15 février 2007

Voile - III

Pour Origène "le Verbe de Dieu est couvert du voile de la chair" (1). Pour moi cette citation évoque beaucoup de chose. D'une certaine manière, en effet, c'est dans la nudité de la Croix et le flanc béant du Christ que le verbe transparaît comme un fleuve de vie.

(1) cité par Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 42-34

Le Don - IV

Pour Balthasar, l'essence divine n'est pas un bloc inerte d'identité mais "une réalité qui se communique dans le Père, se reçoit dans le Fils, est donnée en commun à l'Esprit par le Père et le Fils, étant elle-même de la part du Fils et de l'Esprit quelque chose de reçu"

Il y a donc un mystérieux échange trinitaire qui fait transpirer pour moi la triple kénose des personnes divines. Le Père s'abandonne au Fils qui s'abandonne par amour du Père et se transmet par l'Esprit. Je retrouve ce que Maurice Zundel décrivait comme un "Dieu à une distance infinie de lui-même", un don parfait.

Cela rejoint Grégoire de Nysse qui affirmait que stabilité et mobilité sont comparables. "Plus quelqu'un demeure fixe et inébranlable dans le bien, plus il avance dans la voie de la vertu. Sa stabilité est pour lui comme une aile".

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, IV, Le Dénouement, Culture & Vérité, Namur 1993 p. 64

(2) Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, PG 44, 405 BD, trad. J. Danièlou, Sources chrétiennes, 1, 146-147

Les limites du dogme

Une catéchèse qui repose sur l'enseignement des dogmes pose les balises de la foi mais ouvre peu à une rencontre avec le Dieu vivant qui est la source même de ces dogmes. C'est pourquoi, d'une certaine manière, "l'Eglise est en décalage avec la culture actuelle qui donne une place prépondérante à l'expérience vécue et aux relations" (1). D'une certaine manière, on rejoint là l'argumentation pour une pastorale inductive ou "d'engendrement" (pour reprendre l'appellation donnée par les auteurs) qui vise plus d'abord le dialogue et le partage, le "cheminer avec" que l'enseignement des principes de la foi. Cela nécessite cependant une conversion des façons de faire, de l'ensemble des structures. En disant cela, je ne parle pas de la catéchèse des enfants, qui ont besoin de repères structurants, mais bien de toute approche qui viserait les adultes, recommençants où demandeurs de sacrement.

(1) d'après Odile Ribadeau Dumas et Philippe Bacq, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 98

14 février 2007

Double kénose - II

"De même qu'il y a une kénose, une descente de la Parole dans la chair, il y a une kénose, un abaissement de la Parole dans les paroles humaines, dans les paroles écrites". Cette analogie qui revient continuellement chez les Pères est reprise par Dei Verbum (DV13) qui parle de condescendance de la Sagesse éternelle : la parole de Dieu explique en langage humain tout comme autrefois le Verbe du Père éternel, ayant pris la chair de la faiblesse humaine DV13

Le don - III

Pour K. Hemmerle "se donner n'est pas se perdre : c'est essentiellement se réaliser soi-même". Pour lui, donner c'est se déposséder mais aussi contenir ce que l'on donne et d'une certaine manière "se prodiguer c'est exister…" (1)

"Le don de soi absolu est au-delà de la puissance et l'impuissance : l'un et l'autre est intrinsèque au surgissement de l'être. S'il y a substance, c'est en vue d'une transsubstantiation et d'une communion. Ainsi, l'on voit qu'à partir de ce point de vue l'immutabilité de Dieu et l'amour de Dieu se laissent parfaitement réconcilier." (2)

Dieu dont l'amour est infini peut donc sans changement vibrer au sein même de sa divinité dans l'éternel échange trinitaire.

(1) K. Hemmerle Thèse sur une ontologie tinitaire, p. 39, 61, 47 cité par Hans Urs von Balthasar, DD IV, p. 62

(2) ibid p. 63

Le plaisir de savoir

Ce décentrer est d'autant plus nécessaire que l'on a tendance à "maîtriser le texte, le dominer, sans se laisser atteindre par lui" alors qu'il devrait s'agir du "fruit d'un don d'en haut et d'un lâcher prise" où l'on est touché par la Parole qui s'y donne. "Elle vient résonner et vibrer en [l'homme] avec des accents nouveaux. Au-delà de l'émotion et du sentiment, elle renouvelle son intelligence et sollicite sa liberté, jusqu'à l'incliner à prendre des décisions." (1)

(1) d'après Odile Ribadeau Dumas et Philippe Bacq, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 95

13 février 2007

Lire l'Ecriture

Lire l'Ecriture c'est permettre un "décentrement", se lancer dans "une aventure dont on n'a pas la maîtrise". C'est une aventure spirituelle où l'on quitte "ses propres repères pour accueillir l'inconnu et l'imprévisible du texte". (1) Cette aventure nécessite souvent l'éclairage de ce qui connaisse le contexte (par les méthodes historico-critiques ou autres). Cette mise en contexte évite l'appropriation du texte et favorise le décentrement véritable, qui consiste à quitter ses repères pour s'ouvrir à une Parole autre. Ce travail intérieur est d'autant plus nécessaire que Dieu ne parle pas en direct mais à travers l'Ecriture. Il faut en comprendre la traduction humaine, dans le contexte où il a été écrit.

(1) d'après Odile Ribadeau Dumas et Philippe Bacq, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 95

12 février 2007

Double kénose

Pour Enzo Bianchi, il existe un parallèle dans le Credo entre l'incarnation dans la Vierge Marie et la Parole de Dieu qui se fait chair dans la parole des prophètes.

