtint de voir la gloire de Dieu de dos (Ex 33,23) à son passage devant l'homme. Toute la révélation de Dieu fait de lui-même est grâce ; la formule « lent à la colère » exprime que la grâce n'est pas un côté d'une révélation à deux faces, mais plutôt que la colère est fonction de la grâce » (1)
Voilà un thème à creuser.
La colère (même si j'ai du mal à l'entendre, croyant, à la suite de Varillon que Dieu n'est qu'amour), la colère donc serait fonction de la grâce. Est-ce à dire que plus Dieu nous fait grâce plus il devient exigeant ? Une remarque qui ne doit pas devenir morale pour les autres, mais interpellation toute intérieure.
Si l'on résume, en se mettant à nu, c'est-à-dire en vérité devant le Seigneur on peut se laisser appeler à le contempler. Mais voir Dieu, c'est-à-dire participer à sa gloire nous engage plus qu'avant à répondre à son appel, faute de subir sa « colère », qui est d'abord sa peine, sa tristesse (puisqu'il est « lent à la colère ».
Cette interpellation est datée et masque une partie de la miséricorde (même si on la trouve déjà en Exode et Osée (2). Il faut attendre le Christ et un texte comme le fils prodigue (Luc 15) pour percevoir que ce que la colère du Premier Testament cache, c'est le dévoilement d'un Dieu qui va jusqu'à mourir pour l'homme...
(1) Hans Urs von Balthasar, ibid. p. 131
(2) cf. notamment mon livre « Dieu n'est pas violent »
Grâce et Gloire 3 - Nu devant Dieu
Que dire de cette nudité véritable ? Jean Paul II développe ce thème dans ses catéchèses du mercredi (cf. homme et femme il le créa). On peut aller un cran plus loin dans l'analogie sponsale : la nudité conjugale qui appelle à une véritable exposition et transparence est image fragile de cette nudité réciproque entre un Dieu crucifié et mis à nu et l'homme qui conscent à son tour à l'humilité et la dépendance.
À méditer
(1) cf. notamment l'amphore et fleuve
(2) Hans Urs von Balthasar, La Gloire et La Croix, Théologique 3, Ancien Testament GC3AT, ibid. p. 130
Au fil de Luc 10 - Marthe et Marie - Sainte Élisabeth de la Trinité
20 juillet 2019
Grâce et Gloire 2
Grâce et Gloire - Urs von Balthasar
19 juillet 2019
Le souffle et le vent - Urs von Balthasar
Le pain de vie - 2 - Ambroise de Milan
17 juillet 2019
Le sang, l'eau et l'Esprit - Saint Ambroise
"L'eau ne purifie pas sans l'Esprit.
On te l'a déjà dit : ne crois pas seulement ce que tu vois, car tu pourrais dire, toi aussi, comme Naaman : C'est cela, ce grand mystère que l'œil n'a pas vu, que l'oreille n'a pas entendu, et qui n 'est pas parvenu à la pensée de l'homme ? Je vois de l'eau comme j'en voyais tous les jours ! Peut-elle me purifier, alors que j'y suis descendu souvent sans être jamais purifié ? Apprends par là que l'eau ne purifie pas sans l'Esprit.Et c'est pour cela que tu as lu qu'il y a dans le baptême trois témoins qui se rejoignent en un seul témoignage : l'eau, le sang et l'Esprit. Car, si tu en retires un seul, le sacrement de baptême disparaît. Qu'est-ce que l'eau, en effet, sans la croix du Christ ? Un élément ordinaire, sans aucune portée sacramentelle. Et de même, sans eau il n'y pas de mystère de la nouvelle naissance, car personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Le catéchumène croit, lui aussi, en la croix du Seigneur Jésus, dont il a reçu le signe, mais s'il n'a pas été baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, il ne peut recevoir le pardon de ses péchés ni accueillir le don de la grâce spirituelle.Le Syrien Naaman s'est plongé sept fois selon la Loi ; mais toi, tu as été baptisé au nom de la Trinité. Tu as confessé ta foi au Père – rappelle-toi ce que tu as fait –, tu as confessé ta foi au Fils, ta foi en l'Esprit Saint. Retiens la succession de ces faits. Dans cette foi, tu es mort au monde, tu es ressuscité pour Dieu ; tu as été comme enseveli dans cet élément du monde ; mort au péché, tu es ressuscité pour la vie éternelle. Crois donc que cette eau n'est pas inutile. ~
Le paralytique de la piscine de Béthesda attendait un homme. Lequel, sinon le Seigneur Jésus, né de la Vierge ? Avec sa venue, il n'y avait plus seulement une préfiguration qui guérissait quelques individus, mais la vérité qui guérissait tous les hommes. C'est donc lui dont on attendait qu'il descende, lui de qui Dieu le Père a dit à Jean Baptiste : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre du ciel et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint. C'est de lui que Jean Baptiste a témoigné en disant : J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Pourquoi l'Esprit est-il descendu alors comme une colombe, sinon pour que tu voies, pour que tu reconnaisses que la colombe envoyée hors de l'arche par Noé le juste était l'image de cette colombe-là, et pour que tu y reconnaisses la préfiguration de ce sacrement ? (...)
