avril 01, 2016

Pastorale du seuil – 8 idées pour la mission


Notre monde a besoin de nouveaux terrains pour rencontrer Dieu. Le mot terrain, en soi, n’est pas choisi au hasard, tant il est vrai que nombreux sont ceux qui ne trouvent plus dans nos églises un attrait suffisant pour rejoindre nos communautés. Il nous faut donc trouver de nouveaux lieux où exercer notre mission de baptisés.

Le pape François nous appelle à partir à la périphérie, à sortir donc de nos murs et installer des hôpitaux de campagne, pour transmettre au monde la « caresse de Dieu »(1). Habitués à cette pastorale du seuil, nous avons à revisiter les lieux et les approches habituels. Il nous faut trouver les clés d’entrée qui peuvent permettre aux chercheurs de Dieu de rejoindre ce qui nous fait vivre. Pour cela, nous devons accepter de quitter les chemins habituels, pour partir, à la suite de Jésus sur les routes qui s’éloignent en apparence de Jérusalem, ces chemins d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)  où l’écho d’un tombeau vide résonne encore du cri et de l’absence apparente de Dieu.

Après 25 ans en pastorale urbaine et 5 années passées en zone rurale, un changement qui a donné lieu pour nous à une conversion du regard, tant les populations et les besoins étaient différents, voici huit chemins identifiés comme prioritaires, pour tenter d’atteindre le cœur de ces brebis égarées sur les chemins du monde.

Une pastorale de l’humilité

La première leçon d’Emmaüs est de contempler le Christ qui ne se dévoile pas, ne joue pas les maîtres, mais accompagne sur un chemin dont il ne connaît pas toutes les pierres. Il a soif de la rencontre, interroge, reconnaît à chacun sa valeur propre et ne cherche pas à s’imposer, au point de disparaître à la fraction du pain.

Une pastorale de la joie

La deuxième leçon de l’Évangile est celle d’un Christ qui ne refuse pas de s’assoir à la table des publicains (Mc 2, 16), à boire du vin (Jn 2, 1-12) et à chanter sur les places. À la différence de son cousin, sa pastorale est celle de la joie.

Une pastorale de la création

Une troisième leçon est celle de la contemplation. En mettant l’enfant au centre de son enseignement, il nous conduit à reconnaître que la naissance, l’enfance, la créature de Dieu est lieu de contemplation et d’étonnement. Et ce faisant, elle est chemin vers Dieu. C’est un atout de notre pastorale rurale, où nous rencontrons souvent des couples déjà parents, de les faire parler de la joie de leur paternité, comme lieu de rencontre avec le divin.

Une pastorale de l’amour

L’amour, leur amour est aussi une clé d’entrée à Dieu. En les faisant contempler ce qui est né en eux, ce qu’ils vivent, voire les joies de leurs rencontres, nous pouvons les introduire à cet amour reçu, débordant qui nous vient de Dieu.

Une pastorale de la miséricorde

Être accueillant, sans juger leur passé mais tout tourné vers l’avenir, c’est exercer la miséricorde d’un Dieu qui ne juge pas l’homme, veut guérir ceux qui sont marqués par des échecs et les inviter à une nouvelle danse.

Une pastorale de l’engendrement

L’enjeu n’est-il pas de les rendre actifs, engagés, leur révéler ces clés intérieures qu’ils portent en eux et peuvent libérer sur les chemins de Dieu ? Il est étonnant de voir combien certains, à l’issue de nos rencontres, accueillis, portés par la dynamique d’un groupe qui les a valorisés, souhaitent aller plus loin. C’est cela l’engendrement : réveiller l’envie de faire église.

Une pastorale de la Parole

La Parole de Dieu, partagée, découverte ensemble, quand elle est source de dialogue, d’échange et de vie, réconcilie l’homme avec l’Évangile, lui montre combien il rejoint l’aujourd’hui de chacun.

Une pastorale de la souffrance

Plus délicate, cette dernière clé n’est pas à oublier. Car ceux qui se sont éloignés de Dieu portent en eux une question qui les minent : « Où es-tu, mon Dieu ? ». Souvent la souffrance, la perte d’un proche est le point de blocage de leur relation avec Dieu. Or, à l’âge où ils se marient, c’est souvent la perte d’un grand-parent qui les touche et interpelle leur lien avec l’Église. En ignorant ce point, nous risquons de passer à côté d’un écueil majeur.

Conclusion

On le voit, les clés sont nombreuses et les moyens d’y parvenir semblent délicats. Pourtant, cette petite liste semble prioritaire. Si nous omettons de nous y référer, nous risquons de passer à côté de l’essentiel, de plaquer un discours, une morale, là où ils cherchent des chemins. Le travail de Dieu en l’homme nous échappe. En ouvrant ces huit portes, nous travaillons à le faciliter.



(1) Pape François, Homélie à Sainte Marthe du 7/4/2014

Pour aller plus loin :
1) Pape François, La joie de l'Evangile
2) W. Kasper, La miséricorde
3) Théobald / Bacq, La pastorale d'engendrement
4) C. Hériard Pastorale du seuil /  Où es-tu, mon Dieu ? - Souffrance et création / Chemins d'Evangile / Aimer pour la vie, essai de spiritualité conjugale / Humilité et miséricorde (à paraître)

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