septembre 17, 2005

De l'éthique à l'hyperbole

Si Jésus pendant sa vie publique a donné des instructions éthiques, "son apport principal ne doit plus pourtant être appelé éthique : il se trouve dans l'attitude qui consiste à laisser arriver, à se laisser distribuer et exploiter dans la passion et dans l'eucharistie". Il y a la pour Balthasar un renversement intéressant qui rejoint la thèse que j'ai déjà souvent supporté d'une démarche hyperbolique. Le chemin du Christ n'est plus de dire "fais ceci ou cela", il est de vivre jusqu'au bout ses convictions et son amour, en accompagnant ses actes de paroles mais aussi de silences. Pour Balthasar, "les fruits qui mûrissent en lui et sont distribués à partir de lui." Il s'agit pour le théologien de "se laisser émonder par le Père pour porter plus de fruits". En soi, l'influence du Christ "n'est pas dans les effets visibles, l'église visible, mais comme déjà pour Jésus et ses disciples dans l'insaisissable". (1) La morale n'est pas explicite, elle se transforme en simple hyperbole, en un appel à un au-delà qui n'est pas de l'ordre du devoir, mais d'une réponse. En soi, l'Eglise n'est pas d'ailleurs principalement le lieu d'affirmation d'une morale, même si cette dernière peut être utile à une conscience éclairée. L'Eglise est un lieu de vie réel, une expérimentation douloureuse, dramatique à la suite d'un homme qui a eu, lui aussi l'expérience en sa chair de la douleur, du drame, mais qui à travers sa mort et sa résurrection nous révèle le chemin.
Cette relativisation du rôle de l'Eglise dans une sotériologie est bien sûr délicate, mais elle rejoint ce qu'évoquait Lévinas, dans Difficile liberté, "La lumière sera accessible quand l'Eglise prendra conscience qu'elle n'a pas le monopole de la lumière". Ces termes sont bien surs abruptes et blessants, mais à la lumière du reniement de Pierre et de tous ceux qui ne vivent pas en vérité ce qu'ils espèrent, ils appellent à une certaine modestie, sans rejeter pour autant le sentiment diffus et a posteriori que dans cette pâte humaine, le souffle reste vivant, actif et fécond.
(1) d'après Urs von Balthasar, ibid p. 24

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