Est-ce que tu dois douter encore, alors que le Père le proclame pour toi de façon indubitable dans l'Évangile, lorsqu'il dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour ; alors que le Fils le proclame, lui sur qui l'Esprit Saint s'est manifesté sous la forme d'une colombe ; alors que l'Esprit Saint le proclame aussi, lui qui est descendu sous la forme d'une colombe ; alors que David le proclame : La voix du Seigneur sur les eaux, le Dieu de gloire a tonné, le Seigneur sur les eaux innombrables ; alors que l'Écriture l'atteste : aux prières de Gédéon, le feu est descendu du ciel et, de nouveau, à la prière d'Élie, le feu fut envoyé pour consacrer le sacrifice.
Ne considère pas le mérite personnel des prêtres, mais leurs fonctions. Et si tu tiens compte du mérite, de même que tu estimes Élie, tiens compte des mérites de Pierre ou de Paul : c'est eux qui nous ont transmis ce mystère qu'ils ont reçu du Seigneur Jésus. Un feu visible leur était envoyé pour qu'ils croient ; pour nous qui croyons, c'est un feu invisible qui agit. Pour ceux-là, c'était une préfiguration ; pour nous, c'est un avertissement. Crois donc que le Seigneur Jésus est là, invoqué par la prière des prêtres, lui qui a dit : Quand deux ou trois sont réunis, je suis là, moi aussi. À plus forte raison, là où est l'Église, là où sont les mystères, c'est là qu'il daigne nous accorder sa présence.Tu es donc descendu dans le baptistère. Rappelle-toi ce que tu as répondu : que tu crois au Père, que tu crois au Fils, que tu crois en l'Esprit Saint. Tu n'as pas à dire : Je crois en un plus grand et en un moins grand et en un dernier. Mais, par un même engagement de ta parole, tu es tenu de croire au Fils de la même manière que tu crois au Père, de croire en l'Esprit Saint de la même manière que tu crois au Fils, avec cette seule différence que tu confesses devoir croire en la croix du seul Seigneur Jésus." (1)
Le texte esr admirable.
En particulier sur les trois éléments du baptême.
On notera cette distinction très actuelle qui est leçon d'humilité pour le diacre que je suis : "ne tiens pas compte du mérite personnel des prêtres/[diacres] mais leurs fonctions"
A méditer
(1) Saint Ambroise, traité sur les mystères, source AELF, office des lectures
16 juillet 2019
Nuit et espérance - Mère Teresa
Ce vide est-il comme le suggère François Marxer une opération purificatrice afin que soit réalisée une plénitude plus que jamais attendue ? « Lorsque le temps viendra, l'obscurité de la nuit sera dissipée par les éclairs de la miséricorde divine ». Ce texte résonne chez mère Teresa comme le signe possible de l'« épiphanie intense, brutale et soudaine d'une Présence » possible. (...) Présence oui, mais si lointaine » (2) pour celui qui souffre ou voit souffrir autrui et se retrouve si démuni.
Mon Dieu que ton absence est douloureuse, pourrait-on ajouter même si en cette absence c'est nous qui sommes interpellés pour être à notre tour présence et disponibilité...
(1) François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p.431
(2) p. 432
15 juillet 2019
homélie de mariage 7 - 13/7/19
Face à cela, j'aimerais juste commenter avec vous rapidement tous ces passages.
Quel est l'enjeu ?