Enzo Bianchi, ibid p.41

Esthétique

Selon Hans Urs von Balthasar : l'Esthétique partait de la figure (du verbe incarné Jésus-Christ). Mais la figure en tant que telle n'est vraie et remplie de gloire que dans la mesure où elle révèle et provient de l'unité du Père et retourne en celle de l'Esprit. Et tout cela se déroule dans une dramatique divine, qui révèle, au niveau du monde et dans l'ordre de la rédemption, le mouvement transcendant de la Trinité éternelle.

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, IV, Le Dénouement, Culture & Vérité, Namur 1993 p. 61

Dépassement

Notre société bute sur des choses simples, des vérités mal comprises et que l'on peut corriger facilement, à condition d'en percevoir les enjeux. Ainsi, pour Fossion, il y a 5 axes de dépassement de "ce qui fait obstacle à la foi" :

a) Percevoir la création comme étant toujours "à venir", à la différence d'une vision qui se fige sur une interprétation littérale du Dieu créateur de l'homme "porteur du mal"…

b) voir l'éthique chrétienne comme une "permission sans limite mais dans la responsabilité", et non comme le lieu d'un interdit stérile,

c) concevoir l'homme debout comme une priorité (le sabbat est pour l'homme et non l'homme pour le sabbat),

d) voire la croix comme le signe d'un renversement : la croix montre jusqu'ou peut aller le mal et jusqu'ou peut aller le bien (là où le péché à abondé, la grâce à surabondé – Rom 5,20) (1) On peut voir à ce sujet l'analyse de Ricoeur (2) qui parle de l'hyperbole qui "suscite notre imagination et nous permet d'accéder à une nouvelle règle en recevant l'enseignement de l'exception".

e) Percevoir la Trinité comme lieu de communion entre donner (Dieu) et Recevoir (Fils) et le lien entre les deux par l'Esprit.

Faire passer ce message, c'est permettre de sortir d'une vision étriquée de l'Eglise comme lieu d'interdit ou de défendu et remettre l'Evangile au cœur du message.

(1) André Fossion, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p.85

(2) Equivalence et surabondance, les deux logiques, une lecture de Rom 5, Paul Ricoeur, in Esprit Mars-Avril 2006, p. 167 – 173

11 février 2007

Le Don – II, Des fleuves d'amour

Un Fleuve d'amour,… Voilà l'image qui m'habite de plus en plus, comme un dévoilement soudain. Le don sans fin qui transpirait déjà dans les textes de l'Ancien Testament ( "J'ai fait sortir de lui des Fleuves" Si 24, 30), m'apparaît maintenant comme un geyser d'amour, une fontaine intarissable, jaillissant du flanc ouvert du Christ. Par cette plaie béante où l'apôtre Thomas mettra son doigt, jaillit le sang et l'eau qui ne tarît pas, la source nouvelle du Verbe, Parole vivante qui nous abreuve et que nous ne pouvons conserver. Comme la manne elle nous échappe et nous revient encore. Inépuisable et profonde comme ce fleuve jaillit du Temple. Tel Bonaventure, nous ne pouvons que remplir nos misérables jarres à cette eau, la puiser, se laisser habiter et la transmettre… Elle est le Vin nouveau, le Verbe qui se répand, inépuisable et fécond…

Pour saint Thomas ces fleuves sont en quelque sorte "le flux de l'éternelle procession selon laquelle le Fils procède du Père et le Saint-Esprit procède de manière ineffable à la fois de l'un et de l'autre. Ces fleuves restaient caché dans les vestiges des créatures et dans les énigmes des Ecritures. En s'incarnant, le Christ les a rendus manifestes"

(1) Saint Thomas, Commentaires sur les sentences.

Deux approches complémentaires

Même lorsque nous intervenons dans le cadre d'une recherche "d'humanisation" on ne peut pour autant mettre en place une "tactique d'évangélisation ou une stratégie pastorale" (1) Il faut trouver un lieu de cohabitation entre ces deux réalités, humaine et spirituelle de nos actions pastorales. Si ces actions sont de fait un "terreau naturel pour l'annonce de l'Evangile" il est important ne pas en faire nécessairement un lieu de prosélytisme mais de liberté, d'accompagnement, qui sans ignorer ce qui nous habite, laisse à l'autre un chemin de liberté et d'humanisation qui ne soit pas nécessairement, pour l'instant, celui du sacrement.

(1) André Fossion, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 81

10 février 2007

Kénose de la Parole


Comme, lors des Rameaux, l'ânon porte le Christ, l'Esprit porte la Parole de Dieu. Ainsi pour Enzo Biancha, sous la conduite de l'Esprit, La Parole "s'enfonce à travers la lettre" pour atteindre la profondeur du Mystère où à lieu la rencontre avec lui". C'est pourquoi l'interprétation traditionnelle de l'Écriture a toujours fait appel à l'analogie de l'incarnation (1)
On rejoint pour moi la thèse de Soloviev de la double kénose, déjà évoqué dans ces pages...

(1) Enzo Bianchi, Ecouter la Parole, p. 41

Trinité

Certes, comme le dit Hans Urs von Balthasar, la fin dernière "est la vie trinitaire révélée en Jésus-Christ" Pour lui le dénouement ne peut être que trinitaire (1), mais d'une certaine manière, si l'on fait abstraction des contingences humaines et de la nature, ne sommes nous pas déjà dans un mouvement trinitaire. Cette trinité ne transpire-t-elle pas dans le monde, à la fois voilée et présente. Elle se révèle dans des indices imperceptibles, dans cette fleur qui révèle le Père, dans cet amour partagé qui s'origine et trahit l'amour du Fils et dans cette intelligence des choses qui ne viennent que de l'Esprit en nous. La Trinité est comme une source vive qui déborde de puissance sur nos chemins, s'infiltre sous la pierre et fait suinter la terre. Elle est l'âme de ce monde même si elle ne se révèlera qu'in fine, dans le tressaillement de la rencontre de Dieu. Alors le monde tremblera de joie, comme le décrit Dante, parce que les bienheureux verront Dieu.