Ce que vous avez à construire, c'est une cathédrale intérieure, fragile et immense : ce « une seule chair » dont nous parle l'évangéliste. Le mot est plus vaste que ce que l'on ne l'entend dans la langue française : il signifie pour moi symphonie. Chacun de vos talents doit s'harmoniser pour entrer dans une danse. Et je ne parle pas seulement de vos corps mais de votre être.
Le pape Jean Paul II en parlant de la rencontre des corps évoquait le mot de liturgie, c'est à dire que dans vos rencontres les plus intimes se joue un deuxième niveau, immense, une joie contagieuse et qui vous dépasse...
Pourquoi ?
Parce que Dieu est là, au milieu de votre danse la plus intime, il est au cœur de votre amour, non pour l'enfermer mais pour le dilater, le rendre fécond. Faire une seule chair, c'est donner naissance à la joie, à la vie, être semence de vie, d'éternité, rayonner de votre amour, devenir signe, joie contagieuse pour vos enfants présents et à venir.
Être signe que Dieu est là, plus fort que la haine, fort comme la mort nous dit le Cantique.
Fort comme la mort ?
Non, disent les chrétiens... plus fort que la mort !
Le cantique des cantiques a été écrit 500 ans environ avant le Christ. Le Christ par sa mort et sa résurrection traduit une autre espérance qui est votre chemin maintenant à tous les deux. Montrer que ce qui peut vous détruire, vous empêcher d'aimer peut être vaincu. En vous, vous avez cette force. Elle repose dans ces graines semées par Dieu dans vos vies. A vous de vous nourrir de cette Parole de Dieu qui vous as interpellé pour ne pas rester dans l'ombre de la mort mais dans la joie de la vie. Dans votre amour Dieu est là, ne l'oubliez pas. Il est discret, mais il vous porte dans ses bras, c'est le texte que tu as choisi N. pour clore ton livret, un texte magnifique qui m'émeut à chaque fois jusqu'au larmes.
Quand on le croit absent, il est juste derrière la porte, où il nous porte dans ses bras. Saint Augustin disait un jour. Tu es là et je ne le savais pas...
Une certitude jaillit dans ce livret que vous avez préparé et cette moisson de textes. Ils traduisent votre recherche personnelle, votre quête amoureuse et en même temps , ce Dieu qui cherche à vous parler, comme vous Le cherchez, vous aussi.
Votre vie est marquée par ces graines plantées par le grand Semeur, des graines de joie, de souffrance parfois, des interrogations, des « où es tu ? »
J'entends « La voix de mon bien-aimé ! C'est lui, il vient… »
Si vous prenez le temps de lire tout le Cantique des Cantiques un jour, vous pourrez entendre cette phrase particulière. Mon bien Aimé est là' derrière la porte.
Dieu est la, aujourd'hui comme il était hier et sera demain, derrière la porte. Il attend que vous lui ouvriez...
Dieu est là, il jaillit même, parfois, quand on ne l'attend pas. Il est au cœur de ce mouvement qui vous as rapproché, de cet amour qui vous habite. Il reste fragile comme tout amour et a besoin d'une bonne terre, bien travaillée, bien labourée, c'est à dire, non pas sèche et couverte d'épines mais accueillante et disponible.
Je vous ai donné une clé pour ce labour intérieur lors de notre première rencontre, c'est ce schéma des tours. N'oubliez pas de descendre de vos tours, de creuser en vous cette quête de vérité qui n'est pas une cymbale qui résonne comme le dit votre deuxième lecture mais une véritable charité l'un pour l'autre faite de respect, d'attention, de pardon, de vérité.
Il y a une deuxième clé que tu découvres N., c'est celle de la Parole de Dieu. Une clé fragile, elle aussi, qui a besoin d'être commentée et partagée. Comme une semence qui cherche la bonne terre.
Quel est l'enjeu ?
Ce que vous avez à construire, c'est une cathédrale intérieure, fragile et immense : ce « une seule chair » dont nous parle l'évangéliste. Le mot est plus vaste que ce que l'on ne l'entend dans la langue française : il signifie pour moi symphonie. Chacun de vos talents doit s'harmoniser pour entrer dans une danse. Et je ne parle pas seulement de vos corps mais de votre être.
Le pape Jean Paul II en parlant de la rencontre des corps évoquait le mot de liturgie, c'est à dire que dans vos rencontres les plus intimes se joue un deuxième niveau, immense, une joie contagieuse et qui vous dépasse...
Pourquoi ?
Parce que Dieu est là, au milieu de votre danse la plus intime, il est au cœur de votre amour, non pour l'enfermer mais pour le dilater, le rendre fécond. Faire une seule chair, c'est donner naissance à la joie, à la vie, être semence de vie, d'éternité, rayonner de votre amour, devenir signe, joie contagieuse pour vos enfants présents et à venir.
Être signe que Dieu est là, plus fort que la haine, fort comme la mort nous dit le Cantique.
Fort comme la mort ?
Non, disent les chrétiens... plus fort que la mort !
Le cantique des cantiques a été écrit 500 ans environ avant le Christ. Le Christ par sa mort et sa résurrection traduit une autre espérance qui est votre chemin maintenant à tous les deux. Montrer que ce qui peut vous détruire, vous empêcher d'aimer peut être vaincu. En vous, vous avez cette force. Elle repose dans ces graines semées par Dieu dans vos vies. A vous de vous nourrir de cette Parole de Dieu qui vous as interpellé pour ne pas rester dans l'ombre de la mort mais dans la joie de la vie. Dans votre amour Dieu est là, ne l'oubliez pas. Il est discret, mais il vous porte dans ses bras, c'est le texte que tu as choisi Stéphanie pour clore ton livret, un texte magnifique qui m'émeut à chaque fois jusqu'au larmes.
Quand on le croit absent, il est juste derrière la porte, où il nous porte dans ses bras. Saint Augustin disait un jour. Tu es là et je ne le savais pas...
Entrons dans la prière, confiez à ce Dieu discret, à ce Dieu d'amour, ce couple que vous voulez construire pour que l'échange que vous allez prononcer maintenant ne reste pas des mots en l'air, mais deviennent des actes...pour que les semences reçues portent des fruits...
12 juillet 2019
Homélie du 15ème dimanche du Temps Ordinaire de la Férie - le bon samaritain
de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de toute son intelligence,
et son prochain comme soi-même. » (Luc 10).
10 juillet 2019
Autoritarisme, cléricalisme (5) et crise de l’Église - Joseph Moingt
09 juillet 2019
L’agenouillement intérieur - Etty Hillesum - Kénose n.165
Verbatim en 7 verbes ? :
1. Prier : « Le Seigneur est ma chambre haute »(1), dans cette « baraque » [intérieure], vraie Tente de la Rencontre où bat le coeur pensant » (2).
2. S'abandonner, non pas dans « une résignation, une mort lente (...) mais apporter tout le soutien que je pourrai là où il plaira à Dieu de me placer, au lieu de sombrer dans le chagrin et l'amertume »
3. Accompagner, « se donner en pure présence (3) »
Offrir sa présence.
4. Irradier vers les autres (3)
5. S'agenouiller, pas toujours dans la flexion du corps mais trouver une « posture intérieure ». (4)
Au coeur de la haine des camps, « le seul geste imaginable ici c'est de s'agenouiller »(4)
6. Écouter : « Ma vie n'est qu'une perpétuelle écoute « au-dedans » de moi-même, des autres, de Dieu. Et quand je dis que j'écoute « au-dedans », en réalité c'est plutôt Dieu en moi qui est à l'écoute. Ce qu'il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l'essence et la profondeur de l'autre. Dieu écoute Dieu » (5)
7. Aider : « Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant m'apparaît de plus en plus clairement : ce n'est pas toi qui peut nous aider, c'est nous qui pouvons t'aider - et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes » (6)
(1) François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 378
(2) ibid. p. 375
(3) p. 378sq
(4) p. 381
(5) p. 384
05 juillet 2019
Hineinhorchen - Etty Hillesum - Amour en toi 37
À contempler sans modération.
(1) François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 374-5
04 juillet 2019
Nuit des ténèbres - Adrienne von Speyr
Adrienne va loin. Elle médite sur la révélation d'un Fils qui plonge dans l'abîme absolu, là où Dieu n'est plus. Dans toute nuit se pose la question de cet abandon de Dieu. Malgré nos doutes, notre espérance repose sur ce constat. Il a traversé la mort, la déréliction, l'abandon, la nuit. Dans ce désert Dieu semble mort et pourtant il est là, pleurant peut-être de notre douleur à nos côtés. Toute tentation de penser que Dieu voudrait réparation est une fausse route. Si Dieu se tait, c'est pour notre salut. Car au delà de nos nuits obscures, à la suite de saint Jean de la Croix (comme il l’exprime dès le début de son livre éponyme), nous pouvons affirmer qu'il nous relève.