D'une certaine manière, je rejoins ce que disait la grande Scolastique, qui voyait la création comme inscrite dans la Trinité comme dans son présupposé inconditionnel. Pour elle, la possibilité de création repose sur la réalité de la Trinité. "Un Dieu qui ne serait pas trinitaire ne pourrait être créateur." (2)

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, IV, Le Dénouement, Culture & Vérité, Namur 1993 p. 47
(2) ibid p. 55

Construire une église en "open source"

Je retiens le mot d'André Fossion, qui sera probablement parlant pour la "blogosphère". Loin des structures classiques, il nous faudrait dit-il proposer une Eglise en "open source" pour "puiser librement, s'appuyer et construire son existence" (1). Certes cela n'exclue pas l'importance de garder un lien apostolique force entre tous les membres, mais l'accès aux "ressources" de l'Eglise mériterait un élargissement, qui ne conduirait pas tous les hommes de bonnes volontés à devoir passer obligatoirement et en préalable sous les fourches caudines des conditions "sacramentelles" pour jouir, connaître, apprécier, comprendre, le sens de l'Evangile. L'Eglise sacramentelle ne prenant son sens que dans une deuxième étape, basée non sur une "obligation" mais sur une invitation à aller plus loin… Utopie peut-être, mais l'idée me semble interpellante sur nos processus pastoraux…

(1) André Fossion, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p.81

09 février 2007

Le Don – I, Toujours plus

Voir comme le fait Balthasar la présence de Dieu pour l'homme comme un "toujours plus", c'est à chaque fois permettre d'ouvrir un avenir et comprendre l'immensité du don. Quelque chose advient, un avenir, et on en n'est jamais maître

Cet avenir qui nous fait retrouver la force au-delà de nos servitudes et de nos petitesses, qui nous donne la force d'aimer est autre chose que le futur, c'est l'union de notre foi et de notre espérance. Elle apparaît comme "cette ancre (agripan) jetée au-delà du voile du Temple (Heb 6,19)" qui nous tire vers Dieu et nous invite à la confiance.

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, IV, Le Dénouement, Culture & Vérité, Namur 1993 p. 46

Révélation

Pour Christoph Théobald "Dieu ne nous révèle pas d'abord des choses, des vérités, des dons; il n'a qu'une chose à nous communiquer : lui-même comme mystère absolu. La seule réponse adéquate, la foi est alors le don de soi du croyant, offrande libre, dont la racine ultime est la conscience humaine." (1)

Je pense que nous sommes effectivement invité à entrer dans cette dynamique du recevoir... Un saut dans l'inconnu auquel Dieu nous invite. Je te reçois et je me donne à toi... Tout est dit...

(1) Christoph Théobald, ibid p. 60-61

Nouvelle vision de l'Eglise

Pour Jean Marie Donegani, l'Eglise peut être l'événement qui rassemble à chaque instant les hommes dans le nom de Jésus-Christ. Cela se fait nécessairement hors de tout lien, de manières nécessairement plurielles mais en restant dans l'espérance d'une unité à la mesure de l'attention qu'elle accorde à chaque témoignage singulier et à chacun de ces petits éclats de sens qui dessinent le profil du croire contemporain (1)

La difficulté dans cette ouverture sera de maintenir l'unité. On peut voir à ce sujet ce que je reprenais plus haut chez Ratzinger qui comparaît certaines communautés à un "vaisseau spatial qui a coupé tout lien avec la terre". L'art est dans le maintien du lien, qui n'est ni rigide, ni trop lâche…

Jean Marie Donegani, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 45

08 février 2007

Liberté

La liberté divine peut elle purement et simplement "subjuguer" la liberté créée ? Si comme les Pères de l'Église avaient coutume de le souligner avec Irénée, elle procède par persuasion, non par violence, est elle alors sur de parvenir à ses fins ? Ne faudrait-il pas précisément compter avec la possibilité d'un refus définitif de la part de l'homme, et donc aussi de la réprobation définitive qui en résulterait ? (1)

On est pour moi au cœur du mystère, celui qui conduit à s'interroger sur les conditions mêmes de cette liberté. Sommes nous véritablement aptes à faire un choix libre ? Le faisons nous véritablement ? Et quid de ceux pour qui ce choix est plus difficile parce qu'ils n'ont pas reçu ce que nous avons reçu, ceux que la vie a marqué de mille façon et qui n'ont plus de raison d'espérer. Peut-on alors les condamner à la réprobation alors qu'ils ne sont pas responsables ?

D'une certaine manière, je crois qu'il faut se placer dans la position du fils ainé dans le texte du fils prodigue ? Prendre conscience que l'on a reçu beaucoup du Père et que ce qui est à lui est à nous et, fort de tout cela, devenir aidant pour ceux qui n'ont pas reçu, sans violer leur liberté, mais parce que Dieu a besoin de nos mains, de nos voix pour les aider sur le chemin… La miséricorde de Dieu passe par nos mains, mais pas uniquement ? Nous sommes des serviteurs quelconques et Dieu profitera de nos efforts et compensera nos incompétences…

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, IV, Le Dénouement, Culture & Vérité, Namur 1993 p. 45


NB : Parallèlement à notre lecture d'Une nouvelle chance pour l'Evangile, nous poursuivrons nos commentaires de la Dramatique Divine avec ici le dernier tome de cette partie de la trilogie...