(1) François Marxer, Au péril de la Nuit, Femmes mystiques du XXeme siècle, Paris, Cerf, 2017, p. 334
30 juin 2019
Au fil de Luc 9,51-62. - Suis moi - Edith Stein
25 juin 2019
Hospitalité et réciprocité - Eucharistie
Qui sommes-nous pour manger son corps et boire son sang si ce n'est pour nous laisser transformer de l'intérieur par cette présence ineffable et silencieuse ?
Le don du corps est constitutif du christianisme, essence contagieuse de l’amour divin.
« Dieu s’est totalement livré comme mystère entre les mains des hommes ; ce qui est proprement vertigineux » (1)
Prenons le temps de contempler cela, à chaque fois que nous mangeons son corps et buvons à la source de celui qui est le chemin, la vérité et la vie.
(1) Christoph Théobald, Paroles humaines, parole de Dieu, Salvator, 2015, p. 117
20 juin 2019
Postorale périphérique - 6 - Le malentendu
Le malentendu dans une rencontre hospitalière peut durer très longtemps, et même être entretenu (...) Le chemin du malentendu, vers une entente passe par l'interrogation, et d'abord une auto-interrogation : la mise en question de soi-même est sans doute la condition ultime d'une rencontre réussie. Je suis interrogé par la présence d'autrui ; et je m'interroge sur mes préjugés, sur mes représentations, sur mes images, en raison de l'incontournable altérité de l'autre" (1)
Quel est l'enjeu ? Probablement cette inversion des rapports, cet effacement souvent prêchée par Jean Vanier dans ses discours sur la fragilité partagée. Elle est loin de tout enseignement d'en haut mais véritable rencontre, apostolat du seuil(2).
(1) Christoph Théobald, Paroles humaines, parole de Dieu, Salvator, 2015, p. 94-95
(2) cf. Pastorale du seuil
Au fil de Matthieu 6,7-15 - Notre Père
19 juin 2019
Symétrie et réciprocité - Christoph Théobald - Amour en toi 36
"En m'exposant à l'autre, en l'accueillant chez moi, dans ma maison, à ma table ou simplement sur le seuil - et si je suis vrai avec moi dans cet accueil-, je suis toujours en attente que l'autre fasse de même. C'est la trame fondamentale qui traverse les Écritures, de la figured'Abraham jusqu'au souper promis ds l'Apocalypse : "Voici je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper" (Ap 3,20). Alors la symétrie se transforme en réciprocité : "moi avec lui et lui avec moi". (1)
Je trouve dans ce texte des accents levinassiens. Les grands esprits se rencontrent.
(1) Christoph Théobald, Paroles humaines, parole de Dieu, Salvator, 2015, p. 91
(2) cf. notamment Autrement qu'être et au delà de l'essence
« Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison » - Amour en toi 35 - Edith Stein
Tout est un pour ceux qui sont parvenus à l'unité profonde de la vie divine : le repos et l'action, contempler et agir, se taire et parler, écouter et s'ouvrir, recevoir en soi le don de Dieu et rendre l'amour à flots dans l'action de grâces et la louange. (...) Il nous faut pendant des heures écouter en silence, laisser la parole divine s'épanouir en nous jusqu'à ce qu'elle nous incite à louer Dieu dans la prière et le travail.
Les formes traditionnelles nous sont nécessaires aussi et nous devons participer au culte public ainsi que l'ordonne l'Église, pour que notre vie intérieure s'éveille, reste dans la voie droite et trouve l'expression qui lui convient. La louange solennelle de Dieu doit avoir ses sanctuaires sur la terre afin d'être célébrée avec toute la perfection dont les hommes sont capables. De là, au nom de la sainte Église, elle peut monter vers le ciel, agir sur tous ses membres, éveiller leur vie intérieure et stimuler leur effort fraternel. Mais pour que ce chant de louange soit vivifié de l'intérieur, encore faut-il qu'il y ait dans ces lieux de prière des temps réservés à l'approfondissement spirituel dans le silence ; sinon, cette louange dégénérerait en un balbutiement des lèvres dépouillé de vie. C'est grâce à ces foyers de vie intérieure que ce danger est écarté ; les âmes peuvent y méditer devant Dieu dans le silence et la solitude, afin d'être au cœur de l'Église les chantres de l'amour qui vivifie tout. (1)
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith STEIN ] La Prière de l'Église (trad. Éds de l'Orante 1955, p. 55)
16 juin 2019
Homélie de mariage - 5
Il y a des gens sur qui, dès le premier regard on sait que quelque chose de l'amour se dit.
N. et N., dès le premier jour, j'ai cru dans la qualité de votre amour. Peut-être était-ce dans la façon dont vous êtes présentés, peut-être est-ce à la qualité de votre sourire qu'il m'a paru évident que quelque chose de l'amour passerait chez vous pour la vie.
Vous avez choisi pour votre mariage, deux beaux textes. La première lecture, tirée du Cantique des Cantiques et l'histoire d'une quête, une quête amoureuse. C'est la quête d'un homme et d'une femme qui se cherchent et se trouvent. Je pense qu'il s'agit un peu de votre histoire, de ce coup de foudre qui vous a fait vous rencontrer il y a plus de 14 ans. Mais ce texte dit aussi autre chose. C'est la quête de Dieu vers l'homme et la quête de l'homme vers Dieu. Et c'est au centre de ces deux quêtes que votre mariage va pouvoir se construire.
Quel est l'enjeu ?
On le trouve à la fin de l’Évangile que vous avez choisi. Il est caché dans le mot « faire une seule chair ». Pourquoi ?
Parce que le mot chair au sens hébreu n'a pas le même sens qu'au sens français, il s'agit d'une "Symphonie".
Elle commence par la rencontre mystérieuse de vos deux êtres mais vous conduit beaucoup plus loin.
Je crois que vous êtes déjà sur ce chemin, N. par ton expérience de pompier, N2. par ta façon d'être une bonne (...). Peut-être aussi par votre manière d'être parents, avec vos charmantes petites filles. Elles sont la chair de votre chair, mais cela va plus loin. C'est dans votre capacité à être bon pour autrui que vous rejoignez cet appel de Dieu pour vous.
Votre amour est symphonique, il est danse... Chacun de vos gestes devient expression de quelque chose qui vous dépasse...
Demeurez dans cette dynamique de l'amour, et Dieu sera à vos côtés. Vous me l'avez glissé, c'est un Dieu protecteur que vous cherchez. Il le sera. C'est une des qualités de Dieu. Et pourtant, il est aussi surprenant, par ses dons comme par son silence qui respecte notre liberté. Il arrive ainsi que parfois, on se demande s'il est vraiment là, surtout quand le mal nous frappe à la figure sous toutes ses formes. N1., tu en as fait l'expérience chez les pompiers. Et pourtant, cette absence apparente n'est qu'illusion. S'il se retire, s'il semble absent, c'est souvent parce qu'il sait que vous pouvez être là, des instruments de son amour, les mains de Dieu.
Au plus fort du mal, dans les camps de la mort, une jeune juive du nom d'Etty Hillesum écrivait presque avec son sang : « j'ai compris l'essentiel, Dieu a besoin de nos mains ».
N. et N., Dieu a besoin de vos mains, de cet amour débordant et généreux qui vous caractérise pour être signe pour les hommes et les femmes qui n'ont plus le goût de la vie, qui ont perdu la voie vers le bonheur véritable...signe que l'amour est plus grand que la mort, comme le suggère la fin de votre première lecture.
Il faut comprendre que cette dernière a été écrite bien avant le Christ et que c'est finalement dans ce Dieu mort sur une croix que nous comprenons la quête et la fin de ce poème.
En suivant les pas du Christ dont l'amour est plus grand que la mort, votre amour sera alors ce qu'il est appelé à devenir vraiment : signe, sacrement, lumière, sel pour les autres. Cultivez cela. Entrez dans cette quête perpétuelle ! Il n'y a pas de limite à l'amour c'est le chemin d'une vie, c'est le sens des mots que vous allez prononcer maintenant.
Dans l'échange que vous allez prononcer se cache un « je me donne à toi » et cela dit l'essentiel.
Quand on donne on ne compte plus... on est porté par le don, on est transformé par le don....
14 juin 2019
Solitude périphérique, effacement et espérance - 5
Même si la dimension cléricale et institutionnelle de l'église est amenée à baisser, voire disparaître (peut-on rêver ?) c'est peut-être là, dans ses périphéries humbles et parfois effacées que le Christ peut rester vivant, rayonner et redonner à l'Église sa fonction et dynamique sacramentelle(2), première et en cela véritablement évangélique.