07 février 2007

Dogme et écoute mutuelle

"Il ne s'agit plus de partir d'une Eglise définie par un dogme, une tradition et une hiérarchie dont la mission est de définir les contours d'un système d'emprise (…) mais de la retrouver à l'écoute qu'elle accorde à ceux qui disent leur foi." (1)

Ces propos sont peut être un peu durs, mais ils interpellent le cœur de notre situation pastorale. A quoi sert de prêcher le dogme si nous ne vivons pas les valeurs évangéliques, pourrait-on dire. Mais à l'inverse, peut-on encore vivre ces mêmes valeurs, sans se retrouver structurer dans un cadre, une structure qui limite le "vagabondage" de la pensée et la recentre sur l'Evangile. Cela rejoint pour moi les propos entendus lors d'une homélie de Mgr Perrier en 2000 où il distinguait le problème de la rigueur personnelle de l'ouverture pastorale. Pour être aimant vers l'autre, il faut se contenir soi-même. Mais cette rigueur n'est pas une obéissance aveugle, elle doit résulter d'un travail sur soi, un travail de liberté.

Jean Marie Donegani, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 44

Le dire et le dit...


Selon Dei Verbum : "Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et parce qu'elles sont inspirées, elles sont réellement parole de Dieu. n°24
L'Écriture Sainte est parole de Dieu en tant qu'elle est consignée par écrit sous l'impulsion de l'Esprit divin. Elle n'est pas directement parole de Dieu mais ne l'est qu'en conjonction avec l'Esprit Saint nous dit Enzo Bianchi. (1). Cela rejoint pour moi la différence entre la notion du Dire et du dit chez Lévinas. Le Dire est plus large nous dit-il que tout ce que le dit peut exprimer.

E. Bianchi, ibid p. 39

Le même héritage

Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile.
Eph 3, 5

La force de l'Evangile

Doit-on préparer l'avenir ou prolonger le passé ? Comment engendrer de nouvelles personnes à l'Evangile ? Après un constat difficile sur la réalité paroissiale française les auteurs s'interrogent. Et si nous entrions dans un autre dynamisme qui ne serait plus fondé sur le seul sacrement mais sur des "cellules ecclésiales de partage d'Evangile (…) pilier et pôle structurants" (1) plus que les pratiques sacramentelles d'antan ?

On peut trouver que ces propos relèvent de l'utopie. J'ai tendance à considérer qu'il y a là cependant une direction pastorale intéressante, qui ne doit pas pour autant remettre en cause le sens même de l'eucharistie, mais ouvrir en parallèle des lieux de rencontre, d'intelligence de la foi qui permettent de faire grandir l'homme…

La pratique de la parole de Dieu aurait ainsi une autre résonance. A partir de la rencontre entre Dieu et l'homme au sein d'une alliance (2), son interprétation par l'exercice de la mémoire puis de l'écriture trouverait une autre dimension dans la lecture (3), chemin d'interpellation finale de la transmission kénotique de Dieu à l'homme : La Parole de Dieu n'est pas une parole directe, elle se fait chair pour être entendue par le cœur de l'homme.

(1) d'après Odile Ribadeau Dumas et Philippe Bacq, Une nouvelle chance pour l'Evangile, ibid p. 91-92

(2) ibid p. 93

(3) cf à ce sujet, P. Ricoeur, Mémoire, Histoire, Oubli, in la Revue Esprit, Mars Avril 2006 p. 20-29

NB : Nous commençons ici la lecture commentée d'Une nouvelle chance pour l'Evangile, vers une pastorale d'engendrement, sous la direction de Philippe Bacq, sj et Christoph Theobald, sj, Lumen Vitae, Novalis, Editions de l'Atelier, Bruxelles 2004

06 février 2007

Marie

Pour Balthasar, la mort commune de Jésus et de Marie (mort physique pour l'un et mort spirituelle pour l'autre) s'est faite "séparés l'un de l'autre mais c'est justement par là aussi que s'accomplit le mystère de la fécondité suprême de l'amour entre l'homme et la Femme, la prend naissance l'eucharistie et se développe le sein ecclésial qui la reçoit". En un sens, à la suite de Marie, nous ne pourrons vivre et souffrir ce qu'a vécu le Christ, mais notre communion est eucharistie...

Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3, L'action, Culture et Vérité, trad. Robert Givord et Camille Dumont, Namur 1990, p. 466

Ecriture et Charité

A quoi nous sert cette lecture si elle n'est tremplin vers l'amour. Nous pourrions nous abîmer les yeux dans l'interprétation, nous fatiguer les neurones dans les traductions et l'exégèse, s'il nous manque l'amour, "nous ne sommes que des tymbales qui résonnent" (1 Cor 13). Pour Augustin d'Hippone, l'interprétation de l'Écriture doit aboutir à une grande charité.

Saint Jérome rajoute : "Les Écritures sont utiles à ceux qui les lisent que lorsque l'on met en pratique ce que l'on lit" (1). Pour Bianchi, on ne comprend l'Ecriture qu'à mesure qu'on la vit, distinguant à ce sujet l'Inter-legere (entre les lignes) et l'Intus-legere (en profondeur), pour "aller au-delà du verset" (Lévinas) (2).

(1) Saint Jérome, In Mich, I, 2

(2) cité par Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 27

Obéissance - II

On ne peut comprendre l'expiation que si l'on comprend l'importance de la déréliction au centre même du mystère trinitaire. Pour Balthasar, il faut comprendre "le caractère imposé de ce que Jésus au jardin des Oliviers appréhende comme au delà du supportable mais qu'il assume dans une obéissance aveugle remonte en fin de compte à une décision trinitaire du salut : ainsi le Fils, à ce moment obéissant, y a participé et y participe encore activement autant que le Père et l'Esprit. En un certain sens, il y participe même de la manière la plus active car dans le dessein trinitaire, il a fallu une offre de soi, un réelle initiative parte de lui. Ce qu'il supporte finalement par expiation comme le plus éloigné de sa nature est, sous cet aspect, ou bien le plus propre et qu'il a prémédité pour lui-même"


(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 465

05 février 2007

Lecture spirituelle

La lecture spirituelle n'est pas une méthode (…). Elle affirme l'insuffisance des méthodes et relativise la méthode quand celle-ci faisant de l'Ecriture sa propre justification, fait d'elle-même un absolu en s'érigeant en idole". (1) D'une certaine manière, Enzo Bianchi nous invite ici à une intelligence globale, dont nous ne sommes pas les maîtres. Pour lui, c'est l'Esprit seul qui est l'herméneute, l'interprète de la Parole, nous n'en percevons que des bribes et n'en possédons pas toutes les clés. Et c'est pourquoi, seule une relecture communautaire est "souffle", en vertu même des paroles du Christ. "Quand deux ou trois sont réunis en mon nom…". Seule la lecture communautaire donne à l'Écriture une vue "large et ouverte, des horizons larges et dégagés" (2)

Pour Bianchi "L'Esprit est exégète de la Parole et du silence du Christ (…) il conduit à la plénitude de la Vérité" (3). Il va même jusqu'à affirmer que sans le témoignage des Ecritures, l'événement pascal serait muet, il ne serait que la constatation d'un tombeau vide. (4)


(1) Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 19
(2) ibid. p. 27, (3) p. 20, (4) p. 23

Obéissance

Pour Hans Urs von Balthasar, la mort des Justes (Camus) est orgueil parce qu'elle est choisie à la différence de celle de Jésus, qui n'est pas de l'orgueil "puisqu'il en abandonne l'heure au Père". Ce n'est pas lui qui prend l'initiative de se charger du poids des péchés; il s'en laisse imposer le fardeau dans l'heure et par l'heure. Il ne pourra donc déployer aucun héroïsme, en se montrant capable de prendre la charge : celle ci est pour lui tout simplement insupportable et il ne peut l'accepter que parce qu'il vit dans l'obéissance à la volonté du Père. C'est l'obéissance qui donne le poids à tout et la différencie de l'orgueil.


(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 458-459

04 février 2007

Le cadeau de la Liberté - II

Comment enraciner, chez celui qui ne connaît pas et ne cherche qu'une liberté de pure autonomie (qu'elle soit individuelle ou sociale), une liberté tout autre, donnée par Dieu et tournée vers lui. "Ce n'est pas impossible dit Hans Urs von Balthasar, puisque le Christ rejeté par le monde a envoyé les apôtres parmi les loups (Mt 10,16) " (1) . Pour lui, telle est la possibilité de la grâce donnée par le Christ malgré la fermeture du monde à toute grâce.

(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 443


03 février 2007

Non-dits

E. Bianchi nous pointe du doigt tout ces non-dits de l'Ecriture en affirmant que la "Vérité est mystère". (1)

Je ne peux que faire ici écho de nos lectures parallèles de Balthasar qui souligne après Soloviev combien la kénose est aussi partie intégrante de l'Ecriture, signes et traces du Verbe. Cela ne fait que rebondir avec l'interprétation d'Origène citée plus haut sur les multiples clés de la "Maison-Bible"…

Pour Bianchi, l'Esprit est l'herméneutique du non-dit, envoyé pour éclairé le mystère. C'est pourquoi, affirme-t-il, "nous ne sommes pas la religion du livre mais la religion de l'interprétation" (2). Cela renforce, pour moi, l'importance des réflexions sur l'importance d'une intelligence de la foi, tout en restant, en parallèle, une révélation de notre liberté. Car, de fait, qui dit kénose dit liberté.

(1) Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 14

(2) ibid. p. 18

Semblable au péché

Pour Hans Urs von Balthasar, le Logos lui-même a revêtu "une chair semblable à celle du péché " (Rm 8,3), c'est à dire la chair de l'adam déchu, afin que le "monde soit condamné dans la chair". Il en résulte de là que le chrétien, "dépassant la liberté d'Adam est libéré des liens d'une liberté restreinte à ses propres limites ; il reçoit par le Fils la liberté des enfants de Dieu. Mais cela avec le paradoxe qu'en tant que créature nouvelle, il doit continuer à vivre dans les contraintes de l'ancienne créature jusqu'à ce que l'espérance soit transformée en la vision de la chose elle-même". Notre chemin s'inscrit dans cette liberté là. Il nous faut faire fi de ces esclavages de l'homme ancien pour revêtir des vétements neufs, malgré tout ce qui nous tire dans l'ancien monde... Est-ce là le Décentrement véritable... ?


(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 443

02 février 2007

Dieu et le monde - III

Pour Balthasar, "Jésus possède cette liberté (...) pour poser en lui les signes du Royaume qui le transcende". D'une certaine manière, sa remise totale à la vérité du Père est une liberté qui lui permet " de prendre en charge tous les cotés négatifs du rejet dont Jésus fut victime au calvaire, elle lui permet justement de prendre sur lui, librement, par obéissance, ce refus et cette fermeture du monde si étroitement liée à la mort, pour qu'à son terme le vieil Adam fasse retour à son vrai commencement dans le nouveau. Tel est le mystère du "Pour nous", celui qu'actualise l'eucharistie".