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(1) Christoph Théobald, Paroles humaines, parole de Dieu, Salvator, 2015, p. 71
Au fil de l’Apocalypse, 16ss - De l’effacement à l’engendrement 4 - Christoph Théobald
Que nous dit Theobald ? Face au mal, la porte s'ouvre par l'effacement, le martyr, seules brèches qui brise le mal de l'intérieur...
Est-ce là où Christoph Théobald rejoint ses propos sur la pastorale de l'engendrement ?
Il y a pour moi une correspondance qui rejoint les débats actuels sur l'évangélisation : face à un monde déboussolé la porte qui conduit au discernement, la faille, comme le suggérait Danielou est dans ce qui implose le mal de l'intérieur : la naissance, l'amour et la mort. La pastorale de l'engendrement peut "pousser la porte" dans ces expériences où l'homme devient fragile.
(1) Christoph Théobald, Paroles humaines, parole de Dieu, Salvator, 2015, p. 66
(2) cf. mon livre "Dieu n'est pas violent"
Au fil de l’Apocalypse 6 - De l’effacement à l’espérance 3 - Christoph Théobald
10 juin 2019
Effacement 2 - Joseph Moingt
Quelle est l'enjeu de cet effacement ?
Ne pas se positionner en maître mais bien, comme le dit Christoph Théobald, écouter, entendre le bruit du monde, s'effacer devant la rumeur, la rejoindre, souffrir à ses côtés, car telle est la voie de notre Seigneur...
Une pastorale de l’enfouissement ou de l’engendrement ? Les termes doivent irriter certains. Et pourtant, dans une ère post-cléricale, c’est un serpent de mer qui ressurgit, peut-être parce qu’il est proche de la pastorale même de Jésus sur les chemins d’Emmaüs...
Personnellement il me ravit... On pourra relire sur ce point les propos de Rondet...
(1) Joseph Moingt, L'esprit du christianisme, Paris, Temps présent, 2018, p. 28
L’effacement du Fils - Christoph Théobald - kénose n. 163
09 juin 2019
Viens Esprit Saint - Esprit de Pentecôte
il vous conduira dans la vérité tout entière.
En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu'il aura entendu, il le dira ;
et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera,
car il recevra ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ;
voilà pourquoi je vous ai dit :
L'Esprit reçoit ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître. »(1)
Patiente braise dans la cendre,
A tout moment prête à surprendre
Le moindre souffle et à sauter
Comme un éclair vif et joyeux
Pour consumer en nous la paille,
Eprouver l'or aux grandes flammes
Du brasier de ta charité.
Esprit de Dieu, tu es le vent,
Où prends-tu souffle, à quel rivage?
Élie se cache le visage
A ton silence frémissant
Aux temps nouveaux tu es donné,
Soupir du monde en espérance,
Partout présent comme une danse,
Eclosion de ta liberté.
Esprit de Dieu, tu es rosée
De joie, de force et de tendresse,
Tu es la pluie de la promesse
Sur une terre abandonnée.
Jaillie du Fils ressuscité,
Tu nous animes, source claire,
Et nous ramènes vers le Père,
Au rocher de la vérité. »(5)
08 juin 2019
Baptêmes 10 à 14 - Homélie du 8/6/19 - Ezéchiel 36 et 47, Jn 9
Quelle est la trame des trois textes que nous venons de lire ? C'est l'eau !
L'eau qui abreuve, nourrit, purifie.
Le baptême a, parmi ses principaux sens, une dimension double de purification et de vie.
Plonger dans l'eau c'est, symboliquement, se débarrasser de nos addictions et se relier à la vie qui vient de Dieu. Se dépouiller et se revêtir, mourir et renaître.
Quel est l'enjeu pour ces enfants que nous allons baptiser ?
Le baptême est le début d'un long chemin où ces enfants vont prendre conscience de l'amour inouï de Dieu pour l'homme, de ce fleuve jaillissant du coeur de Dieu, ce que Jean fait jaillir symboliquement du coeur transpercé de Jésus.
Le texte d'Ezechiel 47 évoque lui aussi tout particulièrement cette fontaine jaillissante et pour nous chrétiens il y a là comme une prophétie de ce cœur transpercé de Jésus mort pour nous sur la croix et source d'amour infini pour l'homme.
C'est dans cette correspondance que le baptême de Jésus prend sens.