On s'éloigne ici définitivement d'une vision d'obéissance comme contrainte, pour rentrer dans la compréhension du plan de Dieu sur l'homme...

(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 442

01 février 2007

Des clés de lecture...

Dans le 1er traité d'herméneutique biblique de l'Antiquité, le livre IV des Principes (Peri Archon) d'Origène nous dit que : "L'ensemble de l'Ecriture divinement inspirée (…) ressemble pour lui à un grand nombre de pièces fermées à clé dans une maison unique. Auprès de chaque pièce est posée une clé, mais pas celle qui lui correspond". (1) A nous donc de trouver pour chaque pièce la clé dans l'Ecriture qui va nous permettre d'ouvrir le livre, d'en briser le sceau (Ap 5,5).

(1) cité par Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 11

31 janvier 2007

Dieu et le monde - II

Les mouvements du verbe ne sont pas résumé dans son incarnation. Il y a eu, avant cela une "accoutumance du Logos" avant même Abraham" (1)
Le chemin de Dieu dans le monde, peut être conçu ainsi comme le dépôt de germes de vie (spermatikos logos), autant de qualités déposées en l'homme qui sont à développer jusqu'à voir l'incarnation du logos "comme un achèvement du sujet humain et non comme une contrainte numineuse exercée sur la nature et la volonté libre de l'homme". Pour Balthasar, il nous faut "présenter comme modèle au chrétien l'unité de ces deux choses : la libre et parfaite auto-détermination de l'acte personnel et l'ordination parfaite à la liberté divine (...) le premier Adam n'est pas de soi susceptible d'aboutir à un achèvement : ce qu'il doit faire, c'est mourir à lui-même ( Décentrement ) pour être élevé et intégré dans le nouvel Adam" (2)


(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 440

(2) ibid p. 441-2

Dieu et le monde

S'il semble essentiel comme le souligne Balthasar de "considérer avec bienveillance les valeurs que l'on rencontre et montrer avec douceur qu'elles ne s'achèvent vraiment que dans le message chrétien"(1) il subsiste un risque, souligne-t-il, que le sel s'affadisse.

Si Jésus est venu dans le monde, puis s'est retiré (cf. Jn 16,28) il demeure en lui jusqu'à la fin des temps (Mt 28,20). Il subsiste donc une tension permanente qui peut éviter pour Balthasar, l'affadissement de l'Eglise par le monde. De fait, pour lui l'Eglise devrait avoir disparue depuis longtemps. Mais comme le souligne Paul, nous sommes "moribonds et pourtant nous vivons" 2 Co 6,9. Je trouve finalement resplendissante cette Eglise que l'on croit morte et qui rejaillit dans la fleur d'une âme, au milieu de nulle part.


(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 432ss

30 janvier 2007

La foi

La foi est d'abord pour Enzo Bianchi l'espace de rencontre d'un texte qui est né de celle-ci, de cette foi qui se configure comme potentialité herméneutique (1). En cela, rejoignant Origène, il affirme la primauté de la foi : "croit d'abord et tu découvriras, sous ce que tu croyais un obstacle un grand et sain bénéfice". (2)

(1) Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 12

(2) Origene, Philoc. I, 2, 8

Science et Charité - II

L'Auflkärung, ce mouvement qui a pris sa source dans l'âge des Lumières et qui a apporté un regard critique sur la religion est "dangereuse pour toute l'Eglise" d'après Urs von Balthasar en "troublant la vision du regard sain par lequel tout le corps est lumineux" (Mt 6,22) (1)

D'une certaine façon je comprends ce point de vue dans la mesure ou notre tendance à décortiquer, analyser la foi, nos repères, nos traditions nous conduisent à prendre de la distance sur ce qui fonde l'essence même de la foi : un saut dans la confiance et une ouverture au mystère et donc d'une certaine manière à l'infini qui nous dépasse.

C'est pourquoi, nous ne devons pas perdre notre regard d'enfant...

Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 431

29 janvier 2007

Grandir avec la Parole

Nous reprenons ci-après notre lecture d'Enzo Bianchi avec son plus récent ouvrage (1) par une citation de Saint Grégoire le Grand : "Scriptura crescit cum legente" : "L'Ecriture croît avec celui qui la lit"....

Tout un programme...


(1) cité par Enzo Bianchi, Ecouter la parole, Les enjeux de la Lectio Divina, Lessuis 2006, p. 8

Science et Charité - I

"La science enfle, la charité édifie... " 1 Co 8,1

Il me semble que c'est le risque inhérent à toute recherche, s'enfermer dans le monde des idées et oublier que l'homme est fait pour l'homme... J'espère que ce travail que je partage avec vous n'est pas que le simple 'enflement' d'une science, mais une interpellation que j'aimerais plus interactive vers la recherche d'une mutuelle charité...

28 janvier 2007

Prier la Parole - XII

Pour Enzo Bianchi, il nous faut passer par plusieurs étapes que l'on peut résumer dans les quelques "commandement suivants" :
1) Invoque l'Esprit Saint
"Envoie ton esprit, afin que je puisse rencontrer Jésus-Christ dans cette Parole qui vient de toi, afin que je la connaisse plus profondément et que la connaissant, je l'aime plus intensément".
2) Lis et écoute
3) Interprète l'Ecriture avec l'écriture
4) Prie non pour toi, mais en mettant tout tes pas dans le Seigneur
5) Contemple
6) Conserve le Père dans ton coeur
7) N'oublie pas : Ecouter vraiment c'est obéir.

Enzo Bianchi, Jalons pour la lectio Divina, Prier la Parole, Vie Monastique, nº15 , p. 83 à 86

Contemplation - Prier la parole - XI

Avant de basculer dans le deuxième ouvrage d'Enzo Bianchi, je voudrais reprendre quelques idées sur la contemplation, qui n'est ni une extase, ni une expérience extraordinaire mais le simple fait de "contempler le plus beau des enfants des hommes..." comme nous l'enseigne le psaume 44.
Il s'agit d'une "suppression du voile", de percevoir ce qui est au coeur de la révélation, d'entrer par la manducation de l'Ecriture dans le ravissement qui est en soi un décentrement.
C'est pourquoi, l'écoute de la parole doit conduire à la pratique. Il ne s'agit pas que d'entendre, mais d'aller dans le monde pour faire tressaillir l'homme et le rendre image de Dieu (prenant ainsi son rôle plein de sens du verbe).

Communauté de pécheurs...

Pour Balthasar, l'Eglise est une "communauté de pécheurs, justifiés par le baptême, dont la faillibilité toujours rémanente ou renaissante conduit à la discorde". Comme il le note avec acuité, elle "n'est pas le Corps mystique et vivant du Christ, lequel peut avoir de véritables membres en dehors de la Catholica... et ce depuis l'origine comme le montre déjà 1 Co 11,19, 2 Co 12, Ga 5, 15". Pour Urs von Balthasar l'histoire de l'Eglise est inévitablement tragique.
Mais au delà de ces divisions il souligne que les vraies forces regénératrices de l'Esprit sont les saints. Finalement, la véritable Eglise n'est-elle pas depuis l'origine la Communion des saints...
Et cette vision de l'Eglise est plus large, plus catholique que notre Eglise Romaine, même si je continue de croire que notre Eglise est porteuse de sens, dans sa fidélité apostolique. (cf. mes notes de lecture sur Les Principes de la théologie catholique, Esquisses et matériaux, de J. Ratzinger)

NB : A noter, sur Regard Chrétien, une série de billets sur le thème Mutations religieuses et société en lien avec mon billet précédent...

27 janvier 2007

Pastorale du seuil...

Dans nos sociétés modernes, l'exculturation de la foi a conduit le monde à une individualisation de la pensée. Je crois qu'une véritable pastorale du seuil devrait constituer avant toute chose à restaurer le lien ténu entre l'homme et Dieu, à éclairer la conscience sur la nature de ce lien et lui donner des ouvertures pour que ce dialogue se réinstalle...
On est loin d'une catéchisation ou sens d'une "stratégie d'acquisition de connaissance essentielle". Il me semble que l'enjeu est plus dans le fait de relancer le désir de Dieu, donner le goût à cette interpellation de la personne humaine et satisfaire d'une certaine manière sa recherche de sens...

26 janvier 2007

Le Royaume...

"Le Royaume de dieu ne sera jamais empiriquement constatable " cf. Lc 17,21 : " personne ne pourra dire le voici". Pour Urs von Balthasar il croit invisiblement en traversant une histoire dont les récoltes sont engrangées par anticipation dans les greniers de Dieu.
Et nous ne sommes que les laboureurs d'un champ immense, dont la récolte ne peut être appréciée.

25 janvier 2007

En Christ

Pour Balthasar, "le chemin, la vérité et la Vie n'est pas dans la Religion mais dans le Christ" (1). Nous devons peut-être y réfléchir quand nous érigeons nos pratiques en systèmes, nous enfermons dans des rituels ou des formes de pratiques qui oublie cette référence fondamentale, qui ne se nourrissent plus à la source et à l'essentiel... Vivre en Christ, se nourrir de sa Parole...

(1) Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 406

Quand nous sommes prêts...

La venue du Christ coïncide à l'aurore de cette époque "où commençait précisément la prise en charge de l'humanité par elle-même, ainsi que l'évolution de l'homme par le développement des connaissances". (1) D'une certaine manière, on peut dire que Jésus-Christ est venu quand l'homme est devenu capable de faire la différence entre le reçu et le possible, pour poser une limite à la toute puissance d'homme qui se croit maintenant capable de tout, au seuil de l'hybris.
De même, il frappe à notre porte, au moment opportun...

(1) K. Rahner Schriften V, 218 cité par Balthasar, ibid p.406

24 janvier 2007

Les petits pas de Dieu

"Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort" 2 Co 12,10
On m'a signalé récemment que c'est un petit enfant et non un "ministre" qui apporte les 5 pains et les 3 poissons lors de la multiplication des pains. Cela renforce cette idée soulevée très récemment par Claudel et Hillesum, sur le fait que Dieu a besoin de nos mains, frêles et fragiles, non pour changer le monde mais apporter une graine d'humanité... Et avec cette étincelle, il fait des merveilles.

Prier la parole - X

J'achève ici quelques réflexions sur la lecture de la Parole, au fil du livre d'Enzo Bianchi, Prier la Parole (1). Peut-être est-ce chemin longtemps cherché dans nos réflexions sur le décentrement.
Elle conduit surtout l'homme à agir. Faire tressaillir en lui le Verbe reçu jusqu'à ce qu'il devienne semence véritable, image de Dieu dans le sens d'un coeur aimant et actif.

Dans quelques "billets" vous trouverez des notes de lectures de son ouvrage plus récent "Ecoutez la Parole". Elles prépareront la reprise de la Lectio Divina de l'Evangile de St Jean à laquelle je vous propose de vous associer à partir du Mercredi des Cendres

(1) , Vie Monastique, nº15

Prier la parole - IX

"La prière méditative, pour Guillaume de St Thierry est celle qui monte d'un coeur touché par la Parole divine : prière qui est le vrai fleuve (...) le vrai pleur d'un coeur blessé par l'épée à deux tranchants (...) la prière est ma réponse à Dieu, lui s'étant donné à moi dans la lecture, je me donne à lui dans l'oraison" (1)
Il y a pour moi dans cet échange, une autre illustration du sens sacramentel du "Je te reçois et je me donne à toi"
(1) Cité par Enzo Bianchi, Prier la Parole, p. 70

23 janvier 2007

Dialogue des carmélites...

Pour Urs von Balthasar, il s'agit d'une initiation à la mort. Les quatre temps qui séparent le texte permettrait une approche de plus en plus subtile de la Croix du Christ.
De Marie de l'incarnation, poussée à s'engager par voeu à offrir sa vie, mais qui sera humiliée dans son orgueil et devra renoncer à la mort..., on avance petit à petit dans les "profondeurs les plus intimes de la Croix du Christ jusqu'à atteindre le "tout est grâce" que Bernanos prêtera à son Curé de campagne".
Personnellement j'ai été frappé dans ce texte par cette lente conversion du coeur, qui n'est autre, in fine, que la préparation d'un décentrement véritable... Un récit au coeur de la pâte humaine, de ses réticences et de ses peurs...

Balthasar, DD3, ibid p. 391

Ruminer l'Ecriture...

Pour E. Bianchi, "La rumination de l'Ecriture nous permet de prendre de la distance sur nos vies et nous tourner vers Dieu." Il me semble que c'est essentiel, à condition de ne pas oublier nos vies... Car rien ne sert de se tourner vers Dieu, si nous oublions ce pourquoi il nous y a placé...

22 janvier 2007

Nos mains...

"L'Univers manque de Dieu et Dieu s'est mis dans la main de chacun de nous pour le lui donner" P. Claudel, Emmaüs, Gallimard 1949, p. 228
Pour moi cette phrase est en écho à ce que disait à peine plus tôt Etty Hillesum, au camp de la mort..."Dieu a besoin de nos mains". Et s'il s'est "retiré", c'est peut-être pour nous laisser la place d'agir.

21 janvier 2007

Fruits du verbe


Pour Balthasar, il existe un lien entre le martyre d'Etienne et la conversion de Saul (1). Pour moi c'est le mystérieux fruit d'une graine semée au vent et qui fécondera plus tard quelque part, peut-être 500 ans après.. C'est là le décentrement, reconnaître que nous sommes des semeurs, serviteurs parfois inutiles des chemins de la grâce, et que tout cela, loin de nos espérances humaines, peut parfois servir aux desseins de Dieu. Et sur cette base, on ne pourra en tirer orgueil, dans la mesure, où au delà de nos actes, c'est le don de Dieu que nous n'avons fait que transmettre.

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p.383

Prier la parole - VIII

Pour prier la parole et se laisser "traverser" par l'Ecriture, "Il nous faut pour cela plusieurs qualité comme la docilité, la componction, l'illumination, et le détachement" nous dit Enzo Bianchi... Je pense qu'il rejoint ce que l'on a essayé de thématiser dans ces lignes sur le thème du "décentrement".

Enzo Bianchi, Prier la Parole, p. 49

Dans la faiblesse

"C'est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de la bonne nouvelle, n'avaient rien à voir avec le langage de la sagesse qui veut convaincre ; mais c'est l'esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu." 1 Cor 2,1-5
Sans commentaires

20 janvier 2007

Prier la parole - VII

Il nous faut pratiquer comme dans le Livre de Néhémie (ch. 8) et construire un ambon, se mettre en attitude d'écoute véritable, puis livrer le texte à notre esprit. Nous devons être ainsi le terreau de la semence du Verbe, le réceptacle vivant de la Parole (1)
Prier la Parole, ibid p. 41.

19 janvier 2007

Décentrement

Pour Urs von Balthasar, "Plus un membre s'en remet au Christ pour le laisser agir en lui, et plus il devient capable d'avoir part au don qui le fait sujet autonome et disposant de lui-même".
Je pense qu'il décrit là ce qui est pour moi la véritable liberté, celle qui n'est pas asservissement aux passions mais cheminement en Dieu...

(1) d'après Hans Urs von Balthasar, Dramatique Divine, 3 L'action, ibid p. 382

NB : La nouvelle version de Blogger a entraîné une rupture dans les messages publiés sur la liste de diffusion (consulter la version en ligne). De plus les balises sont maintenant remplacées par des libellés (qui se restreignent à ce seul blog mais permettent une indexation plus simple des messages...)

18 janvier 2007

Corps mystique

Pour Urs von Balthasar, l'être-avec qui caractérise l'humanité aimante s'achève en s'assimilant dans l'être du Christ à travers l'Eucharistie. Ce n'est que dans le décentrement de nos petits pas d'amour que nous participons à l'être pur du Christ, que nos agirs, aidés par la grâce atteignent et participent à l'Eucharistie de tout les temps... Il s'agit d'un élargissement inimaginable du champ d'action de l'individu qui n'est plus isolé mais greffé sur l'organisme et le mouvement vital du Corps Mystique (1)

Balthasar, DD 3, ibid p.378

17 janvier 2007

Prier la parole - VI

Comme le dit Irénée de Lyon : "Le Christ récapitule en lui-même la longue histoire des hommes, il nous a procuré un raccourci vers le salut" (1) Nous nous trouvons face à un seul livre et ce livre unique c'est le Christ. Si nous lisons l'Ecriture avec ce critère unifiant nous sommes de ceux qui enlèvent le voile de la face du Seigneur (II Cor. 3, 12) (2)

(1) Adv. Her. III, 18, 1 SC 211 p. 342s.
(2) Enzo Bianchi, Prier la parole p. 31